La réforme de la signalisation des radars a suscité la grogne. Valeurs Actuelles

Publié le 26 Mai 2011


La réforme de la signalisation des radars a suscité la grogne de nombre de députés UMP, dont 80 ont alerté lundi François Fillon sur 
« l'exaspération » des électeurs. Après avoir tenu une ligne de fermeté, Claude Guéant a annoncé mardi la suspension du démontage des panneaux de signalisation des radars.

Relayant la désapprobation par l'opinion de l’une des mesures phare sur la sécurité routière, la suppression des panneaux annonçant la présence de radars, 80 députés de droite avaient adressé lundi 23 mai une lettre à François Fillon pour lui faire part de « l'exaspération » des électeurs.Mardi, Claude Guéant leur a donné satisfaction en annonçant la suspension du démontage des panneaux de signalisation des radars, désormais conditionné à une « concertation locale ». Le ministre de l'Intérieur a assuré aux députés UMP que les radars fixes seraient toujours précédés de radars "pédagogiques", mais que ceux-ci ne seraient pas toujours suivis d'une radar fixe sanctionnant les excès de vitesse. Prenant acte de cette annonce, Christian Vanneste a assuré : « La fronde est terminée ».

Le gouvernement, derrière François Fillon, s'en était tout d'abord tenu à une ligne de fermeté  : « Lorsqu’on a commencé à mettre des radars sur les routes […], ces panneaux avaient une valeur éducative, pédagogique […] Aujourd’hui, nous savons bien qu’il n’en est plus rien […] Il ne faut pas être hypocrite, nous savons comment fonctionnent ces panneaux : on freine avant le panneau et on réaccélère juste après les radars. » En visite le 20 mai sur l’autodrome de Montlhéry-Linas (Essonne), où il a assisté à des démonstrations de “crash-test”, François Fillon avait ainsi  tenté de clore le débat sur les radars. Fortement critiqué depuis la réunion UMP du mardi précédent au sujet de la suppression de ces panneaux, le Premier ministre s’était défendu en insistant sur «l’aggravation des chiffres » constatée depuis le début d’année (+10 % de morts sur les routes au premier trimestre).

Nicolas Sarkozy avait déjà apporté son soutien au chef du gouvernement la veille, lors de l’inauguration d’une gendarmerie à La Londe-les-Maures, dans le Var : « Je ne laisserai pas repartir le nombre de morts sur les routes à la hausse. Je ne cèderai pas sur cet objectif. Nous continuerons à faire baisser le nombre de morts sur la route. C’est un objectif intangible. On n’en change pas parce qu’il y a des élections », avait-il martelé. Des déclarations qui venaient contredirent celles de 2007, lorsque le candidat Nicolas Sarkozy, à l’époque ministre de l’Intérieur, avait affirmé sur RTL : « Il serait scandaleux d’enlever les panneaux qui préviennent les radars […] L’objectif des radars n’est pas de remplir les caisses de l’État. »

Claude Guéant avait lui aussi tenté de calmer la fronde en rencontrant mercredi dernier les députés de la majorité. Le ministre de l’intérieur avait évoqué des « moyens pédagogiques » accompagnant les mesures prises par le comité interministériel. Si le ministre était resté ferme sur l’interdiction des avertisseurs de radars, il avait annoncé dimanche l’installation de mille "radars pédagogiques", qui indiqueront leur vitesse aux automobilistes, sans les sanctionner.

« On se fait péter une bombe atomique sur la tête »

Furieux, les députés UMP dénonçaient la précipitation et l’absence de concertation sur ces mesures de sécurité routière. Ils redoutaient les conséquences de ce durcissement, impopulaire à un an de l’élection présidentielle…et des législatives qui suivront. «Avec ça, on se fait péter une bombe atomique sur la tête », avait notamment fustigé Jean Auclair, député UMP de la Creuse. Jean-Marc Roubaud (UMP, Gard) parlait d’une « faute politique », Bernard Depierre (UMP Côte d’Or) d’un « racket », Marie-Louise Fort (UMP Yonne) de « mesures injustes », précisant qu’elles « pénalisent ceux qui travaillent et les ruraux ». Certains parlementaires, comme Alain Gest (UMP Somme), rappellaient que l’alcool et la drogue sont les premières causes des accidents de la route et non pas la vitesse. Concernant l’interdiction des avertisseurs de radars, le parlementaire soulignait qu’il s’agit d’une mesure « inapplicable puisqu’on peut les installer sur un téléphone portable ».

Quant à la cinquantaine d'élus du collectif de la Droite populaire, ils menaçaient le gouvernement d’un affrontement parlementaire si celui-ci ne revenait pas sur ce qu’ils qualifiaient de "points non négociables" : le maintien des panneaux signalant les radars et l'abandon de « la décision discriminatoire d'imposer aux motards de repasser un examen après cinq ans d'interruption de conduite». Député du Rhône, Philippe Meunier affirmait : « Nous le disons calmement : "Ça suffit !" Jusqu’à présent, nous avons été bien gentils mais c’est terminé… On en a marre de ces gages donnés à la gauche, aux écolos et aux bien-pensants.  […] On infantilise les Français, on essaie en permanence de les faire passer pour de dangereux criminels. »

Face à la rébellion, Christian Jacob, le patron du groupe UMP à l’Assemblée, appellait à la création d’une mission d’information parlementaire sur les causes de l’augmentation des morts et blessés sur les routes au premier trimestre. Il souhaitait également constituer un comité de liaison entre le ministère de l’intérieur et le groupe sur l’ensemble des mesures de sécurité routière à venir. Christian Jacob réclamait enfin une concertation locale avec les préfets sur la pédagogie routière. Quant au Président de la République, il devait recevoir le 24 mai à l’Elysée le collectif de la droite populaire, réunion prévue de longue date, bien avant cette polémique. 

Marion Géliot de Valeurs Actuelles

Photo © SIPA

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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