Le "djihad du sexe" existe-t-il vraiment ?

Publié le 1 Octobre 2013

L’histoire est-est trop belle pour être vrai ? Mêlée de fantasmes,l’affaire du "djihad du sexe", que "le Nouvel Observateur" a révélée en France en août dernier, prend aujourd'hui une extraordinaire ampleur dans les médias français et même mondiaux.

Des combattants islamistes en Syrie (AFP PHOTO/ALICE MARTINS)

Le Monde.fr (Journal bien pensant) Par Jean-Baptiste Naudet

Et ce, au moment même où, malgré de nouvelles "révélations", des spécialistes et des enquêteurs de terrain mettent en doute sa véracité. Selon les premières informations, difficilement vérifiables, de jeunes Tunisiennes (au moins treize) auraient été enrôlées et envoyées en Syrie pour assouvir les besoins sexuels des combattants islamistes de l’opposition.

Le ministre tunisien de l’Intérieur, Lotfi Ben Jeddou, a semblé officiellement confirmer, le 19 septembre, l’existence du "djihad du sexe" en Syrie mené par quelques-unes de ses compatriotes. A la tribune de l'Assemblée nationale constituante, il a déclaré : "Elles ont des relations sexuelles avec vingt, trente, cent" combattants islamistes au nom du "djihad al-nikah" ["la guerre sainte du sexe"] puis "reviennent enceintes". Mais le ministre n’a pas indiqué sur quels renseignements, ni sur quelles sources il s’appuyait pour étayer ses affirmations. Il n’a pas apporté non plus de nouveaux détails qui auraient accrédité les informations parcellaires parues dans la presse. Et le ministre aurait aussi été plus crédible si, dans la lutte politique féroce interne en Tunisie, cet ancien haut magistrat sous le régime laïc de Ben Ali ne faisait pas feu de tout bois contre les salafistes locaux, aux tendances djihadistes. Le doute persiste donc.

Aucune trace du "djihad el nikah" dans le Coran

Coup de théâtre le 27 septembre : l’hebdomadaire tunisien "Al Mijhar" publie alors ce qui paraît être un premier témoignage, anonyme et spectaculaire, mais sans doute un peu trop spectaculaire pour être vraisemblable. Sous le titre, "Témoignage d’une djihadette : On m’a promis le Paradis, alors je me suis livrée à 152 hommes", l’article raconte comment une jeune Tunisienne de 21 ans, voilée et marié qui est revenue enceinte dans son pays, a assouvi en Syrie les désirs de djihadistes, qui comme les "djihadettes", souffraient parfois du Sida… Le récit, extrêmement dramatique, précise que l’époux de la jeune femme a même été exécuté pour cause de "rébellion", avec d’autres Tunisiens, par les membres du principal groupe combattant islamique syrien, Jabhat Al Nosra. Loin de confirmer l’affaire du "djihad du sexe", ce témoignage, aux allures de fable, a renforcé les interrogations.

C’est alors que, Sana Saeed, spécialiste du droit islamique, a lancé une violente charge, sur son site internet, dans un article baptisé : "Des officiels assurent que des femmes tunisiennes mènent un djihad du sexe en Syrie, mais quelle est la vraie histoire ?". Dans un texte argumenté, cette spécialiste du droit islamique tente de démontrer que l’affaire du djihad du sexe est probablement fausse, voire une nouvelle "intox" dans la guerre de propagande qui fait rage sur la Syrie. Selon elle, cette histoire rejoindrait, dans la rubrique "guerre, sexe et islam", une autre "information" qui s’est révélée totalement fausse : des médias avaient affirmé qu’une "fatwa" avait autorisé les combattants de l’opposition syrienne (des musulmans sunnites) à violer les femmes chiites (le président al-Assad et la majorité de ses soutiens étant des Alaouites, une branche dissidente du chiisme).

Dans le cas du "djihad du sexe", la question est identique. Malgré de nombreuses assertions, de nombreuses fatwas attribuées, à tort, à des imans plus ou moins connus, il semble qu’aucune autorité islamique n’ait autorisé le "djihad el nikah" dont on ne trouve d’ailleurs aucune trace dans le Coran, ni dans les lois islamiques. Dans son article, Sana Saeed souligne aussi qu’il n’existe aucune preuve concrète de cette "guerre sainte du sexe". Aucun spécialiste, aucun enquêteur sur le terrain syrien n’a relevé le moindre indice, écrit-elle.

Douze Tunisiennes portées disparues

Ainsi l'expert Ignace Leverrier dans son blog comme deux jeunes journalistes américaines, qui ont enquêté sur le terrain sur la condition des femmes et les aspects sexuels du conflit syrien, affirment que rien ne laisse penser que le "djihad sexuel" existe bel et bien. Ruth Michealson, journaliste indépendante qui a enquêté en Syrie et dans les camps de réfugiés en 2012, reconnaît qu’il y a "des cas d’abus sexuels dans les camps de réfugiés et en Syrie même". Si elle ne veut pas affirmer que le djihad sexuel est une invention, un "bidonnage", car "la situation est très évolutive", cette jeune "freelance", formée à l’investigation dans la prestigieuse université de journalisme de Columbia, n’en a trouvé aucune trace. "Par contre, je remarque que cette histoire réunit parfaitement tous les stéréotypes racistes, les clichés contre les Orientaux, véhiculés par les médias, notamment celui de l’homme arabe sexuellement déchainé et de la femme soumise", dit-elle dans une interview au "Nouvel Observateur" par téléphone depuis New York.

"Je note aussi, ajoute-t-elle, que tous ceux qui donnent de l’importance à cette histoire peu étayée ont un intérêt politique à le faire, celui de discréditer les islamistes de l’opposition, comme le ministretunisien de l’intérieur ou Russia Today", la chaîne de propagande internationale du Kremlin, qui soutient mordicus le régime d’al-Assad. Anna Therese Day, une autre journaliste américaine qui s’est aussi penchée sur la question de l’exploitation des femmes dans le conflit lors d’un plus récent reportage en 2013 dans une zone contrôlée par les combattants islamistes en Syrie, partage le même avis. "Même si je ne peux affirmer catégoriquement que le djihad du sexe n’existe pas, je n’ai rien trouvé sur place qui permettrait de confirmer une histoire qui semble un peu too much", dit-elle depuis New York.

Au milieu des "informations" en provenance du régime de Bachar al-Assad et des services russes, voulant notamment faire croire que les "rebelles" s’étaient bombardés eux-mêmes à l’arme chimique, "l’affaire du djihad sexuel" ne serait donc peut-être qu’une rumeur, voire une manipulation de plus qui doit aussi son immense succès à son côté fantasmatique. Ainsi des sites pornographiques mettant en scène des femmes arabes musulmanes et voilées, livrées à toutes les transgressions et soumissions, semblent remporter un certain succès en Occident. A la base de ce magma informationnel, il semble qu’il n’y ait qu’un seul établi mais qui n’est pas forcément anormal : une douzaine de jeunes Tunisiennes seraient récemment portées disparues. De quoi laisser place à toutes les histoires fabuleuses.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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Epicure 02/10/2013 10:00


vous avez déjà vu des armées sans bordels de campagne?


Moi pas et les Historiensd encore moins....


Alors Djihad ou pas, cela démontre l'immoralité sordide des masses  une fois encore illustrée.

lucie 01/10/2013 23:59


Le jihad c'est simple: toujours question de se faire sauter!