La malédiction Karachi - par Raoul Fougax

Publié le 28 Septembre 2011

Pour faire suite à l'article sur les vedettes de Taïwan

La campagne Balladur bombe à retardement de la campagne Sarkozy

Alors que Nicolas Sarkozy remonte, par à coups mais progressivement dans les sondages (ce qui ne l'empêche pas de perdre le Sénat) et qu’il redouble d’efforts pour restaurer une image présidentielle décadrée à l’extrême, ces affaires de Karachi tombent à pic pour ses adversaires. Trop à pic ? On ne peut l’écarter.



La Gauche, empêtrée dans le mauvais feuilleton DSK et craignant les déchirements des primaires, ne peux compter l’emporter que sur les erreurs de ses adversaires. Les erreurs ou les casseroles. Des casseroles, apparemment, il y en a et pas des petites. Il n’en reste pas moins que les révélations d’un front de la vertu journalistico–judicaire peuvent faire exploser avant le décollage la cellule de campagne du président candidat.

C’est donc suspect, mais cela ne veut pas dire du tout que ce soit faux. Car, franchement, de valises africaines en commissions pakistanaises, notre vertueuse démocratie a de plus en plus les traits d’une tenancière de bordel sur le retour. Entre les dépravées et les avides, si la démocratie se juge à ses fruits, la nôtre est un modèle de dégénérescence. De la Gauche à la Droite de gouvernement.



L’argent des Pakistanais est très embarrassant, bien sûr, pour Nicolas Sarkozy car ce sont des proches qui sont concernés. Ceux-là mêmes qui doivent assurer, peu ou prou, sa réélection. D’autant plus rageant que cela le ramène à l’époque où il était un petit soldat de Balladur, le général vaincu, et qu’il a failli y laisser sa carrière et ses ambitions.

Que les faits reprochés soient vrais oui faux, ils sont incontestablement très compliqués et le grand public des électeurs a du mal à suivre. C’est finalement un atout pour les sarkosystes qui peuvent brouiller les cartes.


De quelques repères.

21 et 22 septembre 2011 : Thierry Gaubert et Nicolas Bazire, deux proches de Nicolas Sarkozy, ont été mis en examen par le juge Renaud Van Ruymbeke, dans le volet financier du dossier Karachi.

8 mai 2002 : une bombe explose à Karachi (Pakistan), tuant quatorze personnes dont onze employés français de la Direction des constructions navales (DCN), alors en mission pour assembler des sous-marins nucléaires. Ces submersibles avaient été vendus par la France au Pakistan dans le cadre du contrat Agosta, signé en 1994 pour un montant de 825 M€. 



Octobre 2010 : A la suite d’une nouvelle plainte des familles de victimes, le juge Renaud Van Ruymbeke se saisit du volet financier de l’affaire et ouvre une enquête sur des faits de «corruption » et «abus de bien sociaux», à laquelle tente de s’opposer le parquet de Paris. Le juge pense qu’une partie des 85 M€ de commissions générées par le contrat est revenue en France sous forme de « rétrocommissions », alors utilisées pour financer la campagne d’Edouard Balladur à la présidentielle de 1995. Après son élection, Jacques Chirac aurait stoppé les versements de commissions pour « assécher » les financements de son ennemi.



21 septembre 2011 : Nicolas Bazire, ancien directeur de cabinet d’Edouard Balladur et ami de M. Sarkozy, est interpellé et placé en garde à vue. Le même jour, un ancien conseiller en communication du chef de l’Etat, Thierry Gaubert, est présenté au juge d’instruction en vue d’une mise en examen.

22 septembre : L’ancien directeur de cabinet d’Edouard Balladur à Matignon, Nicolas Bazire, est mis en examen pour recel d’abus de biens sociaux. Nicolas Sarkozy se dit « totalement étranger » à l’affaire. Dans son communiqué, le chef de l’Etat souligne que son nom n’apparaît à aucun moment dans le dossier Karachi et qu’il n’est cité par aucun témoin



23 septembre : Brice Hortefeux contre-attaque et menace de porter plainte pour diffamation. Le parquet de Paris ouvre une enquête préliminaire pour « violation du secret professionnel et recel de ce délit ». Et voila la belle Héléne.



24 septembre : Hélène de Yougoslavie assure, dans Le Monde, qu’elle a subi des « pressions » et des « menaces ». Hélène Gaubert dans le civil, vit séparée de son mari mis en examen dans le dossier Karachi et confirme que ce dernier « revenait avec des sacoches. Il y avait de l'argent, mais je ne sais pas d'où l'argent venait ». Ces voyages, « c'était mon mari et M. Takieddine », affirme-t-elle, précisant qu'ils faisaient « Paris, Genève, Londres et Paris ».

Helène Gaubert ajoute avoir subi « beaucoup de pressions, et des menaces, émanant de (son) mari. Cela a commencé après que sa maison a été perquisitionnée, au mois de juillet. Il s'attendait à ce que je sois convoquée par la police. Alors il m'a dit : Si tu parles, tu ne verras plus les enfants. Si je coule, tu coules avec moi, car nous ne sommes pas divorcés ».



Lors de son audition, Hélène de Yougoslave explique qu'elle a été « inondée de textos » de son mari. Et le 14 septembre, il lui donne rendez-vous dans sa voiture: « il m'a incendiée, il était furieux », dit-elle. Il lui aurait dit : « Qu'est-ce que tu as été raconter aux flics, il paraît que tu m'as balancé ? Tu es complètement folle, tu vas partir à l'asile », ajoute-t-elle sur le site du Monde, concluant: « J'ai compris qu'il avait eu des informations très précises sur ma déposition. »

Premier bilan



Trois proches de Nicolas Sarkozy, Nicolas Bazire, Thierry Gaubert et Brice Hortefeux sont désormais mis en cause dans l'affaire de Karachi, soit pour son volet financier, soit pour des interventions intempestives. De son côté, Brice Hortefeux a été mis en cause dans l'affaire Karachi pour ses interventions, supposées, dans l'enquête du juge Renaud Van Ruymbeke. Gaubert et Bazire sont des proches de Nicolas Sarkozy, qui était porte-parole de la campagne d'Edouard Balladur et ministre du Budget à cette époque. Les policiers qui enquêtent sur le financement controversé de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur en 1995 ont découvert lors d'une perquisition au domicile de Thierry Gaubert des documents bancaires.



Parmi ces documents figurerait un relevé du transfert de fonds de 10 millions de francs, effectué entre un compte bancaire en Suisse et un paradis fiscal. Cette somme pourrait correspondre à l'argent, en espèces, considéré comme litigieux dans les comptes de campagne d'Edouard Balladur.



L'instruction, menée par le juge Renaud Van Ryumbeke, a suscité une controverse visant directement la présidence de la République, avocats et magistrats accusant aussi l'Elysée d'avoir eu accès au dossier.



« Le nom du chef de l'Etat n'apparaît dans aucun des éléments du dossier. Il n'a été cité par aucun témoin ou acteur de ce dossier », a déclaré l'Elysée, dans un communiqué qui se révèle prématuré et imprudent. Même si la possibilité d’un complot avec le fusil à tirer dans les coins est, malgré tout, plus vraisemblable que dans les allégations de DSK.

Raoul Fougax  

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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