Le général de Gaulle et le début de la légende.

Publié le 26 Mai 2010

Dans le cadre de mes activités politiques, je fus honoré par Madame Joëlle Ceccaldi-Raynaud Députée-maire de Puteaux d'avoir à présenté les oeuvres littéraires du colonel Charles de Gaulle d'avant guerre dans le cadre d'une conférence au Palais de la culture à Puteaux le mardi 25 mai 2010. Je vous laisse lire ma présentation pour ceux que cela passionne.  

 

Le général Charles de Gaulle n’est pas un homme que l’on peut résumer. Que l’on pourrait, expliquer sans peine tant son caractère est déterminant chez cet homme hors du commun.

 

Conference-Charles-de-Gaulle-1.jpgOn dit souvent que la France a toujours su, tout au long de son histoire, faire des hommes qui devinrent par la suite des sauveurs.

 

Le général Charles de Gaulle fait partie de ces hommes, de ces femmes comme Jeanne d’Arc, de ces grands rois comme Henri IV pendant les guerres de religions ou de ces généraux comme Napoléon Bonaparte après la Révolution. Certes, ils ne furent pas seuls mais, ils ont été les éléments centralisateurs, les dominateurs communs, les références qui ont permis que la France renaisse de ses cendres à chaque fois.

De leurs passages, il reste les légendes et une certaine nostalgie d’un temps ou cette France fût grande et prestigieuse.

 

Le colonel Charles de Gaulle disait qu’il avait une certaine idée de la France. Il lisait Charles Maurras mais surtout des ouvrages traitant du fait militaire. C’était un solitaire, un homme de droiture, probablement pas un homme que l’on pouvait aborder facilement et encore moins tutoyer.

 

Jusqu'en 1954, date de la parution du premier tome des Mémoires de guerre, Charles de Gaulle écrivain est à peu près inconnu du grand public.

En effet, peu de lecteurs ont eu connaissance de ses quatre grands ouvrages et de la vingtaine d'articles antérieurs à la guerre. Et faute de publication d'ensemble, ses discours ne sont pas restés comme des œuvres écrites.

Le premier ouvrage est La discorde chez l'ennemi chez Berger-Levrault en 1924. Il avait 34 ans. C’est un petit livre qui ne rencontra aucun succès à sa parution et qui s’ingéniait à expliquer les comportements de l’armée allemande dont chacun se moquait bien à l’époque.

Le deuxième, Le Fil de l'épée chez le même éditeur Berger-Levrault, en 1932 est un des livres les plus célèbres de Charles de Gaulle. Avant même de rencontrer l'Histoire, il  y développe des idées auxquelles il restera fidèle :

Sur la contingence propre à toute action,

Sur l'attitude de l'homme de caractère,

Sur le rôle du prestige dans l'art de commander,

Ou sur les relations du politique et du soldat.

En 1934, il a 44 ans et, fidèle à sa maison d’édition,  il fait paraître son troisième livre, Vers l'armée de métier.

Conference-Charles-de-Gaulle-2.jpgCe livre étonnant n'eut en France qu'un bref succès de curiosité. Pourtant, de l’aveu même du général Guderian, cet ouvrage l’inspira pour créer la force mécanique allemande.

C’est ce général Guderian qui bouscula et déborda avec ses panzers, l’armée française en 1940 en franchissant les Ardennes réputée pourtant infranchissable. Le seul qui lui tint tête, fût le général de brigade Charles de Gaulle. Avec une armée mécanique réunie à la hâte, il réussit à gagner un peu de temps à Montcornet. Mais il était déjà trop tard.

Pour le général Gamelin, général en chef des armées française, le général de Gaulle était trop jeune pour commander. Pourtant, il avait déjà 50 ans !

Les leçons de l’histoire avaient été oubliées. Les Bonaparte, les Marceau, les Hoche, les Soult, les Desaix, tous ces grands commandants n’avaient pas 30 ans.

 

Le quatrième et dernier ouvrage, publié avant la guerre, est  La France et son armée édité, cette fois, chez Plon en 1938. C’est à travers ce livre, le destin historique de la France, qu’il s'identifie dans une large mesure.

Dans ce livre, érudit et vivant, le colonel de Gaulle retrace l'histoire de nos armées et de nos héros, de nos victoires et de nos revers, toujours soucieux, également, de dégager la signification humaine de tant de faits guerriers. C’est déjà une certaine idée de la France qu’il possède déjà pleinement. Le fameux « panache français » qu’Edward Spears, trouvait intraduisible pour un anglais.

 

Il publia quelques études après guerre mais son œuvre majeure fût ses Mémoires de guerre qu’il a écrite pendant sa traversée du désert. Les Mémoires de guerre comprennent trois volumes qui renvoient chacun à une période de la Seconde Guerre :
- L'Appel 1940-1942, Plon, 1954
- L'Unité 1942-1944, Plon, 1956
- Le Salut 1944-1946, Plon, 1959

Elles furent écrites à la première  personne et relatent le déroulement de la Seconde Guerre mondiale, observée du point de vue gaullien. C'est-à-dire, celui de l’homme exilé qui est sûr d’être la France libre.

 

Par la suite, viennent cinq ouvrages sous le titres les Discours et messages toujours chez Plon parus en 1970 et qui sont une sélection des discours prononcés par le général de Gaulle, du 18 juin 1940 au 28 avril 1969, dans des circonstances déterminées d'avance, et dont, pour cette raison, le texte exact a pu être conservé, soit écrit de sa main pour les allocutions radiodiffusées et télévisées, soit noté par sténographie officielle pour ses discours en public ou devant les Assemblées.

 

- Pendant la Guerre (juin 1940-janvier 1946)
- Dans l'Attente (février 1946-avril 1958)
- Avec le Renouveau (mai 1958-juillet 1962)
- Pour l'Effort (août 1962 - décembre 1965
- Vers le Terme (janvier 1966-avril 1969).

 

Le général Charles de Gaulle écrivain certes. Mais comme vous avez pu le constater, ces écrits ne sont pas des romans. Ni même des romans historiques. Il avait la passion de la France. Cette France pour laquelle il avait tout donné, tout risqué y compris sa vie. Beaucoup ont essayé de cerner le grand homme.

 

Le premier livre que j’ai lu sur lui c’est celui du major général anglais Sir Edward Spears qui s’était vu confier par le premier ministre anglais Winston Churchill  la mission de chaperonner le général Charles de Gaulle à Londres. Ce ne fût pas pour lui de tout repos car, on s’en doute, l’homme ne s’est pas  plié facilement.

Dans ce livre, outre les faits et les incompréhensions diverses entre le Général et Winston Churchil, il raconte les réticences de ce général qui avait bien du mal avec la publicité et les photos quasi personnelles que Churchil voulait faire pour lancer le produit de Gaulle comme on dirait maintenant. Le général était peu connu à cette époque, il était seul et il fallait que la France fasse sa connaissance en image autant que sur les ondes de la BBC.

On peut, sans peine, imaginer sa grogne interne à faire des photos avec Yvonne, sa femme, dans un jardin anglais.

 

Il y a l’incontournable de Jean Lacouture en trois tomes sur la vie du général. Cela va de sa naissance au sous lieutenant de Gaulle jusqu’au général d’avant guerre pour le premier tome puis, sur son action pendant la guerre dans le second et le dernier en tant que chef d’état. Ces trois tomes sont riches en informations et en photos. A lire absolument pour se faire une petite idée du personnage.

 

Ne pas oublier le livre d’Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle qui nous relate le Président de la République Charles de Gaulle, son intime pensée politique qui, encore aujourd’hui, fait grincer quelques dents.

 

Un mot sur le dernier que je viens de terminer. Celui de Max Gallo sur l’année 1940 de l’abîme à l’espérance qui relate les premiers mois de cette année terrible avec les certitudes et les insouciances des uns et les alarmes de ce colonel inconnu. Le colonel  Charles de Gaulle avait cherché depuis tant d’années à ce que la France se dote d’une armée mécanique dont il était le seul à penser qu’elle était nécessaire. 

L’auteur Max Gallo décrit les luttes fratricides, les petits compromis entres amis de la IIIème République ainsi que les petites lâchetés. Il y décrit la satisfaction de nouveau général Charles de Gaulle qui avait fini par obtenir un commandement d’une armée mécanique. Mais il se rendait à l’évidence, la France était déjà sur les routes de l’exode. C’est à Montcornet  devant l’avant-garde allemande qu’il put prouver qu’il avait eu raison depuis 1934. Trop tard.

Comme je vous le disais au tout début, l’homme est complexe. C’est un solitaire amoureux de son pays et remplis du sens du devoir. Je ne résiste pas à vous lire quelque citations dont ma favorite.

Le caractère c’est d’abord de négliger d’être outragé ou abandonné par les siens.

 

Voici ce que disait André Malraux du général,

Charles de Gaulle portait en lui le besoin de transformer la confusion en ordre comme tous les hommes de l’Histoire qui ne sont pas des hommes de théâtres.

 

Nous, les chanceux qui vivons aujourd’hui dans une époque de paix, nous pouvons tout de même ressentir la profondeur de l’homme qu’était ce Charles de Gaulle.

Je ne résiste pas à vous soumettre une dernière citation, la plus importante de sens profond, qui vous ira, tout comme pour moi, droit au cœur et aux tripes d’amoureux de cette terre de France :

Une porte a livré passage à tous les malheurs qui frappèrent la France à travers son histoire; C’est la porte où avaient fui les enseignements du passé !

 

Soyons digne du Général, ne laissons jamais la porte des enseignements du passé de notre France s’ouvrir et si par malheur, elle devait de nouveau s’ouvrir,  sachons la refermer très vite!

Gérard Brazon 

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Histoire de France

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