La société de délation - par François d'Orcival de Valeurs Actuelles.

Publié le 12 Mai 2011

François d'Orcival de Valeurs Actuelles

Mais dans cette société de la délation, plus rien ni per­sonne n’est à l’abri. C’était réservé aux temps de guerre et aux régimes policiers : “Taisez-vous ! Méfiez-vous ! Les oreilles ennemies vous écoutent” (1915) ; “Silence. L’ennemi guette vos confidences” (1939) ; “Les murs ont des oreilles” (1940). Désormais, plus besoin d’agents rétribués, de milices de quartier, de comités d’immeuble ni de micros dissimulés sous les planches, tout est étalé. Chacun écoute l’autre en toute impunité ; chacun dénonce l’autre dans l’immense “réseau social” de la communication instantanée. La lettre anonyme, honte des années noires, encombre la Toile dès l’âge où l’on est capable de taper sur un clavier. La vie privée, la vie intime et la pudeur disparaissent.

L’extraordinaire outil Internet, inépuisable malle aux trésors, est aussi une gigantesque poubelle. Big Brother veille, la police de la pensée vous surveille. Vous savez que vous risquez la dénonciation devant les tribunaux, la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et la mise au pilori médiatique.

La délation généralisée est destructrice de la société, de ses solidarités, de ses hiérarchies, du respect indispensable au “vivre ensemble”. On ne construit rien sur la méfiance de l’autre. Toute construction repose sur la confiance. Benjamin Constant le libéral le disait déjà, à l’issue de la pire période de l’expérience révolutionnaire, en 1797 : « Nul homme n’a droit à la vérité qui nuit aux autres. » Procéder autrement, ajoutait-il, ce serait rendre toute vie en société impossible. L’enfant même a besoin de secret, protection de l’innocence. Le psychiatre Serge Tisseron, grand spécialiste de l’image et de l’enfance, l’a écrit (Secrets de famille mode d'emploi) : « Le droit au secret de chacun, adulte ou enfant, est essentiel. Il permet de protéger son identité profonde des intrusions de l’environnement. Il est la première condition à la possibilité de penser soi-même et pour soi-même. » En un mot : la première condition de la liberté.

Avec son expérience de cinquante ans de journalisme, Jean Lacouture, le biographe du général de Gaulle et de Mendès France, a lumineusement résumé cela dans un petit essai paru en 2005 (Éloge du secret, Éditions Labor) : « Imaginez un groupe frappé d’absolue transparence ; les vices de l’un, les erreurs de l’autre, les maladies de tel ou tel, le “tout savoir” de l’un sur l’autre, dans la famille, le cercle de travail, la société… La transparence, ce mot magnifique, aboutit à une absurdité totale, à la perversité, à l’effroi général. » Au contraire, écrit-il, « la dialectique du jour et de la nuit est fondamentale, elle est essentielle à notre équilibre. L’ombre est une loi de la nature, liée à l’arbre, à la maison, à la civilisation, en un mot – qui a besoin d’ombre, de murs, de silence aussi ». La société est un « jeu d’ombre et de lumière ».

Sous l’œil universel et implacable de Big Brother et dans la crainte de la condamnation, les gens baissent la tête et ne disent rien en attendant que passe l’orage. Mais on n’a pas pu les priver de leur liberté de pensée. Alors, ils se saisissent de l’arme qui reste à leur disposition, qui est à la fois secrète, couverte par l’opacité d’une enveloppe, encouragée et protégée par la loi, au nom du devoir de la démocratie : le bulletin de vote, qu’ils glissent dans l’urne et qui peut être le bulletin de la nausée.    François d'Orcival, de l'Institut 

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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Johanny 12/05/2011 19:27



La "bienpensance" a curieusement pris la mentalité "trou de serrure" et dénonciations en tout genre...


 


Les exemples sont actuellement nombreux. il ne sert plus à rien de faire très attention à ce que l'on dit, ces gens là ont la technique d'interprèter vos paroles pour vous salir aux yeux du
monde, déjà en son temps Beaumarchais dénonçait cette propension à la calomnie qui génère jalousie, haine et divisions, c'est l'attitude nauséabonde du serpent de la génèse. Ces
officines sectaires, gauchiste ne se sentent plus !... Même un silence absolu sera interprèté à votre détriment. Vous n'avez même plus besoin de commettre une mauvaise action pour vous voir
condamner, il suffira bientôt Qu'une rumeur bien orchestrée et amplifiée par des médias complices vous rende coupable de tout comme de rien aux yeux de tous pour être jugé et condamné, les
exemples sont légions au jour d'aujourd'hui de ces soi-disant "bien-pensants" qui, à titre d'exemple, en arrivent à falsifier l'histoire pour rendre les européens d'aujourd'hui coupables des
périodes anciennes de traite des noirs en cachant qu'elles étaient surtout d'origine arabo-musulmane, leur véritable but étant de dresser les noirs africains contre les blanc occidentaux pour
s'imposer eux en juges implacables et redresseurs de torts, een somme diviser pour règner comme le font les intellectuels auto-proclamés, semant ainsi la haine entre des hommes, des groupes ou
même des peuples, c'est à dire tout le contraire de ce qu'ils prétendent vouloir faire.


Les actualités fourmillent d'exemples d'hommes ou de femmes politiques brutalement accusés de « racisme » pour quelques mots prononcés, généralement sortis du contexte d'un discours
entendu. Comme si de néo-commissaires du peuple socialo-staliniens se tenaient à l'affut du moindre mot qu'ils pourraient savament interprèter dans un tel sens de manière à « démolir »
un ennemi-politique. Ce petit jeu, qui dure déjà depuis pas mal de temps, a pour effet de créer un climat délétère dans tout débat public et que les médias ont l'art de communiquer dans la
société tout entière.


 Que cherche-ton? À diviser encore plus la population de France en supprimant les valeurs autour desquelles elle savait se rassembler ?........