Le Hezbollah dans la tourmente : impliqué dans toutes sortes de trafics, il perd sa popularité

Publié le 26 Mars 2012


Analyse de Stefano B.C. (Rome)

Le Hezbollah confirme de plus en plus son statut d’organisation terroriste, perdant celui de résistance depuis la fin de l’occupation israélienne au Liban, en 2000. Son implication dans la répression en Syrie, la production de drogues, ainsi que les crimes et délits perpétrés par ses partisans lui font perdre sa popularité. Il vient d’être pris en flagrant délit, au cours de cette nuit, dans une affaire de transfert d’armes sophistiquées au sud-est du Liban.


Plusieurs scandales liés au Hezbollah ont récemment éclaté au grand jour au Liban, accentuant le malaise au sein de la communauté chiite. L’élite chiite refuse la suprématie d’un Hezbollah qui s’est imposé de facto au nom de la « Résistance » contre Israël. Il est vrai que le mouvement n’a plus rien de résistant depuis le retrait de Tsahal, en 2000. Une majorité de Libanais affirme à cet égard que « depuis que les armes du Parti se sont retournées contre les Libanais, elles ont perdu leur valeur ». Depuis la banqueroute de ses argentiers, dont les escroqueries ont fait perdre plus d’un milliard de dollars aux épargnants, le Hezbollah est en perte de vitesse. De plus en plus de Libanais le considèrent désormais comme une « organisation terroriste » qui s’apparente davantage à « un gang armé du grand banditisme ».
 

Les sanctions qui frappent l’Iran ont contraint la République islamique à réduire le budget alloué au Hezbollah (plus d’un milliard de dollars par an, sans compter les armes et les munitions), poussant le parti de Hassan Nasrallah à diversifier ses ressources. Mais la vigilance de la communauté internationale a considérablement réduit le flux d’argent depuis l’Afrique de l’Ouest et l’Amérique du Sud, dont l’origine reste douteuse (trafic, blanchiment...). Face à ces pressions, le Parti de Dieu mène une contre-offensive à plusieurs niveaux :

Il a principalement développé l’industrie de la drogue, en installant plusieurs unités de production de Captagon (près de 500.000 pilules par jour) dans des mosquées chiites dans la Békaa et la banlieue sud de Beyrouth. Selon l’hebdomadaire libanais « Al-Shiraa », une partie de cette industrie était gérée par deux frères d’un député du Hezbollah. Après la saisie du matériel par les forces de sécurité, ces deux frères ont disparu. Grâce aux chefs de la sécurité du parti, ils ont réussi à s’enfuir par avion vers l’Irak.

Pour des « impératifs sécuritaires », et au nom de la « Résistance », il a installé ses hommes dans les institutions sensibles : Sûreté générale (pour délivrer de vrais-faux passeports et gérer les frontières) et douane (pour couvrir les trafics aux frontières). Ce maillage a permis au Hezbollah de constituer une véritable mafia alimentaire. Grâce à la complicité du ministre de l’Agriculture (membre de la direction du parti), qui délivrait des attestations sanitaires, cette mafia importait de la viande avariée, du poisson périmé, des médicaments falsifiés et du lait en poudre pour enfants dont la date est expirée. Les agents du parti au sein de la Sûreté générale laissaient ainsi transiter ces produits par l’aéroport, les ports ou les postes frontaliers, et ses douaniers exemptaient ces produits des taxes dues en déclarant les produits comme du matériel pour la Résistance.

Ironie du sort, il aura fallu que Randa Berri, l’épouse du président du Parlement libanais Nabih Berri, s’empoisonne, avec une cinquantaine d’autres invités de marque, lors d’un dîner officiel donné dans un restaurant 5 étoiles pour que les services de renseignement se mobilisent. Depuis, des dizaines de tonnes de produits sont découvertes tous les jours, et des grossistes liés au Hezbollah sont arrêtés. Le ministre de l’Agriculture tente de minimiser l’affaire et de rassurer les consommateurs, affirmant que « 85% des produits distribués au Liban sont sains ! »

La perte de popularité du Hezbollah s’est accélérée à la faveur de sa participation à la répression en Syrie, et à sa défense acharnée de Bachar Al-Assad. Car les Chiites, indignés, ayant souffert de l’occupation israélienne, affirment qu’« il est inconcevable que leur résistance au Liban puisse se transformer en force d’occupation en Syrie ». Au fil des jours, la colère monte au sein de la communauté chiite qui assiste, impuissante, aux obsèques de dizaines de combattants morts en Syrie, sans pouvoir demander des explications, ou réclamer des comptes.

Face à la dégradation de son image, particulièrement dommageable pour le parti à un an des législatives, le Hezbollah tente de ressouder la communauté et de la mobiliser autour de thèmes confessionnels. Avec la complicité directe du Courant Patriotique Libre du général Michel Aoun, et profitant de la passivité complice du Patriarche maronite, les militants du Hezbollah jouent la provocation. Lundi dernier, des dizaines d’étudiants de l’université catholique des pères Antonins ont exigé une salle de prière en violation des règles de la faculté. Ne l’ayant pas obtenue, ils ont fait la prière dans la cour, devant la direction, soulevant de vives critiques. En réalité, cet acte avait pour objectif de provoquer un incident pour démontrer à la communauté chiite qu’elle est victime de ségrégation, afin de mieux ressouder ses rangs. Peine perdue. La manœuvre était tellement grossière qu’elle a échoué.

Il tente de contrôler le secteur bancaire. Plusieurs médias libanais ont relayé, non sans inquiétude, des informations sensibles qui auraient justifié le déplacement d’un responsable du Trésor américain, David Cohen au Liban. Selon ces informations, le Hezbollah contrôle désormais plusieurs banques libanaises et tente d’en accaparer d’autres. Cette OPA sur le secteur bancaire lui permet de contourner les sanctions sur la Syrie et d’en faire profiter les régimes alliés de Damas et de Téhéran.

Le Hezbollah tente de récupérer ses armes stockées en Syrie, craignant qu’elles ne tombent aux mains de l’opposition après la chute du régime. La télévision libanaise « MTV » affirme qu’un camion transportant des armes sophistiquées est tombé en panne, ce vendredi, dans le village de Kherbet Kanafar (sud-est du Liban). Immédiatement, des unités du Hezbollah ont encerclé les lieux, empêchant l’armée libanaise d’intervenir. Selon d’autres sources, le camion transportait des armes très sensibles nécessitant la plus grande discrétion.

Mais en violant les résolutions de l’ONU et en poursuivant ses efforts en matière d’armement, le Hezbollah joue avec le feu et prend le Liban tout entier en otage. Car Israël a déjà prévenu qu’il ne tolérerait aucune provocation, et que sa riposte détruirait tout le Liban, contrairement à 2006 où Tsahal avait essentiellement visé le Hezbollah et ses infrastructures. La communauté chiite refuse de supporter les conséquences de l’aventurisme et de la politique hasardeuse du Parti dont elle se désolidarise. Plusieurs personnalités chiites affirment que « les agissements du parti relèvent davantage du grand banditisme que d’un mouvement politique. Ils précipitent sa chute dans le sillage de celle d’Assad en Syrie ». Dans tous les cas, ajoute un universitaire proche du Courant Libanais (un mouvement chiite de la troisième voie), « le Hezbollah ne trouvera plus personne pour le défendre et l’accueillir, s’il provoquait une nouvelle guerre avec Israël. Les Chiites sont excédés par son comportement, les Sunnites s’en méfient depuis la Razzia de Beyrouth en mai 2008, et les Syriens le vomissent depuis qu’il les réprime ».

Stefano B.C.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Israël: une démocratie

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