Le faux sage Fillon et l’opportuniste Copé - par Pierre Mayrant

Publié le 27 Novembre 2012

Tribune libre de Pierre Mayrant

Il y a qu’une seule manière efficace de soigner la gueule de bois : en avalant de nouveau un whisky. Cela pourrait résumer la réaction de l’équipe filloniste depuis sa défaite, dimanche 18 novembre.

Le vaudeville que les apparatchiks de l’UMP ont joué avec brio toute cette semaine dernière lui a tout simplement permis de prolonger un peu cette illusion enivrante du pouvoir. Il aurait fallu ressusciter Balzac qui aurait eu là, devant lui, de quoi décrire une nouvelle scène de la comédie humaine. Ce drame de deux êtres sans grande envergure résume l’irrésistible déclin que vivent aujourd’hui les élites françaises, politiques et médiatiques comprises.

Peut-on, pour commencer, se figurer le visage de François Fillon, alors qu’il comprit que la victoire, si elle dut avoir lieu, se ferait dans un mouchoir de poche ? Les petits instituts de sondage et leurs acolytes, les brillants analystes politiques, tels des stratèges militaires, lui avaient offert de quoi le flatter : il pouvait se persuader d’un triomphe déjà remporté en coulisse. À ce moment là, ce dimanche soir 18 novembre, il ressentit soudainement, comme une nausée, que la victoire lui échappait et son visage se figea. Voir le magot lui échapper des mains, alors qu’il semblait déjà lui appartenir. Si François Fillon est absolument incapable de mener une campagne, il excelle en revanche dans l’art de briser son adversaire. Alors, au lieu d’accepter la défaite, il préféra ruiner l’édifice bancal de l’UMP, comme l’enfant vexé d’être privé de son jouet.

Pris par surprise, François Fillon n’osait accepter la défaite : « Je ne vais pas finir comme Ségolène Royal », devait-il penser. C’est vrai que cette dernière, à vouloir trop préserver l’intérêt de son parti, a ruiné sa carrière politique lors du congrès de Reims en 2008. Elle avait eu du panache en se retirant devant le cul deMartine Aubry posé sur les urnes lilloises prêtes à exploser. Mais le panache ne paie pas en démocratie. Les primaires de 2011 confirmèrent sa déchéance.

François Fillon voulut conjurer le sort. C’était lui ou l’UMP. Le choix fut vite fait. Audacieux, il accusa la partie adverse d’actes litigieux que son camp n’avait pas hésité à faire. À ce niveau, quand le pouvoir ronge autant que la dose du toxicomane, le ridicule ne tue pas.

Avec Jean-François Copé, ce fut différent, pas forcément plus reluisant, mais plus sympathique tout de même. Le petit regard taquin, son espièglerie trahissait sa pensée, lorsqu’il prit les devants dimanche soir pour annoncer sa victoire : « Je t’ai bien eu mon petit François ; tu t’y croyais déjà et bien, m’y voilà ». La citation est fictive bien sûr. Mise en pensée d’expressions du visage parfaitement réelles. Mais quand François a commencé à monter sur ses grands chevaux en contestant les élections, Jean-François voulut alors lui dire :« Mais enfin, ne fais ta vierge effarouchée, des urnes bourrées, tu en as vu au moins autant que tu as mis les mains dedans ; ça fait partie du jeu, non ? ». Ah ! ah ! Jean-François Copé et la droite décomplexée.

Les deux manqueraient-ils de moralité ? Ce serait trop facile. Rappelons qu’ils ne sont que les produits d’un système vicié auquel nous adhérons tous.
Chez Jean-François, au cours de cette semaine pleine de rebondissements, au fur et à mesure que le jeu de mains devenait un jeu de vilain, son visage se pâlit en même temps qu’il se mit à rougir. Pris la main dans le sac, ses expressions trahissaient de la culpabilité, des remords, et, accablé, comme un chien battu, il tentait malgré tout de jouer les gros bras. Copé faisait rire. Il semblait apprendre le métier. Promis, j’arrête la langue de bois, titrait-il autrefois l’un de ses livres. Il aurait dû la préserver. On lit dans cet homme politique comme dans un livre ouvert.

« De ce qu’il faut retenir de ces élections internes à l’UMP, c’est uniquement ce déplacement du curseur vers la droite, malgré le déni de réalité des élites qui nous persuadaient encore, avant le 18 novembre, d’une victoire facile de Fillon, comme de Jean-Luc Mélenchon avec le Front national. Cette petite querelle de personnes a visé toute cette semaine à nous le faire oublier. »

Cette semaine, l’ancien Premier ministre prit l’avantage. Il prouva sa force. Il montra qu’il était qu’il était capable de couler le bateau pour arriver à ses fins. Il calcula tout, la moindre de ses apparitions médiatiques. L’air serein, avec le même visage angélique du démocrate chrétien, il jouait aux victimes sans la moindre expression sur son visage, le regard irréprochable. Il singeait la vertu : « Un parti politique ne doit pas devenir une mafia », disait-il vendredi dernier sur RTL. Ce qui revenait à dire : « Toi Jean-François, tu n’es que le chef d’un petit clan. Mais moi, je serai le futur Président. » On pouvait imaginer aussi derrière la vitre du studio de la radio, Éric Ciotti s’adressant à Christian Estrosi en train de se marrer : « Eh ! Corleone ! Pas mal le coup de la mafia ! » Toute négociation est devenue impossible, pas même la médiation d’Alain Juppé qui aura finalement échoué dimanche 25 novembre, après une semaine d’atermoiements.

Fillon utilise sa posture de faux sage pour faire passer le coup d’État qu’il vient de réaliser. Et ça marche, parce qu’il paraît blanc comme neige, tandis que Copé est toujours soupçonné d’opportunisme. Mais que vaut-il mieux ?

François Fillon suit les postulats médiatiques qui s’imposent à tous les hommes politiques comme l’officialité de l’opinion publique, et qui se plante dans tous ses pronostics depuis l’échec du référendum sur le Traité de Lisbonne en 2005. Autant dans sa posture que dans son implication politique, il observe les mêmes codes qui règlent la vie des baby-boomers depuis ces quarante dernières années. Tandis que Jean-François Copé, comme tout bon opportuniste, suit son flair, ou plutôt celui de Nicolas Sarkozy inspiré par Patrick Buisson. Les trois ont compris que la population votait progressivement plus à droite, surtout chez les jeunes, malgré les sondages persistants : le succès du Front national en 2011 aux élections cantonales, puis en 2012 aux présidentielles et aux législatives malgré les pronostics toujours favorables à Jean-Luc Mélenchon. Le mouvement dure depuis les années 1990. Mais les élites politiques et médiatiques s’arc-boutent sur un raisonnement idéologique datant de mai 1968. Elles voient dans la gauche l’éternel camp du bien, le camp du progrès et elles flattent François Fillon comme le seul type de personnalité politique de droite parfaitement fréquentable à leurs yeux. Elles pensent moderne dans un monde post-moderne et nous imposent deux trains de retard. Hors de leur raisonnement, ce sont des pensées clivantes, à la marge. Pas donc de quoi s’inquiéter. Pour elles, ce léger mouvement du peuple vers la droite n’est qu’un épiphénomène lié à la conjoncture économique. Les extrêmes ne durent que le temps d’une crise, cherchent-elles à faire croire.

De ce qu’il faut retenir de ces élections internes à l’UMP, c’est uniquement ce déplacement du curseur vers la droite, malgré le déni de réalité des élites qui nous persuadaient encore, avant le 18 novembre, d’une victoire facile de Fillon, comme de Jean-Luc Mélenchon avec le Front national. Cette petite querelle de personnes a visé toute cette semaine à nous le faire oublier.

*Pierre Mayrant (blog) est journaliste et historien.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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raymond 28/11/2012 08:59


Il fut un temps ou j'avais la carte du rpr  que j'ai ensuite dechiree vu le respect que ces messieurs que nos "responsables" nous temoignaient.ces sigles a la con ne veulent plus
rien dire pour moi aujourdhui,rpr,ump,udi c'est rienaucun respect pour le militant de base.Nos deux sbires tous deux pro islam malgre pour cope"le pain au chocolat"ne valent guere mieux l'un que
l'autre,ils entrainent irremediablement la France dans un gouffre ou le pays aura du mal a s'en sortir.Imaginons ce que serait un parti sans militant ,si ces militants comprenaient qu'ils sont
toujours pris pour des cons par les hauts responsables des partis,et c'est bien dommage,j'espere que Marine a un peu lpus de considerations pour ses militants.

DURADUPIF 27/11/2012 20:07


Errarum. Ou plutôt "alambiqué".

DURADUPIF 27/11/2012 18:34


Un peu embiliqué. Fillon n'a jamais été militant de quoi que ce soit sans doute. En étant constamment sur le haut de la pente, il en a perdu depuis longtemps qu'il existait une aile marchante de
l'Union des Moutons (sans) Panurge. Ils s'en est confié nonchalemment à sa côte sondage qui le placé à la corde, en oubliant qu'en Démocratie ceux sont les Electeurs qui décident. Pour être à la
tête d'un parti ou d'un mouvement il faut ,un peu, pas beaucoup, rencontrer un temps soit peu  les cochons d'électeurs militants de base..

mika 27/11/2012 16:48


Allez COPE, courage FILLON !


Ces 2 là sont les mêmes. Des CHAPONS élevés en batterie. Ils nous invitent à leur faire confiance
mais se méfient l’un de l’autre, ils se détestent et voudraient qu’on les aime, ils s’insultent et nous appellent au respect, ils manquent à tous leurs devoirs et nous donnent des leçons et n’ont
en commun que leur égo, cette ambition personnelle qui leur permet de parler d’une même voix? juste pour nous dire que la démocratie est en danger…quand on ne vote pas pour eux !