La culture selon Filippetti par Jean-Louis Caccomo.

Publié le 9 Novembre 2012

Par Jean-Louis Caccomo.

Quand j’avais 12 ans, il y avait chez mes parents un petit tourne-disque et 5 disques en vinyle : Charles Aznavour, Enrico Macias, Claude François et Yves Montand. Aujourd’hui, mon fils de 12 ans collectionne dans son Ipad plus de 1000 titres (jazz, pop, rock, techno). Pourtant, la ministre de la culture, Aurélie Filipetti, considère tranquillement que la culture n’est pas compatible avec le marché. Certes, les socialistes ne sont pas à une bêtise prés. Mais, le problème, c’est qu’ils détiennent tous les pouvoirs en France.

Pour ma part, je considère que la culture n’est pas compatible avec le pouvoir qui implique contrainte, soumission et monopole. Un artiste, pour être accepté par le marché, doit trouver son public. Alors les socialistes me rétorquent que le public n’est pas éduqué. Mais n’est-ce pas pourtant l’État qui a la mission et le monopole de l’éducation des masses ?

Pardonnez-moi, madame la ministre, mais les Beatles, Elvis Presley, Pink Floyd ou Michaël Jackson sont nés dans les pays capitalistes où les gens sont libres et non pas dans les régimes socialistes où les gens sont « éduqués »… ou internés. À aucun moment, ces artistes n’ont quémandé de subventions (auprès de qui d’ailleurs ?) et ils sont simplement partis à la rencontre du public, salles après salles, concerts après concerts, qu’ils ont conquis pour l’éternité.

Dans les années 70, les intellectuels suédois ont fustigé le groupe Abba parce que ce groupe gagnait de l’argent en faisant du disco. Quelle horreur ! Il est vrai que le succès planétaire du groupe était tel que les ventes de disques ont contribué à redresser la balance commerciale de la Suède. Mais, pour les socialistes, Abba gagnait de l’argent, ce qui n’était pas compatible avec la culture. Aujourd’hui, quarante ans plus tard, on joue tous les soirs à Londres à guichet fermé la comédie musicale Mamamia qui met en scène les chansons d’Abba, et personne ne remet plus en cause l’apport musical de ce groupe. Même le chanteur du groupe U2 leur a rendu un vibrant hommage. Mais les socialistes ont toujours été, en ce domaine, très ambivalents. Ils portent toujours aux nues le peuple, croyant parler en son nom, mais ils sont les premiers à dénigrer ses choix et ses goûts culturels. Il est vrai que les gens préfèrent écouter du disco que Pierre Boulez.

En fait, si se nourrir est un besoin physiologique, la façon de répondre à ce besoin vital est aussi un acte culturel, car manger est un art de vivre. Or, il y a un marché pour McDo, et il y a un marché pour la gastronomie française ou italienne. Grâce à la mondialisation, à Londres, Paris ou Perpignan, on peut goûter la cuisine chinoise, thaï, libanaise ou corse. Jamais, nous n’avons eu autant de diversité. Pourtant, il y a toujours de beaux esprits pour affirmer que la mondialisation détruit la diversité culturelle. Mais les esprits étriqués croient que le monde est étriqué alors que c’est leur vision du monde qui est réductrice.

On nous parle toujours de l’impérialisme linguistique pour masquer notre inaptitude structurelle aux langues vivantes. Sous l’empire romain, les artistes parlaient le latin. À la cour de Louis XIV ou du Tsar, les artistes et les penseurs s’exprimaient en français. Aujourd’hui, il est suicidaire de s’exclure de l’anglais.

John Lennon a affirmé un jour que, sous l’empire romain, le centre culturel était à Rome mais qu’aujourd’hui, il était à New-York. Alors nos chanteurs officiels, mondialement méconnus, se réfugient derrière l’exception culturelle, à l’abri des quotas de diffusion et des subventions, en invoquant la barrière linguistique et la beauté de la langue française (qu’ils massacrent allègrement au passage).

Mais Maurice Chevallier, Charles Trenet, Charles Aznavour ou Yves Montand ont eu une carrière mondiale, ponctuée par de nombreuses tournées américaines où ils ont fait rayonner la langue française. Les américains adorent comme ils ont récemment adoré Jean Dujardin dans The Artist. Elton John lui-même avait beaucoup d’admiration pour Michel Berger.

En fait, les marchés sont pluriels tandis que l’État se conjugue au singulier. Il y a des marchés pour le « pinard » et il y a des marchés pour les grands Bordeaux. Et ces marchés ne sont pas cloisonnés car la même personne peut, selon ses envies et les circonstances, goûter et apprécier tous ces produits. Il en est de même dans la musique ou le cinéma où se côtoient les majors et les labels plus confidentiels.

On n’invoque alors la puissance hégémonique américaine. Mais Hollywood est une toute petite ville et l’annuaire des professionnels du cinéma américain n’est pas plus gros que l’annuaire des Pyrénées-Orientales. D’ailleurs, au moment où les frères Lumières en France inventaient l’appareil cinématographique, des immigrés italiens ont fondé à Hollywood les premiers studios cinématographiques tandis qu’un inconnu nommé Walt Disney, dans son atelier, photographiait des dessins pour produire Blanche-Neige, le premier dessin animé long-métrage. Depuis, l’empire Disney a inventé les premiers parcs d’attraction touristique et a basculé au numérique avec l’achat des studios Pixar.

On me dit alors que la culture n’est pas une marchandise. C’est exact et c’est même un truisme ! Mais l’accès à la culture serait le seul fait d’une élite privilégiée sans la généralisation de ses supports matériels que sont les DVD, les livres ou le numérique. Or, la production et la distribution de ces supports (les produits culturels) obéissent à une logique marchande, pour notre plus grand bénéfice à tous. Pareillement, grâce aux entreprises japonaises, les guitares électriques sont désormais accessibles à tous, et notamment aux enfants, tandis que seuls les guitaristes professionnels peuvent s’offrir le rêve de jouer sur une Gibson ou une Fender. À ce propos, je vous mets au défi de me trouver une entreprise française qui fabrique des guitares électriques (ou tout autre instrument ou matériel de musique d’ailleurs). C’est pourtant une inépuisable source d’emplois (mais veut-on vraiment travailler en France alors que l’on s’échine à asphyxier un à un tous les gisements d’emplois).

Cependant, comme toujours, l’État est très contradictoire à ce sujet. Quand le prix d’une place de concert est exorbitant, il va dénoncer le marché et la dictature de l’argent qui exclut les plus pauvres (il prend donc la défense du consommateur). Mais quand on peut désormais télécharger gratuitement des films ou de la musique, il va dénoncer cette gratuité qui menace le revenu des artistes (et prend donc la défense du producteur). Les artistes sont des travailleurs comme les autres et doivent donc vivre de leur travail vivant (les concerts, le spectacle vivant) que l’on ne pourra jamais télécharger tandis que la diffusion la plus large possible des œuvres permet de faire connaitre les artistes.

Dois-je enfin rappeler à notre ministre de la culture que la première œuvre littéraire majeure, l’Iliade et l’Odyssée, qui met en scène la guerre, l’amour, des cyclopes et des sirènes, a été écrite pour distraire les gens (les faire rêver, les effrayer, les faire pleurer) et non pour flatter les puissants.

Les socialistes sont si aveuglés par l’idéologie qu’ils refusent de voir la réalité du monde tel qu’il est, préférant nous imposer leur monde tel qu’ils le rêvent. 

Mais le rêve des uns tourne souvent au cauchemar pour les autres. Dans le régime national-socialiste, l’art officiel avait pour fonction de flatter le Reich et le Führer tandis que les livres hérétiques étaient brûlés.

Dans le régime socialiste soviétique (encore du socialisme), l’art officiel avait pour fonction de célébrer la révolution prolétarienne et l’ardeur au travail au service des objectifs du plan (stakhanovisme). Dois-je rappeler enfin que la révolution « culturelle » initiée par Mao a consisté à exécuter les intellectuels chinois tandis que, dans les salons parisiens, les intellectuels faisaient l’apologie du maoïsme ?

En fait, le bilan du socialisme culturel est aussi affligeant qu’effrayant. Pourtant, les manuels d’histoire officiels ne l’enseignent guère, préférant fantasmer sur « l’horreur libérale ».

L’art officiel n’a laissé rien de beau (tout y était même laid) tout comme la science officielle ou l’information officielle débouche sur la propagande, le contraire de la connaissance. Au fil des siècles, seules la foi, la passion et la  liberté furent les plus puissantes sources d’inspiration et de créativité artistiques et elles ne seront jamais compatibles avec l’idéologie, le pouvoir et le monopole. Vous l’aurez compris, quand les socialistes parlent d’économie, ils font bondir l’économiste que je suis ; mais quand ils parlent de culture, ils font hurler le musicien que je reste.

Il est désormais bien loin le temps où le Général de Gaulle savait s’entourer du plus brillant économiste français, Jacques Rueff, et du plus grand ministre de la culture, André Malraux, que la France a connu.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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detente 10/11/2012 09:46


bonjour


si vous amez les beaux voyages


de marakeck aux rives de la turquie hummmmm


alors venez  vite regarder de belles choses

Banro 10/11/2012 01:01


C'est pas gentil de vilipendier cette Aurélie tellement "culturée" et communicante, très discrète, tant mieux !

Claude Germain V 09/11/2012 20:10


Heu ???? question surement stupide ,surement puisque je ne suis pas socialiste ... heu ???? madame la ministre de la propagande Hitlero-Stalinienne serait'elle
une reincarnation de l'un des deux precités ???? parce que son intellect vole tres bas .....

DURADUPIN 09/11/2012 12:11


Tout est dit là encore et notamment sur la Culture dont on ne peut vivre sans. Mais là encore la "culture" socialiste du tous pour un se tranforme, une fois de plus, en contre culture pour tous.
Décidément les socialistes de mèlent de tout, logique de l'idéologie nationaliste ou internationaliste, qui historiquement prouvée ne mène à rien sinon à la décadence de la libre culture. Mais
ils ont sur leurs routes des étoiles de résistances intellectuelles de libertés individuelles et collectives que personne, heureusement, ne peut ni soumettre, ni réduire.