La Libye aux mains de dirigeants islamistes. Traduit par Nancy Verdier

Publié le 15 Septembre 2011

by Anna Mahjar-Barducci

Traduit de l’anglais par Nancy VERDIER

 

http://www.hudson-ny.org/2408/islamist-leader-libyan-commander

 

Abdel Hakim Belhaj, le nouveau chef du Conseil Militaire de Tripoli aux mains des rebelles libyens est à présent lié à l’un des évènements les plus symboliques de la révolution libyenne : la capture du bâtiment sécurisé de «  Bab al-Aziziya », la résidence du dictateur libyen, le Colonel  Mouammar Kadhafi. Avant la révolution Belhaj était connu comme l’un des pères fondateurs du Groupe de Combat Islamique Libyen (LIFG)  une organisation islamiste créée avec le double but de renverser Kadhafi - considéré comme un infidèle -  et d’établir un état islamique en s’appuyant sur la lutte armée.


Né en 1966, la carrière de Belhaj a débuté en Afghanistan en 1988, quand il a combattu aux côtés des Moujahedeen , ces guerriers musulmans engagés dans le  Jihad, ou Guerre Sainte contre les soviétiques. Après la défaite de l’Union Soviétique à Kaboul, il séjourna une courte période au Pakistan, et ensuite en Iraq. En 1995, il participa à la création du  LIFG, rejoint alors par 2500 Libyens, qui pour la plupart avaient combattu en Afghanistan. En 1996, Belhaj participa avec le  LIFG à un attentat contre Kadhafi. L’assassinat manqué donna à ce groupe une crédibilité et une légitimité en tant que mouvement d’opposition.

 

L’idéologie du LIFG

Luis Martinez, directeur de l’Institut français de recherche sur l’Afrique et la  Méditerranée (CERAM), dans son livre, Le Paradoxe libyen, défend l’idée que le  Jihad du LIFG contre Kadhafi s’appuyait sur la nécessité d’établir un régime islamique afin de retrouver  les fondements de la « justice sociale ». Martinez rapporte l’interview de 1996 qu’il a fait de celui qui à l’époque était le porte-parole du mouvement, Abu Bakr Al-Sharif, où  ce dernier avance les arguments suivants :

" Il ne fait aucun doute que la situation tragique qui torture la société libyenne saute aux yeux de tous, même à ceux qui sont indifférents à la situation des musulmans.  Ainsi, l’absence d’un régime islamique – qui est une garantie pour sauver la paix dans ce monde et dans l’autre  -  est précisément ce qui nous a conduit à la situation présente. Kadhafi en tant que dirigeant a été contraint de juguler les musulmans de Libye pour  satisfaire les intérêts des ennemies de notre Nation, et a rempli à la lettre, le rôle qu’on attendait de lui. Ce rôle exigeait de lui, la rupture avec les règles de l’Islam et de ses symboles dans l’esprit de son peuple et dans la vie quotidienne de tous. »


Le porte-parole du LIFG a également révélé – selon Martinez – que la seule façon d’en finir avec la dictature de Kadhafi était un renouveau religieux. « La plus grande réussite du LIFG est de redonner vie à un précepte oublié, à un Sunnah qui est devenu lettre morte (le mode de vie fondé sur l’enseignement et les pratiques du Prophète Mohammed, considéré comme l’homme parfait, qui est un modèle pour tous). Je veux dire par là, le combat contre les apostats et les traîtres. Cela va également réveiller l’espoir – avec l’aide d’Allah – d’un renouveau de la spiritualité qui a été détruite par le désespoir et la peur que ce régime a générés  avec des moyens sournois. »

Pendant les années de sa création, entre 1996 et 1998, le LIFG fut impliqué dans de violents accrochages avec les forces libyennes de sécurité.

 

Al-Qaeda a surnommé Belhaj  « l’Emir des Moujahideen »

Vers la fin de 1998, le LIFG était pratiquement annihilé par le régime de Kadhafi. En conséquence, la plupart de ses leaders prirent la fuite vers l’Afghanistan pour rejoindre les forces des Talibans. Là-bas, Belhaj est connu pour avoir développé des “relations distantes”  avec les dirigeants d’al-Qaeda et le chef des Talibans le Mollah Omar. C’est ce que confirme un « mandat d’arrêt issu par le gouvernement  Libyen en 2002 » et dont fait état la BBC sur son site Web.

En 2007, Al-Qaeda a donné son approbation au LIFG. L’institut de Recherche sur les Media du Proche-Orient (MEMRI) rapporte que cette année là,  Ayman Al-Zawahiri, alors second d’ Al-Qaeda annonçait que le LIFG avait fusionné avec Al-Qaeda.  En outre dans cet enregistrement Al-Zawahiri surnommait  Belhaj, qui à l’époque croupissait dans une prison Libyenne, « l’Emir des Moujahideen. »

Abdel Bari Atwan, rédacteur en chef du principal journal arabe basé à Londres lAl-Quds Al-Arabi, dans son livre Histoire secrète d’ Al-Qaeda.,  confirmait que LIFG avait des liens “étroits et anciens” avec l’organisation d’Osama bin Laden , liens qui remontaient au Jihad en Afghanistan. Atwan mentionait également le fait que des Libyens avaient toujours figuré en bonne place dans le carnet d’adresses d’Al-Qaeda : « Abu Anas Al-Libi fut l’un des cerveaux derrière l’attentat de 1998 contre l’ambassade des USA. Abu Hafs Al-Libi fut jusqu’à sa mort en 2004 le lieutenant de  Al-Zarqawi et Ibn Sheikh Al-Libi commandait Al-Khaldan, et le camp d’entraînement d’ Al-Qaeda  en Afghanistan. Tous ces hommes – dit Atwan – furent à un moment donné membres du LIFG »

Dans des interviews récents,  après le soulèvement libyen, cependant, Belhaj a nié toute connexion avec  Al-Qaeda et a prétendu que « les media mélangeaient tout. »

 

Arrestation et libération de Belhaj

MEMRI rapporte aussi qu’en février 2004, Belhaj fut arrêté avec sa femme enceinte en Malaisie et transféré  à Bangkok, où il fut interrogé  et vraisemblablement  torturé par la CIA. Il fut ensuite extradé vers la Libye en mars de cette même année, torturé et emprisonné dans une cellule minuscule et sans lumière à la prison d’Abu Salim pendant sept ans. Tandis qu’il était en prison, Belhaj et d’autres membres du LIFG rédigèrent un livre Etudes Correctives, dans lequel ils abandonnaient le Jihad ou Guerre Sainte contre les dirigeants arabes, mais défendaient l’idée du Jihad contre les ennemies extérieurs.

En mars 2010, Belhaj, avec d’autres membres du LIFG fut finalement libéré étant donné la volonté du régime de réhabiliter les islamistes extrémistes. Sa libération  rapporte MEMRI fut annoncée à une conférence de presse par le fils de Kadhafi, Saif Al-Islam, lui-même,  qui affirma que les hommes libérés ne représentaient plus aucun danger.  C’est à cette occasion que Belhaj demanda la mediation de Saif al-Islam pour sa libération.

Certains dossiers récemment exhumés des archives secrètes de Kadhafi montrent qu’à l’époque de l’arrestation de Belhaj, la CIA et les services britanniques coopéraient avec le régime libyen pour faire la chasse aux terroristes. Pour sa séquestration qu’il considère aujourd’hui  comme illégale, Belhaj exige des excuses à la fois des américains et des britanniques.  Belhaj a déclaré à la BBC : “ Ce qui m’est arrivé à moi et à ma famille est illégale et mérite des excuses. Ainsi que pour tout ce qui m’est arrivé quand je fus capturé et torturé. »  

Belhaj a-t-il changé ?  

Belhaj est aujourd’hui l’un des candidats positionnés pour diriger la Libye post-révolutionnaire. Des media français comme Le Figaro, ont fait état de ses remerciements au monde occidental pour l’avoir aidé à renverser le régime de Kadhafi et sa gratitude manifeste envers l’OTAN pour ses opérations militaires. MEMRI rapporte que Belhaj est maintenant en train de se refaire une nouvelle image, et qu’il aurait dit : "Nous voulons établir un pays de liberté, de justice et d’égalité où les droits des libyens seront préservés »

Belhaj a récemment accompagné le Président du Conseil National de Transition  (NTC), Mustafa Abdel Jalil, à des réunions importantes pour l’avenir de la Libye en France et au Qatar. En ces occasions, Belhaj a été présenté comme « le bras armé de la révolution ».

 

Même si Belhaj est maintenant acclamé comme un héro de la révolution, certains Libyens ont cependant encore des doutes sur ses intentions réelles. Comme le rapportait le Guardian, Abdurrahman Shalgham, qui préside la délégation Libyenne aux Nations Unies et qui fut ministre des affaires étrangères sous Kadhafi, a critiqué Belhaj, le dénigrant comme étant « un simple prêcheur et non un chef militaire » et le membre du NTC Othman Ben Sassi a dit que Belhaj  « était moins que rien. Il est arrivé à la dernière minute et s’est arrangé avec quelques personnes grâce à l’expérience militaire qu’il a accumulée pendant la guerre en Afghanistan. »

Le porte-parole de la révolution libyenne, Ahmed Omar Bani, a dit que Belhaj  partage les rêves de tous les Libyens de construire un pays démocratique.  La France, aussi, croit qu’il n’y a pas lieu de se faire du souci sur le passé islamiste de  Belhaj, étant donné que les mouvements islamistes apparemment le méprisent fort et essaient de le délégitimer dans son rôle de dirigeant. Parallèlement, la présence de Belhaj crée déjà des frictions au sein du NTC.


La Libye est encore un pays avec plusieurs fronts de conflits ouverts,  et l’un d’eux est certainement la lutte pour le pouvoir parmi les chefs de la révolution.

Traduit de l'Anglais par Nancy Verdier

Cette traduction est copiable et diffusable dans le respect en mettant le nom de la traductrice et du site "Puteaux-Libre" Nancy VERDIER

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Israël: une démocratie

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