L'Education Nationale grande absente des Présidentielles!

Publié le 10 Avril 2012

Débat d'idées.

Sept à huit pour cent de la richesse française sont consacrés à l’éducation. Mais là n’est pas l’essentiel. L’essentiel, c’est le rôle de l’éducation dans la transmission de la culture et donc dans la permanence de l’identité. Pourtant le débat sur l’éducation ne porte que sur les moyens – en donner davantage et/ou les rendre plus « performants » – non sur les fins ni sur ce qui est essentiel, à savoir le contenu de l’instruction et les méthodes pédagogiques. En fait, parmi les candidats à la présidentielle, tout le monde ou presque semble d’accord pour parachever l’évolution des quarante dernières années et poursuivre le remplacement de cours structurés par des activités plus ou moins ludiques. Animatrice d’un blog de réinformation scolaire, Claude Meunier-Berthelot a passé les programmes des candidats au scanner. Voici son diagnostic. 

Polémia.

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La « refondation » de l’institution scolaire dont Nicolas Sarkozy se fait le chantre est reprise quasiment par tous les candidats. Or, cette « refondation » s’inscrit dans la poursuite de la subversion de l’institution scolaire entamée pour l’essentiel après la Deuxième Guerre mondiale sur la base du plan Langevin-Wallon, estampillé communiste.

La fin programmée de l’école

Elle signe la fin programmée de l’école, en ce qu’elle repose sur la suppression de la transmission des savoirs par des cours – « Du passé faisons table rase ! » – pour les remplacer par des activités au cours desquelles l’enfant est censé construire son savoir, accompagné dans son projet, quel qu’il soit, par un enseignant qui n’enseigne plus. C’est ce qui est appelé « accompagnement personnalisé », « tutorat », « aide aux devoirs »… laissant ainsi supposer au public que ces dispositifs viennent dans le prolongement des cours pour en faciliter l’assimilation – ainsi que les intitulés le laissent à penser pour les besoins de la désinformation qui occulte la triste réalité – alors qu’ils sont instaurés en remplacement des cours, sans obligation de résultat. Nous ne nous trouvons donc plus dans une logique d’école mais dans une logique de lieu de vie.

Aboutissement d’un long processus

Mais cette « refondation » n’est pas une « soucoupe volante » qui viendrait se poser de façon fortuite sur l’école et dont on ne saurait pas très bien d’où elle vient ! Elle est l’aboutissement de ce plan Langevin-Wallon dont le fil rouge s’est déroulé implacablement depuis 60 ans, bien que les dérèglements qui en ont résulté aient donné lieu à un sentiment de confusion que les syndicats ont largement contribué à susciter pour masquer les tenants et aboutissants de cette déliquescence organisée.

En effet, l’objectif clairement défini de ce plan était, en réalité, de faire disparaître l’institution scolaire en créant un corps dit « professoral » unique de la maternelle à l’université incluse et en assurant leur formation, dans la même structure, à la « pédagogie active » afin de faire réaliser des activités aux enfants de 6 à 18 ans en remplacement des cours : c’est précisément l’objet de la « refondation » actuelle de l’école mise en œuvre par Nicolas Sarkozy, dernière étape – à la suite d’une longue série – du plan Langevin-Wallon.

Alléger le programme des humanités et changer les méthodes pédagogiques

La première étape a consisté à alléger les programmes des « humanités » après la Deuxième Guerre mondiale, sans attenter cependant à l’essence même de l’institution scolaire à ce moment-là.

La subversion a réellement démarré dans les années 1950/1960, à partir du moment où a commencé à se généraliser l’usage de méthodes pédagogiques ineptes dans l’enseignement primaire, des méthodes qui ont rendu volontairement impossible d’obtenir les résultats obtenus antérieurement avec les pédagogies traditionnelles. Puis, pour masquer les dégâts causés, toutes les « barrières » ont sauté et l’institution scolaire a été bouleversée pour parvenir à entériner l’allégement des programmes induit par la baisse de niveau générée par ce chamboulement des méthodes. D’où la délivrance, de façon surmultipliée et abusive, de diplômes requérant des exigences suffisamment amoindries pour qu’elles puissent être satisfaites par des élèves rendus incapables d’un développement intellectuel aussi performant qu’avec les méthodes traditionnelles d’apprentissage.

Le camouflage méthodique de la baisse de niveau

Cette chute de niveaux a d’abord été masquée au regard des parents par le « Plus de devoirs à la maison ! » instauré en 1956, puis en faisant sauter la première barrière de l’examen d’entrée en sixième en 1960, et en instaurant les CES en 1963 en remplacement des classes de 1er cycle des lycées – fusionnés avec les CEG en 1975 pour former le « collège unique » – dans lesquels l’enseignement devenu forcément allégé – amputé d’une bonne partie des « humanités » – a été assuré par un personnel moins bien formé (instituteurs reconvertis en PEGC) d’où ont été systématiquement rejetés les professeurs titulaires d’une maîtrise avec pour motif avoué ouvertement « d’avoir trop de diplômes » : trop critiques, donc trop dangereux pour le système en décomposition !

A partir de cette période sont arrivés dans les lycées des élèves aux lacunes considérables mais… la situation était masquée par des exigences au baccalauréat de plus en plus réduites pour aboutir à l’obtention surmultipliée de « pseudo-bacs » avec des niveaux affligeants mais servant de paravents à l’effondrement des niveaux, effondrement induit dès l’école primaire par la mise en pratique de ces méthodes pédagogiques ineptes.

L’école « lieu de vie », non lieu d’instruction

Face à ce désastre éducatif, Claude Allègre, devenu alors ministre de l’Education, a affirmé de façon péremptoire : « Tout ce qui est demandé aux élèves est trop difficile », pour promouvoir, en 1999, une réforme révolutionnaire et fondamentale qui, au lieu de s’attaquer aux causes de ce désastre en revenant aux méthodes traditionnelles qui ont largement fait leurs preuves, a bouleversé totalement l’institution scolaire en la métamorphosant en lieu de vie : par le remplacement progressif de la transmission des savoirs à l’aide de cours, au profit d’activités sans obligation de résultat. C’est ce qui était prévu dès le départ dans le plan Langevin-Wallon et c’est l’objet de la « refondation » de l’école mise en œuvre au pas de charge par Nicolas Sarkozy et qu’aucun candidat – sauf Marine Le Pen – ne remet en cause.

Y a-t-il un candidat pour sauver l’école ?

Après avoir procédé à l'analyse des programmes des différents candidats à la présidence de la République, nous sommes navrés de constater que, sous des vocables différents, tous les candidats, à l’exception de Marine Le Pen, cautionnent la « refondation »-destruction en cours du système éducatif… dont l’objectif est d’en faire un lieu de vie par le remplacement des cours par des activités ; le tout masqué par des intentions et des appellations qui laissent à penser, au contraire, à une restructuration du système scolaire destinée à faire réussir tous les élèves.

Nicolas Sarkozy va donc poursuivre sa brillante carrière d’illusionniste avec des déclarations diamétralement opposées aux réalités qu’il nous a imposées et, sous couvert de faire de l’école « l’école du savoir, l’école de l’exigence, l’école du respect », il poursuivra la « refondation »-destruction de l’institution scolaire.

François Hollande, qui prétend proposer une « réforme globale du système éducatif », compte bien, en réalité, entériner les réformes en cours mais, du fait que c’est à cette ultime étape du plan Langevin-Wallon que le système éducatif « bascule » d’école en lieu de vie, il cherche à faire illusion en prétendant vouloir entreprendre une « réforme globale du système éducatif ».

Quant à François Bayrou, tout son discours traduit sa volonté de ne surtout rien bousculer de la « refondation » en cours du système éducatif tout en ayant l’air de s’en démarquer, parodiant en mineur les dispositions déjà en cours pour assurer la « refondation-révolution-destruction » de l’institution scolaire sans que cela en ait l’air…

Les candidats « périphériques » de gauche (verts ou rouges) ou de « droite-de-gauche » s’inscrivent également dans cette perspective : il y a donc concordance manifeste de politique éducative entre la gauche et la « droite-de-gauche ».

Quant au « programme » de Marine le Pen sur l’école, il peut sembler en réaction à la déliquescence profonde du système éducatif et marquer la volonté de redresser la situation catastrophique dans laquelle il s’enfonce ; mais son discours marque une connaissance insuffisante du sujet qui ne lui permet pas de déterminer et d’appliquer des moyens précis pour obtenir ce redressement.

Conjointement, tous les candidats, à l’exception de Marine Le Pen, apportent leur caution, avec utilisation de formulations plus ou moins directes, au développement des « internats d’excellence » réservés aux enfants des « banlieues » où est dispensé un enseignement de qualité avec des enseignants « triés sur le volet », enseignement refusé à nos propres enfants : tous les candidats sauf une cautionnent donc la mort de l’école pour nos enfants, et l’excellence pour les enfants des « banlieues ».

Néanmoins, Marine Le Pen ne donne pas réellement les solutions car elle ne paraît pas bien maîtriser le problème ; par contre, nous pouvons supposer que, bien conseillée, elle pourrait envisager des solutions de redressement de l’institution scolaire qui consisteraient à instaurer le principe de la liberté scolaire et l’attribution des moyens de cette liberté pour tous les enfants par un financement personnalisé assuré par l’Etat ou les collectivités locales. C’est la seule chance de restauration d’un enseignement de qualité et d’une renaissance de la France. Des écoles indépendantes ont déjà fait leurs preuves et doivent s’étendre.

Quant à nous, nous sommes atterrés que cette destruction de l’école, qui signe la destruction de la France, soit cautionnée par autant de candidats – gauche et droite confondues – qui se présentent à la magistrature suprême, parce que assassiner l’école, c’est assassiner la France.

Claude Meunier-Berthelot 
6/04/2012

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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