La décapitation : acte fondateur du califat sunnite - Par Eric Coffinet

Publié le 10 Septembre 2014

 

FoleyPour comprendre la frénésie de décapitation du nouveau califat islamique, il faut considérer que l’acte fondateur du califat sunnite omeyyade est une décapitation, qui déchaîna la haine multiséculaire et inexpiable entre chiites et sunnites : celle du petit-fils de Mahomet, Hussein, dont la tête fut envoyée dans un sac au calife Yazid pour être exposée sur un piquet.

 

Le fondateur de la dynastie des omeyyade est Mo’awiyeh, qui faisait partie de la haute noblesse mecquoise et qui fut un farouche ennemi de Mahomet et de ses disciples jusqu’à la conversion de sa famille à l’islam, le couteau sous la gorge et du bout des lèvres, lors de la conquête de La Mecque. Il garda une rancune tenace envers ‘Ali, qui le destitua de son poste de gouverneur de Syrie. (1)

 

On rapporte que, lors de son pèlerinage d’adieu, Mahomet déclara qu’il laissait à sa communauté son Livre et sa descendance pour les guider (2). Mais cela déplut aux nobles mecquois, qui voyaient ainsi le pouvoir leur échapper. On rapporte qu’au moment de mourir, Mahomet demanda de quoi écrire ce qui protègerait sa communauté de la division, mais qu’Omar s’y opposa avec véhémence en mettant en doute sa raison (3).

Alors que la coutume en terre d’islam est d’enterrer les défunts le plus rapidement possible, le corps de Mahomet resta trois jours sans sépulture, car les divers clans étaient bien trop occupés à se disputer sa succession.

 

Les trois premier califes furent Abou-Bakr, Omar et Othman. Puis vint l’élection d‘Ali, qui fut rejetée par le clan de Mo’awiyeh et qui déboucha sur un conflit armée (fitna). Ce dernier s’empara du pouvoir après l’assassinat d’Ali et désigna son fils Yazid pour lui succéder.

Mais Hussein, fils d’Ali, s’éleva contre Yazid et revendiqua ses droits au califat, ce qui déclencha un second conflit armé (fitna) et entraîna sa mort par décapitation en 680 à Kerbala.

 

Les omeyyades, puis les abbassides, transformèrent le califat en une sorte de dynastie royale. Ils s’appuyèrent sur une légitimité religieuse en forgeant un islam à leur convenance, qu’ils pervertirent en rétablissant les inégalités et les travers de la société antérieure à la prédication de Mahomet (jahiliyyah). Ils livrèrent aux descendants d’Ali une guerre sans merci et firent tuer les uns après les autres ses successeurs pour éviter toute remise en cause de leur légitimité.

 

L’islam se base sur le coran et la sunna. Le coran que nous avons actuellement entre les mains n’est qu’une partie de la révélation transmise par Mahomet, mise en forme selon la tradition par le calife Othman, mais plus vraisemblablement sous la dynastie abbasside. La sunna, telle que nous la connaissons actuellement, fut fixée définitivement au troisième siècle de l’islam et connut au fil du temps une inflation monstrueuse du nombre de récits (hadith), qui passèrent de quelques centaines à plusieurs centaines de milliers !

 

Le savants mahométans essayèrent de classer ces récits selon la fiabilité de la chaîne de transmission (isnad). Parmi les rapporteurs les plus prolifiques se trouvent Abou Hourayra et Aïcha, épouse de Mahomet. Mais qu’elle fiabilité peut-on leur accorder ? Ils ont tous deux commis des actes bien plus graves que de petites entorses à la mémoire ! En s’opposant au calife ‘Ali, jusqu’à être physiquement présente face à lui sur le champ de la « bataille du chameau », Aïcha commis par haine et par intérêt une faute que le coran déclare plus grave que le meurtre : la « fitna » (4). Abou Hourayra fut pris en flagrant délit d’affabulation par Aïcha et démis de sa fonction de gouverneur de Bahrein par le calife Omar, qui le fit fouetté pour avoir confondu sa poche et le trésor public. Omar le menaça même du pire sort s’il n’arrêtait pas de raconter des histoires à toute heure du jour et de la nuit. Mais Mo’awiyeh le récompensa généreusement pour son soutien … (5) Après avoir confectionné une sunna sur mesure pour les califes omeyyades et abbassides, les savants mahométans la figèrent pour l’éternité en décrétant la fin de « l’effort de réflexion » (ijtihad) au quatrième siècle de l’islam.

 

Le nouveau califat sunnite se base à la lettre sur ce qu’ont rapporté les « anciens » (salaf) des paroles et des actes de Mahomet, avec pour conséquence une sanctification de la haine et de la mort, au point de croire que tuer, piller et violer ouvre les portes d’un grand lupanar céleste ! Les mahométans ne sortiront pas de cette situation sans une recherche historique et scientifique remettant à plat la rédaction du coran et de la sunna, doublée d’une réflexion sur les buts et les motivations de leur religion. Les mahométans contemporains ont autant de légitimité à mener cette action que ceux des premiers siècles de l’islam, car ce qu’un homme a fait, un autre peut le défaire ! Tôt ou tard, il leur faudra répondre à cette question : « Qui peut légitimement interdire ce que le coran autorise et que l’on raconte que Mahomet pratiqua en son temps ? »

 

Eric Coffinet

 

1:

http://www.sibtayn.com/fr/index.php?option=com_content&view=category&id=460&Itemid=567

 

2: http://www.al-imane.org/spip.php?article79

 

3: http://www.scansislam.fr/fitna/jeudi-de-la-calamite/

 

4: Coran 2/191 et 2/217 selon le texte en arabe.

 

5: Lire l’article de 13 pages rédigé par M. Mohamed LOUIZI sur l’imposture de Abou Hourayrahttp://mlouizi.unblog.fr/2008/09/05/il-etait-une-fois-un-infeode-sur-le-chemin-de-damas-histoire-de-abou-hourayra-1/comment-page-1/

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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