La Toussaint sanglante de Bagdad et l'autisme de l'Eglise catholique.

Publié le 11 Novembre 2010

 
            L’article sur la Toussaint sanglante de Bagdad, dans le dernier numéro, nous a valu d’énergiques réprimandes de plusieurs membres du clergé catholique. Ils nous reprochent d’ignorer que l’islam est d’abord “une religion de paix, d’amour et de tolérance” dans le cœur de la majorité de nos frères musulmans, idéal trahi par les terroristes islamiques qui assassinent au nom d’Allah.

            Un Français clerc ou laïc sans culture orientale abordera l’islam, en effet, comme une religion : une façon de se relier au mystère des origines et à celui des fins dernières de l’homme, qui relève dans la doctrine républicaine des ressorts du “libre arbitre“ et appartient au domaine de la “sphère privée”…

             Si ce Français est journaliste ou politicien, donc convaincu que “toutes les religions se valent” et que l’Etat doit les traiter sur un pied d’égalité, la martingale du contre-sens intégral est bouclée : l’islam sera considéré en toute bonne foi comme socialement et politiquement aussi “neutre” que le catholicisme contemporain. Dans cette perspective fermée au sens, la République peut donc légitimement créer des aumôneries d’imams dans les centres de détention, autoriser l’ouverture d’écoles coraniques et donner (voire financer) des lieux de culte pour tous nos musulmans !

           Si ce Français est sociologue, ou spécialiste de l’histoire des peuples, il va regarder du côté des identifiants communautaires, des modes de vie, du droit familial, des traditions pédagogiques, des arts, des lettres, et nous décrire une culture radicalement distincte de celle qui caractérisait jusqu’à une date récente les idéaux et les mœurs de la Chrétienté. Bref, il va nous conduire à l’idée d’ailleurs fort juste que l’islam se considère partout dans le monde comme une grande civilisation. Bien supérieure à toutes les autres, cela va de soi.

Si ce Français enfin est historien, philosophe, géopoliticien, il décrira l’islam comme une entité politique d’un genre particulier, pluri-éthnique, transnationale et transcontinentale, comparable en bien des points à l’empire que Staline avait fondé dans les années cinquante autour du Parti Communiste d’Union Soviétique : un empire guerrier, sans foi ni loi, totalitaire avec ses sujets, esclavagiste avec les autres, et toujours conquérant…

René Marchand montre fort bien, dans La France en danger d’islam, que cet empire est entré aujourd’hui dans l’enthousiasme des Espagnols du Moyen-Age, au XIe siècle, lorsqu’ils lancèrent la Reconquista. Il a raison de s’en alarmer. Nous n’avons plus de Charles Martel, de Cid Campeador, de saint Louis, de Père de Foucauld ou de maréchal Lyautey à mettre en face. Plus de soldats chrétiens à croiser. Plus d’instituteurs, d’infirmiers, de missionnaires. Plus de pasteurs en chaire pour soutenir la cause d’une société chrétienne contre les prétentions idéologiques et politiques des autres empires et des autres religions. L’aggiornamento est passé par là. Les catholiques se taisent, quand ils ne se terrent pas. S’ils vont chaque dimanche à la messe, leur héroïsme est saturé. Dix siècles exactement séparent nos mentalités.

Religion, culture, droit positif, civilisation, empire, l’islam minusculaire des “cinq pilliers de la foi” ou l’Islam majusculaire des conquêtes arabo-musulmanes revendique de façon légitime toutes ces dimensions, comme ce fut le cas du christianisme en France, de Clovis à Napoléon III. Traiter de l’une en oubliant les autres, c’est s’assurer d’avance de n’y comprendre rien.

René Marchand a raison d’insister sur l’incompatibilité des valeurs proprement musulmanes, en terre d’Islam, avec celles de notre civilisation. Je crois cependant que nous pourrions aussi nous réjouir de ce que 95% des musulmans de France soient conquis par un modèle respectueux de la femme, des droits de la conscience individuelle et du libre arbitre en matière de religion… sans cesser de se dire musulmans !

Sommes-nous capables de les convertir au christianisme en une génération ? Dans l’état actuel des convictions militantes des familles et du clergé catholiques, la réponse est non.

Sont-ils capables de nous aider nous-mêmes à faire un bout de chemin dans la réhabilitation identitaire du catholicisme et de la société qui en est issue ? La réponse est peut-être, pourquoi pas, réfléchissons-y… Dieu souvent écrit droit avec des lignes courbes, savantes et compliquées. Comme la calligraphie arabe, vous connaissez ?

© Emmanuel Barbier/Sedcontra, nov. 2010

 

 

René Marchand sera avec Résistance Républicaine à notre Banquet de vernouillet.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

Commenter cet article