La Crise Européenne : tous les yeux tournés vers l’Allemagne. Par Manfred Gerstenfeld

Publié le 13 Juin 2012

Par Manfred Gerstenfeld

 

“Nous ne devons pas nous faire la moindre illusion. L’Europe est au bord du gouffre et y sombrera dans les mois à venir, si l’Allemagne et la France, ensemble, ne changent pas de politique et ne sont pas assez courageux pour développer une union fiscale et politique pour l’Europe ». Voilà ce qu’a écrit le très pro-européen ancien Ministre allemand des Affaires étrangères, Joschka Fisher, un peu plus tôt ce mois-ci. Il a ajouté : « L’Europe conduite par l’Allemagne préfère éteindre les incendies avec du kérosène plutôt qu’avec de l’eau, et de cette façon, l’incendie s’intensifie avec la politique contraignante d’austérité de Merkel… Ce serait tragique et d’une amère ironie si, au début du 21ème Siècle, l’Allemagne réunifiée détruisait pacifiquement, avec les meilleurs intentions du monde, l'ordre européen pour la troisième fois -1-».

 

L’article de Fischer n’est qu’un exemple de l’ouverture d’un nouveau domaine surprenant de l’Unité européenne : “L’Europe unie de l’Inquiétude et de la Peur”. Elle résulte du fait que le monstre de l’Euro a échappé à ses créateurs. Il y a deux ans, la plupart des agents de change européens ne connaissaient pas le nom des deux partis politiques qui ont alterné à la tête de la Grèce, au cours des décennies précédentes. On aurait certainement été déclaré malade mental si on avait correctement prévu que les marchés financiers européens connaîtraient des hauts et des bas, complètement dépendants de quel parti mène dans les sondages d’opinion grecs. C’est pourtant bien ce qui est arrivé au cours des dernières semaines, dans l’attente des élections parlementaires du 17 juin.

 

Les problèmes économiques de la Zone Euro demeuront déterminants pour longtemps. Lorsqu’un problème semble résolu, un autre au moins resurgit. Comme la Grèce, l’Irlande et le Portugal, l’Espagne va, désormais, bénéficier d’un prêt de la part de ses partenaires européens. La somme devrait s’élever à 100 milliards d’euros, dans le but de sauver plusieurs banques espagnoles proches de la banqueroute. Chypre n’éveille que peu l’attention extérieure, mais l’île est aussi reliée à la Grèce, et pourrait, également, très bientôt recourir à des prêts. Les économies de l’Italie et de la France sont loin d’être saines et immunes.

 

Malgré des retraits de dépôt conséquents, les banques grecques n'ont pas faits la banqueroute, parce qu’elles sont soutenues par la Banque Centrale Européenne. La meilleure option du pays serait sans doute de quitter la Zone Euro, à un moment donné, cette année et d’en revenir au drachme. Même si cela ne peut pas l’empêcher de sombrer dans le chaos. Cette année sera la cinquième consécutive où l’on assiste au plongeon de l’économie du pays. Le chômage des jeunes dépasse les plus de 50%. Selon un scénario pessimiste, s’il y a un niveau de violence plus important en Grèce, cela pourrait même déborder jusqu’à Bruxelles.

 

Les économies de la plupart des autres pays de l’Eurozone  ont stagné ou plongé, cette année. Le taux moyen de chômage dans l’Eurozone est de 11%. Il risque de grimper encore. En période d’incertitude, les investisseurs ne développent pas les affaires ni ne mettent d’argent supplémentaire dans de nouvelles aventures commerciales. Si la Grèce quitte l’Eurozone, de plus en plus de personnes vivant dans d’autres pays problématiques vont envoyer leur épargne à l’étranger, préférentiellement en Allemagne.

 

Dans la situation actuelle, tous les yeux sont fixés sur l’Allemagne. Elle est, à la fois, l’économie la plus solide d’Europe et le pays qui a bénéficié le plus de l’introduction de l’Euro. En échange de sa mise à disposition de plus d’argent disponible pour les autres, la Chancelière Angela Merkel veut plus d’intégration européenne. Les forces qui s’y opposent, aussi bien en Allemagne qu’à l’étranger, sont colossales. On se demande jusqu’à quel point le peuple allemand est désireux de parier la stabilité de son propre pays contre plus d’unité européenne – qui pourrait bien s'avérer irréalisable. A travers l’Europe, l’euroscepticisme progresse et beaucoup considèrent que la création de l’Euro a été une énorme erreur. Même aux Pays-Bas, qui était au départ, un fervent partisan de l’Europe unifiée, deux partis euro- critiques – les Socialistes, à la gauche extrême et le Parti de la Liberté à la droite extrême du spectre politique – bénéficient ensemble constamment de plus d’un tiers des suffrages dans les sondages pour les prochaines élections parlementaires de septembre.

 

Si la zone euro échappait à tout contrôle, aucun pays ne serait plus en sécurité. Le Ministre britannique des Finances, George Osborne a déclaré que la crise de la zone euro avait tué dans l’œuf les perspectives de recouvrement économique, pour son pays -2-. Le Président américain Obama considère que l’Euro d’aujourd’hui est l’homme malade de l’économie mondiale. Il n’est pas simplement inquiet à cause de son impact sur les Etats-Unis, mais parce que si l’Europe déclenche une crise économique d’ampleur mondiale, ses chances de réélection seront sérieusement amoindries.

 

Israël est un pays-niche. Avec ses entreprises de taille moyenne et ses exportateurs de haute technologie, il est bien plus flexible que les grosses économies. Israël exporte une vaste gamme de produits en direction de nombreux pays. Les nouvelles découvertes de gisements gaziers au large des côtes amélioreront l’équilibre de sa balance des paiements. Pourtant, Israël ne peut pas sortir totalement indemne d’une crise économique globale, même s’il peut s’avérer moins vulnérable que bien d’autres pays. Un exemple parmi tant d’autres : le nombre de touristes en provenance de l’étranger pourrait chuter dramatiquement. Un autre : si les principaux clients d’Israël sont engouffrés dans une crise économique, ils achèteront d’autant moins. Ceux qui manifestent – et ils ont en partie raison de le faire- pour plus de justice sociale dans les rues des villes israéliennes, devraient aussi être plutôt s'estimer heureux, en se projetant dans cinq ans d’ici, s’ils ne sont pas dans une situation économique pire qu’elle ne l’est à présent.

Le Dr. Manfred Gerstenfeld préside le Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem. Il a publié 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme.

 

Adaptation : Marc Brzustowski

Ein Gastbeitrag von Joschka Fischer, “Europa steht in Flammen,” Suddeutsche, 4 June 2012. [German]

George Osborne: Britain's economic recovery being 'killed' by euro crisis,” Guardian 10 June 2012.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Europe liberticide

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