Le Conflit Israélo-Palestinien et Arabo-Israélien. Remettre les pendules à l'heure.

Publié le 18 Février 2010

Aider à réhabiliter la vérité sur le conflit Arabo-Israèlien.
Par Emmanuel Navon.

              La question des minorités et des frontières.
Le conflit israélo-palestinien n'est pas unique en son genre. Il s'agit d'un conflit entre deux nationalismes qui se disputent un même pays et qui ne veulent pas vivre ensemble dans le cadre d'un État binational. Bien que différent à de nombreux égards, ce conflit est semblable à celui qui oppose jusqu'à aujourd'hui les Hindous et les Musulmans dans le sous-Continent indien.

La Grande-Bretagne, qui était la puissance coloniale aussi bien en Inde qu'en Palestine, porte une lourde part de responsabilité dans l'aggravation des tensions entre Hindous et Musulmans, et entre Juifs et Arabes. Fidèle à sa stratégie de "diviser pour mieux régner" ("Divide and Rule"), la Grande-Bretagne proposa l'idée de partage entre deux pays, tant en Inde qu'en Palestine.

En 1937, la Commission Peel proposa la division de la Palestine entre un État arabe et un État juif. Elle proposa également des échanges de populations pour que Juifs et Arabes soient respectivement réintégrés dans leurs futurs États.

La Commission prit d'ailleurs pour exemple l'échange de populations entre la Grèce et la Turquie en 1922.

Le principe de la partition, cependant, n'implique pas l'absence de minorités. Il y a une minorité musulmane en Inde et une minorité hindoue au Pakistan. Mais lorsqu'il s'agit du conflit israélo-palestinien, la solution de la partition (ou ce que l'on appelle aujourd'hui "deux États pour deux nations"), exclut a priori l'idée qu'il puisse y avoir une minorité dans chaque État. Ou plus exactement, il doit y avoir une minorité arabe dans l'État juif (elle est aujourd'hui de 20%), mais pas de minorité juive dans l'État arabe.

Et si un Juif de Hébron, dont la famille y vit depuis des dizaines de générations (avant même l'invasion de la Palestine par les Arabes au 8e siècle), préférerait y rester en tant que citoyen de l'État palestinien ? Pour lui, vivre à Hébron est plus important que de réaliser ses aspirations nationales dans le cadre d'un Etat nation juif. Pourquoi le choix (qui n'est pas un choix facile) entre vivre en tant que minorité dans la ville de ses grands-parents et vivre comme majorité dans une autre ville doit-il exister uniquement pour les Arabes palestiniens mais pas pour les Juifs israéliens ?

En théorie, il n'y aucune raison pour qu'il y ait une minorité arabe en Israël et pas de minorité juive en Palestine. Mais en pratique, nous savons pourquoi cela n'est pas réaliste. Tandis qu'Israël est à la fois un État nation et un État de tous ses citoyens (c'est-à-dire un État nation où la minorité arabe jouit des même droits civiques que ceux de la majorité juive), l'État palestinien, lui, sera uniquement un État nation (ou même un État islamique au vue de la montée du Hamas) qui ne tolérera pas le moindre juif.

Il suffit de se souvenir du sort des Israéliens qui furent lynchés à Ramallah le 12 octobre 2000 sous les acclamations d'une foule en délire. Après quinze ans d'une propagande antisémite haineuse dans les médias, les écoles et les mosquées de l'Autorité palestinienne, on voit difficilement comment une minorité juive pourrait être tolérée et vivre en sécurité dans l'État palestinien.

Donc le partage territorial prévu entre Israël et les Palestiniens, contrairement au partage du sous-Continent indien entre l'Inde et le Pakistan, est unique en son genre puisqu'il n'envisage l'existence de minorités que dans l'un des deux pays issus dudit partage.

Au moment du retrait unilatéral israélien de la Bande de Gaza en 2005, certains habitants juifs de la Bande de Gaza avaient publiquement exprimé leur préférence de rester dans leurs villages après le retrait israélien et de devenir des citoyens palestiniens. Il leur était plus important de rester dans leurs maisons en tant que minorité que de vivre ailleurs en tant que majorité dans leur propre État nation. La réponse du Gouvernement israélien était que leur sûreté et leur vie même en tant que minorité juive sous souveraineté arabe serait menacée. Malheureusement, c'est vrai.

Mais je pose la question: Pourquoi l'Europe, pourquoi le monde, tolèrent cette intolérance palestinienne à l'égard des Juifs qui expriment leur désir de vivre en tant que minorité dans le futur État palestinien? Et ce partage, comment doit-il se faire? Sur la base de quelles frontières?

À cette question, la plupart des gens répondent: "Sur la base des frontières de 1967, bien entendu."

Encore une réponse qui prouve à quel point il faut remettre les pendules à l'heure.

D'abord, je me pose une question. S'il suffit de revenir à ce que l'on appelle à tort "les frontières de 1967" pour arriver à la paix avec les Palestiniens, comment se fait-il qu'il n'y avait pas la paix avant 1967 ? Les Palestiniens ont fini par convaincre le monde que l'occupation est la cause du conflit. Mais, en réalité, l'occupation est la conséquence du conflit. C'est précisément parce qu'on était en état de guerre avant 1967 et que les pays arabes déclenchèrent la guerre de juin 1967 qu'Israël s'est retrouvé en situation d'occupant.

Par ailleurs, l'expérience des quinze dernières années prouve que l'équation entre conflit et occupation est fausse. D'abord l'occupation israélienne en Cisjordanie et à Gaza a pris fin en 1995 avec le retrait israélien de tous les villes et villages palestiniens et avec l'établissement d'un gouvernement autonome palestinien.

Est-ce que cela a mis fin au conflit ?

Au contraire: c'est précisément après le retrait israélien que les vagues du terrorisme palestinien ont commencé a frapper les civils israéliens dans des proportions sans précédent.

Même chose dans la Bande de Gaza: en 2005, Israël a déraciné des centaines de familles juives et rasé tous les villages juifs. Israël voulait prouver qu'elle était prête à faire des concessions douloureuses pour la paix et à démanteler ce que les Palestiniens appellent "les colonies."

Et qu'avons-nous eu en retour? Des milliers de roquettes tirées quotidiennement sur nos maisons, nos écoles, et nos usines.

Encore une fois, s'il suffisait de se retirer aux lignes de 67 et de démanteler toutes les habitations juives de Judée-Samarie pour arriver à la paix, comment se fait-il qu'il n'y avait pas la paix avant 1967? Tout simplement parce que cette théorie simpliste est fausse.

Alors, vous me direz: avec l'Égypte, on est revenu à la frontière de 67, et on a eu la paix. C'est vrai. Ou, plus exactement, c'est partiellement vrai, puisque la paix entre Israël et l'Égypte est purement formelle. C'est une paix froide, sans échanges commerciaux ni culturels. Depuis trente ans qu'Israël et l'Égypte ont signé un accord de paix, aucun chef d'État égyptien ne s'est rendu en Israël (à l'exception de la visite éclair de Moubarak pour les funérailles de Rabin).

Avec les Palestiniens, les choses sont plus compliquées, car il y a un contentieux sur la question des réfugiés et sur la question de Jérusalem. Mais il y a également un contentieux sur la question des frontières.

Avec l'Égypte, la question des frontières ne posait pas problème, puisqu'il y avait une frontière internationale reconnue entre l'Égypte et Israël avant la guerre de juin 1967. Mais entre Israël et les Palestiniens, le concept même de "frontières de 67" est inexact.

Il n'y a jamais eu de frontière internationale reconnue entre Israël et les Palestiniens et il n'y a jamais eu d'État palestinien indépendant conquis et occupé par un pays tiers.

En 1947, la commission spéciale des Nations Unies créée pour trouver une solution au conflit en Palestine britannique, l'UNSCOP, recommanda le partage du Mandat britannique entre un État arabe et un État juif. Le 29 novembre 1947, l'Assemblée Générale des Nations Unies approuva cette recommandation par un vote majoritaire. Mais, comme nous l'avons vu tout à l'heure, les votes de l'Assemblée Générale ne sont que des recommandations et n'ont pas force exécutoire en droit international.

Donc, contrairement à une idée reçue, l'ONU n'a en rien créé Israël. L'ONU n'a d'ailleurs pas le pouvoir de "créer" des États.

Les frontières proposées par le plan de partage de l'UNSCOP auraient pu théoriquement devenir des frontières internationales reconnues si le plan avait été accepté et mis en place par les parties. Mais ces frontières potentielles devinrent nulles et non avenues dès l'instant où les pays arabes et les Palestiniens rejetèrent le plan de partage et engagèrent une guerre d'extermination contre la population juive de la Palestine britannique.

À l'issue du conflit, le nouvel État d'Israël réussit à repousser l'agression arabe. Conscientes de leur défaite, les armées arabes (à l'exception de l'armée irakienne) signèrent des accords d'armistice avec Israël à Rhodes en 1949.

Les Accords de Rhodes n'établirent pas des frontières, mais des lignes d'armistice.

Non seulement des lignes d'armistice, mais des lignes d'armistice qui furent clairement et explicitement définies comme "temporaires" dans les accords, parce que les pays arabes l'exigèrent. Ils ne voulaient pas, en effet, que ces lignes d'armistices puissent être considérées comme permanentes ou, pire, comme des frontières, ce qui pour eux aurait constitué une reconnaissance de facto d'Israël. Aujourd'hui, les Palestiniens et les pays arabes parlent de "frontières de 1967" alors qu'à l'époque ils ne voulaient surtout pas entendre parler du mot "frontière." Ils ont complètement retourné leur position à ce sujet.

Après la signature des Accords de Rhodes en 1949, les Palestiniens et les pays arabes auraient pu établir un État palestinien en Cisjordanie et à Gaza. Pendant les dix-huit années qui s'écoulèrent entre les Accords de Rhodes et la Guerre des Six Jours, les Palestiniens et les pays arabes s'abstinrent de créer un État palestinien. Au lieu de cela, l'Égypte et la Jordanie s'emparèrent des territoires destinés aux Palestiniens d'après le plan de partage de l'ONU (ou plutôt ce qu'il en restait après les Accords de Rhodes).

Lorsque l'Égypte et la Jordanie envahirent respectivement la Bande de Gaza et la Rive occidentale du Jourdain, elles le firent dans une guerre d'agression, mais elles n'envahirent pas un territoire souverain. Parce que les territoires en question n'étaient pas un État souverain et ne faisaient pas partie d'un État, il y avait là un vide juridique, et donc il ne s'agissait pas d'une occupation au sens légal du terme. Mais la Jordanie alla plus loin, puisqu'elle annexa la rive occidentale du Jourdain, qu'elle renomma "Cisjordanie." La communauté internationale ne reconnut pat cette annexion (à l'exception de la Grande-Bretagne et du Pakistan).

Donc quand Israël s'empara de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza pendant la Guerre des Six Jours, elle ne traversa pas une frontière, mais une ligne d'armistice temporaire. Et elle ne conquit pas des territoires souverains avec un statut juridique reconnu par la communauté internationale. Par ailleurs, tandis que l'Égypte et la Jordanie conquirent la Bande de Gaza et la rive occidentale du Jourdain dans une guerre d'agression, Israël s'empara de ces territoires dans une guerre de légitime défense –ce qui a des implications en termes de légitimité et de légalité.

La présence israélienne en Judée-Samarie est plus légale et plus légitime que la présence jordanienne à l'époque, précisément parce que la présence israélienne est le résultat d'une guerre d'autodéfense, alors que la présence jordanienne était le résultat d'une guerre d'agression.

Par ailleurs, le droit des Juifs de vivre en Judée-Samarie a été reconnu par le Mandat de la SDN en 1922, un document de droit international qui n'a jamais été abrogé.

Tout cela pour dire qu'il n'y pas de justification légale à un retrait israélien aux lignes d'armistice de 1949. En s'emparant de la Cisjordanie en juin 1967, Israël n'a pas envahi un pays souverain avec une frontière internationalement reconnue. Et c'est d'ailleurs la raison pour laquelle la résolution 242 du Conseil de Sécurité des Nations Unies n'exige pas d'Israël un retrait aux lignes d'armistice de 1949.

La Résolution 242 a été adoptée en novembre 1967, alors que la guerre était finie depuis le mois de juin, c'est-à-dire cinq mois plus tôt. Pourquoi? Parce que les négociations furent ardues entre les membres du Conseil de Sécurité qui voulaient un retrait israélien total et inconditionnel (comme l'Union soviétique et la France), et ceux qui voulaient que le retrait israélien soit conditionné par un accord de paix et que son étendue soit sujette à négociation (comme les Etats-Unis et la Grande-Bretagne).

La Grande-Bretagne, qui présidait le Conseil de Sécurité à l'époque, finit par faire accepter sa version de la résolution qui lit le retrait israélien à un accord de paix avec les belligérants, et qui n'exige pas un retrait israélien total mais un retrait de territoires ("withdrawal from territories"). La formule demandée par la Russie et la France était "from all the territories" puis "from the territories" mais c'est finalement la formule "from territories" qui a été retenue. Ces négociations figurent dans les travaux préparatoires du Conseil de Sécurité.

Tant Lord Caradon, qui était à l'époque le représentant de la Grande-Bretagne aux Nations Unies, que Georges Brown, qui était le Ministre britannique des affaires étrangères, ont témoigné de ces négociations et ont confirmé que c'est la version anglaise qui fait autorité. Le fait que la France ait traduit "from territories" par "des territoires" au lieu de traduire par "de territoires" parce qu'elle n'avait pas eu gain de cause n'a aucune implication juridique.

Donc le droit international n'exige pas d'Israël de se retirer aux lignes d'armistice de 1949 dans le cadre des négociations avec les Palestiniens, et certainement pas de les "compenser" avec des territoires israéliens souverains en contrepartie des territoires qui seraient annexés par Israël au-delà des lignes de 1949.

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Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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