Le désastre sahélien. Par Charles Debbasch

Publié le 19 Janvier 2013

La dramatique prise d’otages en Algérie vient rappeler à ceux qui en doutaient encore que le problème du Sahel dépasse le cas malien. La déstabilisation touche toute la région et elle est susceptible de s’étendre. L’aggravation des troubles a des causes multiples.

 

 

L’ERREUR LIBYENNE

Il ne faut pas craindre de l’affirmer. Le soutien apporté par les occidentaux aux sécessionnistes de Benghazi fut une erreur dont on n’a pas fini de payer les conséquences. Certes, il était nécessaire que le régime Kadhafi évoluât et que les droits de l’homme fussent mieux respectés en Libye. Mais la destruction aérienne des infrastructures et des structures de l’Etat libyen a crée une situation d’anarchie : armes sophistiquées à la merci de la rapine, mercenaires sans emploi prêts à en découdre avec quiconque, morcellement du pays en baronnies locales. L’OUA, la Russie et la Chine avaient attiré l’attention sur les risques de cet emballement français.

 La facture de ces erreurs est lourde : dissémination des armes, errance de soldats perdus prêts à toutes les dérives.

 

 

LA DERIVE DU MALI

Depuis la chute du régime Traore, le Mali s’est donné le visage d’un modèle de démocratie. Aveuglés par les flagorneries de l’Occident, les dirigeants maliens ont enfoncé le pays dans un marasme politique et économique. Il  est confondant de constater que Alpha  Oumar Konaré était considéré comme un flambeau de la démocratie alors qu’il n’en  était que l’éteignoir .Les élections législatives qu’il organise en 1997 sont annulées par la cour constitutionnelle. L’élection présidentielle du 11 avril 1997 est boycottée par l’opposition  et seuls 18% des électeurs participent à l’élection de  Konaré. Son second mandat  est marqué par le refus de l’opposition de participer aux élections nationales et locales. Si bien que, lors de la présidentielle de juillet 2002, le candidat présenté par Konaré est battu par Amadou Toumani Toure. Celui-ci est considéré comme un homme intègre mais, trop faible, il laisse la corruption se répandre dans son entourage et les bandes prédatrices du Nord Mali rentrent progressivement en dissidence donnant l’occasion à l’armée de prendre le pouvoir. Mais, celle-ci est fragile et, sans l’intervention de la France, c’est l’ensemble du Mali qui serait tombé aux mains des rebelles. 

 

 

LA NECESSAIRE MOBILISATION

L’objectif est de chasser les terroristes des zones qu’ils occupent et de rétablir l’unité du Mali. Mais ,dans cette zone désertique immense, l’objectif sera difficile à atteindre.

La France a été amenée, sous le coup de l’urgence ,  à agir seule et ce fut un acte de courage du Président Hollande  de prendre cette décision d’intervention. Mais, la France n »’a pas vocation à recoloniser l’Afrique. Le soutien des Etats Africains est essentiel mais leurs armées sont faibles. C’est pourquoi le concours des grandes puissances sera nécessaire pour extirper les terroristes de leurs bases.

Il faudra surtout aider à la reconstruction d’un vrai pouvoir malien qui , pour l’instant, est quasiment inexistant. Tout en pourchassant les terroristes il conviendra de favoriser l’union nationale notamment en prenant en compte les revendications des populations touaregs.

La tâche est aussi immense que les territoires désertiques qu’il faut reconquérir.

 

Charles Debbasch

 

 

DOCUMENTS ANNEXES

 

 

I-Déclaration du Président de la République FRANCOIS HOLLANDE  à l'issue du Conseil restreint de défense

Publié le 12 janvier 2013 

 

 

La France, à la demande du Président du Mali et dans le respect de la Charte des Nations unies, s’est engagée pour appuyer l’armée malienne face à l’agression terroriste qui menace toute l’Afrique de l’Ouest.

D’ores et déjà, grâce au courage de nos soldats, un coup d’arrêt a été porté et de lourdes pertes ont été infligées à nos adversaires.

Mais notre mission n’est pas achevée.

Je rappelle qu’elle consiste à préparer le déploiement d’une force d’intervention africaine pour permettre au Mali de recouvrer son intégrité territoriale, conformément aux résolutions du Conseil de sécurité.

J’ai donné encore aujourd’hui toutes les instructions pour que les moyens utilisés par la France soient strictement limités par rapport à cet objectif.

Par ailleurs, j’ai veillé à renforcer le dispositif militaire français à Bamako pour protéger nos ressortissants.

Je tiens à rendre hommage à nos armées. L’un de nos pilotes est mort dès les premières heures de l’affrontement. Je salue sa mémoire.

Je rappelle que la France dans cette opération ne poursuit aucun intérêt particulier autre que la sauvegarde d’un pays ami et n’a pas d’autre but que la lutte contre le terrorisme. C’est pourquoi son action est soutenue par l’ensemble de la Communauté internationale et saluée par tous les pays africains.

Sur un autre front, la Somalie, j’avais pris la décision, depuis déjà plusieurs jours, de mener une action destinée à faire libérer l’un de nos agents détenu depuis plus de trois ans et demi dans des conditions éprouvantes.

Cette opération n’a pu aboutir malgré le sacrifice de deux de nos soldats et sans doute l’assassinat de notre otage.

Je m’associe à la douleur des familles et je leur présente les condoléances de la Nation.

Mais cette opération confirme la détermination de la France à ne pas céder au chantage des terroristes.

**** 

Dans les jours qui viennent, notre pays poursuivra son intervention au Mali. J’ai dit qu’elle durerait le temps nécessaire mais j’ai toute confiance dans l’efficacité de nos forces et dans la réussite de la mission que nous accomplissons au nom de la Communauté internationale.

La lutte contre le terrorisme exige aussi de prendre toutes les précautions nécessaires ici en France.

J’ai donc demandé au Premier ministre, Jean-Marc AYRAULT, de renforcer le plan Vigipirate pour procéder à la surveillance de nos bâtiments publics et de nos infrastructures de transports. Il fera en sorte que ces instructions puissent être exécutées dans les meilleurs délais.

Enfin, je tiens à saluer le consensus politique qui s’est constitué autour de l’engagement de la France dont le Parlement sera saisi dès la semaine prochaine. Dans ces circonstances, le rassemblement des Français est une force supplémentaire pour la réussite de notre action. Merci.

 

 

 

II-GUERRE AU MALI  POSITION DU PRESIDENT VALERY GISCARD D’ESTAING

 

 

Valéry Giscard d'Estaing , interrogé par Le Monde, s'inquiète des conséquences de l'offensive française au Mali. "La France doit s'en tenir strictement à son soutien logistique aux forces africaines", estime l'ancien président de la République.

" Je veux mettre en garde contre une évolution de l'action de la France au Mali, qui serait de type néo-colonialiste. 

Le Mali est un état indépendant depuis 1960. Il est peuplé d'ethnies différentes, bambara, peul, songhaï, touareg, qui se sont opposées et parfois affrontées. Leurs cultures sont anciennes et fragiles. Le pays a connu des crises politiques et des coups d'état. 

Je suis le seul président de la République à avoir visité Tombouctou où j'ai été accueilli par des centaines ou peut-être des milliers de touaregs qui bordaient la route sur leurs chameaux. 

Dans le nord-est du pays se sont installés des groupes terroristes, venus de l'extérieur, et qui ont capturé des otages, dont la vie est en danger. On ne doit pas confondre ces derniers avec les islamistes. 

Une frappe aérienne pouvait être justifiée pour stopper une avance qui menaçait Bamako, avant que la force d'intervention africaine, décidée par l'ONU, ne soit arrivée à Bamako. 

La France doit s'en tenir strictement à son soutien logistique aux forces africaines. Des frappes aériennes dans le nord et l'est du pays atteindraient des populations civiles, et reproduiraient les destructions inutiles de la guerre en Afghanistan. Elles auraient sans doute les mêmes résultats politiques. " 

 

 

Propos recueillis par Christophe Châtelot

 

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique étrangère

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