La compétitivité n'est pas le vrai problème de la France. Par Pascal Salin

Publié le 3 Décembre 2012

Pour arriver à sortir de la grave situation économique française, une préconisation unique semble faire l'unanimité : il faut, dit-on, restaurer la compétitivité des producteurs français pour affronter la concurrence internationale.

 

Ce faisant, on suppose implicitement que la relance économique implique une augmentation de la demande globale. Comme on ne peut plus augmenter le déficit public, il faudrait diminuer le déficit commercial. Pour expliquer ce déficit, on suppose en fait que les entreprises additionnent leurs différents coûts de production et qu'après avoir ajouté une petite marge de profit, elles comparent leurs prix aux prix internationaux. On s'apercevrait alors que leurs coûts sont trop élevés et qu'elles ne sont pas « compétitives ». Il faudrait donc améliorer la « compétitivité ».

Mais ce raisonnement n'est pas valide. En effet, le véritable comportement d'un entrepreneur est différent : il regarde les prix du marché et il s'efforce d'adapter ses coûts de production pour être « compétitif ». Si l'Etat augmente les charges sociales, cela réduira son profit dans l'immédiat, mais il s'efforcera ensuite de répercuter cette augmentation, par exemple, en augmentant moins les salaires qu'il ne l'aurait fait sinon. En ce sens, c'est chaque entrepreneur qui est maître de sa propre compétitivité.

Par ailleurs, l'idée qu'il puisse y avoir un manque de compétitivité de l'ensemble des producteurs français est dénuée de sens. En effet, la compétitivité est un concept relatif : si un individu est apte à produire des légumes et des souliers, mais qu'il est relativement plus apte à produire des souliers, il va se spécialiser dans cette dernière activité et acheter des légumes à des gens qui ont des aptitudes relatives inverses. Il en va de même pour l'ensemble des individus qui composent un pays : si les producteurs français sont compétitifs dans les produits qu'ils exportent c'est parce qu'ils sont relativement non compétitifs dans les produits importés. Et le déficit commercial n'est pas le reflet d'un manque de compétitivité globale de la France, il est la conséquence d'un phénomène différent : les Français vendent plus d'actifs financiers qu'ils n'en achètent (ils sont emprunteurs nets vis-à-vis de l'étranger). Cette situation résulte en partie du déficit public français, qui crée une offre globale importante d'actifs financiers. Mais si, dans leur ensemble, les Français sont vendeurs d'actifs financiers, ils sont forcément en contrepartie acheteurs de biens et services. Si le déficit public se réduisait de manière drastique et/ou si l'épargne augmentait fortement, le déficit commercial se transformerait en excédent commercial. Le problème en cause n'est donc pas un problème de compétitivité.

Ainsi, on fait erreur en se focalisant sur un problème de compétitivité et il en résulte toutes sortes de propositions incapables en fait de résoudre les problèmes actuels. Tel est le cas du rapport Gallois ou du récent « Pacte pour la croissance, la compétitivité et l'emploi ». Le problème français vient de la destruction à l'intérieur des incitations productives par la fiscalité et les réglementations, autrement dit de la faible rentabilité des activités économiques. Ainsi, un entrepreneur hésitera à lancer un nouveau projet s'il sait qu'en cas de réussite, l'Etat et les organismes dits « sociaux » lui prendront la presque totalité du profit espéré.

De même, il hésitera à embaucher s'il sait qu'il aura du mal à licencier un salarié en cas de besoin. Tous les impôts et charges reposant à peu près sur la même base fiscale - la création de richesses par les entreprises - le petit jeu actuel consistant à passer d'un type de prélèvement à un autre n'est qu'un bricolage sans conséquence. Nous ne retrouverons jamais la prospérité et le plein-emploi sans mettre en oeuvre un programme de rupture radicale qui impliquerait par exemple de vigoureuses déréglementations, la diminution ou la suppression de la progressivité de l'impôt, la suppression des petits impôts stupides (ISF ou droits de succession), le passage à la retraite par capitalisation, la mise en concurrence de l'assurance-maladie, et, bien sûr, une diminution radicale des dépenses publiques.

Pascal Salin

Pascal Salin est professeur émérite à l'université Paris-Dauphine.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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Claude Germain V 03/12/2012 18:05


On nous mene vers LE GOUFRE , a titre d'exemple quelle est cette magouille subite qui va detruire EADS au niveau FRANCAIS ??? parce que Chamalow 1er notre cher President doit
bien etre au courant de ce qui se prepare actuellement Nous en verrons les annonces au niveau emploies dans quelques semaines ou quelques mois .


En considerant qu'en France L'AERONAUTIQUE , et pas la peine de chercher ailleurs , EST LE DERNIER BASTION CONSERVATEUR ET CREATEUR
D'EMPLOIES .


SORTI DE CE DOMAINE : PLUS RIEN !!!! nada !!!! , fini!!! terminado !!!


Un coup fourré se prepare pour preserver le fric .......???? des actionnaires. et qui touchera la France et surtout pas l'Allemagne .


 

DURADUPIF 03/12/2012 17:00


Tout cela est vain face à l'autocartie et la bureaucratie des socialo-communistes qui gouvernent avec 26% du corps électoral. Toute tentative de sortie du tunnel économique socialo-paralysant est
impossible. Tous les ingrédients de l'irresponsabilité économique et sociale sont concentrés dans le même ressort du collectivisme tiers payandistes du tonneau des Danaïdes. Quelqu'un paiera (les
riches ???). La France s'en remettra (les pauvres). De beaux jours pour nos descendants...La fleur au fusil de la Démocratie participera d'un grand changement bleu aux prochaines élections, sinon
de rester encore dans le rouge, alors là on laissera la parole....a Cassandre, qui lui ne pourra répondre de rien.