La déflation, est-ce vraiment un drame? par Yves Montenay

Publié le 16 Janvier 2015

Blog EconomieY-M

La déflation, baisse générale des coûts et des revenus, fait peur. Les prix ont commencé à baisser en France, largement du fait de la baisse du pétrole. De nombreux articles effraient le bon peuple en annonçant une hausse du chômage, une baisse des salaires et une stagnation, voire une récession « à la japonaise ».

Est-ce vraiment un drame ? Et si la déflation n’était qu’un bouc émissaire masquant l’échec dû aux mauvaises décisions récentes, et aux non-décisions actuelles ?

 

C’est surtout l’État qui a peur !

Les acteurs économiques plus effrayés sont ceux qui ont des dettes, qui elles, ne baissent pas, et des prix de revient qu’ils ne peuvent ou ne veulent pas changer, alors qu’ils craignent la baisse de leurs recettes. Vous avez reconnu l’État français, l’administration territoriale et une partie du secteur public. En effet :

- ils doivent faire face à de gigantesques dettes et au paiement de leur personnel, dont ils ne veulent pas réduire le nombre et dont les salaires continuent à croitre, ne serait-ce que du fait de l’ancienneté,

- ils craignent de voir leurs recettes diminuer, estimant qu’elles sont largement liées aux prix, via la TVA par exemple pour l’État.

Mais il n’y a pas que l’État en France

Notons que voir diminuer le prix de l’essence, du fioul et d’autres achats n’est pas mauvais pour le Français type, du moins tant que les salaires ne baissent pas. Or les salaires français sont particulièrement rigides, dans le secteur public bien sûr, mais aussi dans le privé. Ce bon côté de la déflation est certes signalé dans les articles alarmistes, mais comme un détail, alors que c’est fondamental : l’économie, c’est d’abord pour les Français !

Et puis, ce gain de pouvoir d’achat sera consommé, et apportera du chiffre d’affaires (donc des emplois) aux entreprises, et des impôts à l’État (toujours la TVA).

Enfin les entreprises sont aussi des acheteurs d’énergie, de matières premières, de fournitures … Si les prix baissent, elles y gagneront aussi !

Les prix du logement ont déjà commencé à baisser. D’une part c’est une bonne nouvelle pour ceux qui cherchent à se loger, d’autre part ce n’est pas forcément une mauvaise nouvelle pour les propriétaires, car ceux qui voudraient vendre le font en général pour acheter ailleurs, et leur prix d’achat baissera comme leur prix de vente. En prime cela diminuera l’ISF des Parisiens.

Si le calcul de l’effet global de la déflation (le total des plus et des moins) n’a pas encore été fait pour la France, il a été fait partiellement par le FMI pour l’économie mondiale : la baisse du prix du pétrole à elle seule augmentera la croissance de la planète de 0,3 à 0,7 % pour la seule année 2015. Et, cette baisse du pétrole vient de faire bondir la consommation américaine, entraînant une croissance économique de près de 5 % en rythme annuel.

Le seul perdant, c’est le « producteur initial ». Mais qui est-ce ? En France il n’y en a pas beaucoup. Les paysans le sont dans une certaine mesure, mais c’est atténué par la baisse du prix des engrais et autres « intrants ». Les grands perdants sont les producteurs de pétrole dont nous parlerons plus bas.

Finalement la seule grande inquiétude est celle du gouvernement qui craint de se trouver en cessation de paiements du fait de la baisse des recettes fiscales. Surtout si la hausse des taux d’intérêt alourdissait brusquement la dette. Mais ces deux menaces ne viennent pas de la déflation !

Les vrais problèmes

Ce n’est pas la déflation qui fait baisser les recettes fiscales : les impôts « rendent » de moins en moins depuis quelques années déjà, malgré l’inflation d’alors. La raison en est simple : si un taux d’impôt monte, l’assiette se rétracte. Par exemple si la TVA passe de 5,5 à 10 %, soit 80 % de hausse, les recettes n’augmentent pas de 80 %, car les commerçants baissent les prix hors taxes, et s’ils ne le font pas, les consommateurs achètent moins ou descendent en gamme (c’est flagrant pour les restaurants « de midi »), tandis qu’une partie des transactions passent « au noir » et que entreprises et particuliers partent à l’étranger, et ne paient plus leurs impôts en France (dans ce dernier cas, c’est la hausse de l’ISF et de l’impôt sur le revenu et les bénéfices qui en est responsable).

Autrement dit, la faiblesse des recettes vient de l’excès de la pression fiscale. On sait que cette dernière est la conséquence directe d’un calcul électoral : il vaut mieux taxer « les patrons » (en fait les entreprises) et « les riches » (en fait les cadres et les propriétaires de logements parisiens) que de s’attaquer aux effectifs de l’administration et du secteur public.

Le résultat de cette pression fiscale est clair : « les riches » s’en vont, les patrons français embauchent à l’étranger plutôt qu’en France tandis que les patrons étrangers ne viennent plus. L’emploi et les impôts disparaissent … Bref, déflation ou pas, il faut passer par les mêmes réformes si on veut les voir revenir !

N’oublions pas que l’État bénéficie d’une chance extraordinaire : la dette ne lui coûte presque rien, car les taux d’intérêt sont très bas (moins de 0,9% pour un récent emprunt à 10 ans !), grâce à la bonne gestion allemande. Car, comme l’économie de l’Allemagne est liée à la notre, les prêteurs chinois ou arabes pensent que la solidarité allemande met leurs créances sur la France hors de danger. Mais si les réformes, et mêmes les réformettes, restent de simples discours et que les prêteurs finissent par comprendre que la France n’est pas l’Allemagne, les taux augmenteront brutalement et nous nous retrouverons dans la situation de la Grèce. Les Allemands sont d’ailleurs très agacés de voir que leur « vertu » nous évite de faire des réformes et que l’action de la BCE (banque centrale européenne) qui monétarise et donc sécurise les créances sur la France nous épargnent les efforts qu’ont fait la Grèce, Irlande, l’Espagne et le Portugal, et qu’ils ont eux-mêmes fait il y a une dizaine d’années (cf. notamment Wolfgang Glomb, économiste, ancien directeur des Affaires européennes au ministère des Finances allemand).

Bref ce n’est pas la déflation qui menace les recettes de l’État, ni le coût de la dette, mais le refus des réformes.

À côté de l’État, on trouve aussi des écologistes pour se lamenter.

Les écolos pour l’impôt …

Ils craignent en effet que la baisse des prix du pétrole ne nuise aux économies d’énergie et à « la transition vers le renouvelable ». Ils commencent donc à réclamer une hausse des impôts sur les carburants et les combustibles pour empêcher leurs prix de baisser. Remarquons qu’ils ne parlent pas de la baisse équivalente d’un autre impôt…

Or, si un prix plus bas peut théoriquement augmenter la consommation le pétrole, c’est seulement à très long terme, et d’ici là, la situation aura changé. Pourquoi « seulement à très long terme » ? Parce que les normes d’isolation des nouveaux bâtiments ou les plans des voitures économes qui vont sortir dans quelques années pour être produites pendant les dix ans qui suivent ne vont pas changer. Donc on continuera à consommer moins chaque année, même si le prix du pétrole baisse.

Et puis jusqu’à présent, les «transitions vers le renouvelable » française et surtout allemande ont dramatiquement cafouillé avec une hausse du prix de l’électricité (solaire, éolien), le remplacement des centrales nucléaires par des centrales à charbon, et finalement une production moins stable (donc nécessité de transformer le réseau), plus coûteuse et plus polluante.

L’épouvantail japonais

Les alarmistes nous disent : « Regardez le Japon : 20 ans de stagnation, écroulement de la bourse et surtout de l’immobilier, tout cela à cause de la déflation ». Pas du tout ! D’abord, il y a eu l’éclatement d’une énorme bulle spéculative, puis, surtout, la question démographique : de moins en moins de Japonais d’âge actif, de plus en plus de retraités à petit revenus s’expatriant souvent aux Philippines, et maintenant c’est la population totale qui diminue, les Japonais ne voulant ni enfants ni immigrants. Moins de travailleurs, moins de clients, moins d’occupants des bureaux et logements : c’est une déflation démographique dont la déflation financière n’est que la traduction économique et non la cause ! Or, en France, la population continue à augmenter du fait d’une fécondité beaucoup plus forte qu’au Japon et d’une immigration supérieure à l’émigration (mais moins fiscalement productive…).

La baisse du pétrole peut avoir d’autres « bonnes » répercussions

Cette baisse ne touche pas que le portefeuille de l’automobiliste français. Elle touche aussi le financement de l’islamisme et du djihadisme, qui pourrait se tarir. Elle impacte également les régimes politiques algérien, vénézuélien, nigérien et bien d’autres, qui pourraient s’écrouler. Ces pays pourraient enfin se réformer et cesser de détruire leurs « économies réelles » … peut-être après quelques troubles.

La Russie figure également parmi les victimes de la baisse des prix du pétrole et parmi les pays qui ont immensément besoin de réformes. Souhaitons que cette baisse pousse Vladimir Poutine à la modération, et non à l’exaspération.

En conclusion

La déflation, comme d’ailleurs l’inflation, n’est en elle même ni un bien ni un mal absolu, mais un mécanisme spontané qui se combine à d’autres, probablement plus importants : hausse ou baisse de la pression fiscale, de la réglementation, des données démographiques, de la qualité de la scolarisation et de la formation générale, de la qualité des décideurs gouvernementaux et locaux etc.

Méfions-nous : je sens que le discours sur la déflation servira d’excuse au chômage et à la probable explosion des charges de la dette. Bref, un bon bouc émissaire !

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Economie-Finance-Industrie

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