Le jour où la France à manqué son destin - Par Yves Ponroy

Publié le 13 Août 2014

Un peu d'histoire fiction avec des si....

Le destin des nations est comme celui des hommes ; il est des décisions qui peuvent changer radicalement le cours d’une vie ou le cours de l’histoire, de façon irréversible, pour le mieux ou pour le pire.

En vert, la Louisiane en 1800

En vert, la Louisiane en 1800

 La date du 30 Avril 1803 a sans doute fait basculer le destin de la France et celui de l’Amérique. Au XVIIème siècle, la France avait constitué les prémisses d’un empire américain qui comprenait l’Est du Canada et la partie centrale de l’Amérique du Nord dénommée Louisiane. Beaucoup croient que la Louisiane du début du XIXème siècle est comprise à l’intérieur des frontières de l’Etat actuel de La Louisiane. En fait, à cette époque cette province américaine s’étendait le long du Mississipi et du Missouri jusqu’à la source de tous leurs affluents dont les eaux se jettent dans le golfe du Mexique. A L’Ouest, la limite de la Louisiane correspondait à la frontière du partage des eaux, c’est-à-dire aux sommets des Montagnes Rocheuses lorsque les eaux s’écoulent vers le Pacifique. La superficie de la Louisiane comprenait le tiers des Etats-Unis d’aujourd’hui, soit 15 Etats, et couvrait la moitié des Etats-Unis de l’époque !

En bleu, les possessions françaises en Amérique au 17ème siècle.

En bleu, les possessions françaises en Amérique au 18ème siècle.

 En 1800, lorsque Thomas Jefferson devint Président des Etats-Unis, la Louisiane était administrée par les Espagnols, mais presque personne n’avait pénétré les immenses territoires qui s’étendaient du Mississipi aux Rocheuses où vivaient quelques tribus indiennes. Les seuls habitants blancs étaient des français aventuriers venus là sous les traces de Cavelier de La Salle, des Canadiens francophones et des Acadiens chassés des Provinces Maritimes du Canada par les Anglais. La plupart étaient trappeurs et vivaient en bonne entente avec les Indiens avec lesquels ils commerçaient et dont ils parlaient la langue.

En 1802, le bruit a couru à Washington que l’Espagne avait cédé à la France la totalité de la Louisiane suivant un protocole secret connu sous le nom de « traité de San Idelfonso ». Cette nouvelle fit l’effet d’une bombe en Amérique qui craignait plus la France de Napoléon qu’une monarchie espagnole très affaiblie. Jefferson, malgré ses liens très forts avec la France, supportait mal l’idée de la constitution d’une colonie puissante sur son flanc Ouest. Dès que la rumeur fut confirmée, Jefferson dépêcha à Paris son meilleur ami, James Monroe, chargé de prendre la température et surtout d’obtenir de Napoléon le droit d’utiliser le port de la Nouvelle-Orléans pour son commerce.

Napoléon caressait le rêve d’un empire américain mais il était très préoccupé avec ses guerres en Europe et, surtout, voulait en découdre définitivement avec les Anglais. Aussi, à la surprise générale, le 11 Avril 1803 il annonça à Talleyrand, alors ministre des Affaires Etrangères : « J e renonce à la Louisiane. Ce n’est pas seulement la Nouvelle-Orléans que je vais céder, c’est toute la colonie sans réserve. Je sais le prix de ce que j’abandonne et j’y renonce avec le plus grand regret. Mais s’obstiner à la garder serait une folie ». Dès le 30 Avril 1803 le traité de cession fut signé et fermait définitivement toute prétention française sur le continent américain. Le prix fixé était ridiculement bas : 15 millions de dollars, soit 6 cents l’hectare !

Pour comprendre le contexte de cette transaction désastreuse pour la France, il faut rappeler les malheurs de l’expédition française à Saint Domingue et la révolte glorieuse des esclaves sous la direction de Toussaint Louverture. En outre, la cession de la Louisiane aux américains constituait une épine dans le pied des Britanniques et était susceptible de les affaiblir.

Thomas Jefferson, 3ème président des Etats-Unis et auteur de la déclaration d'indépendance.

Thomas Jefferson, 3ème président des Etats-Unis et auteur de la déclaration d’indépendance.

 Ce n’est qu’en Juillet 1803 que Jefferson reçu enfin la nouvelle et qu’il exulta, n’en croyant pas ses yeux : « C’est le plus grand et le plus bénéfique événement depuis la déclaration d’indépendance. Il s’agit de quelque chose de plus grand que les Etats-Unis, probablement 500 millions d’acres, alors que les Etats-Unis en contiennent 434 millions ». Quelques jours plus tard les Capitaines Lewis et Clark partirent pour la plus formidable expédition des temps modernes. Ils étaient chargés par Jefferson de remonter le Mississipi jusqu’à sa source et d’y prendre langue avec les tribus locales afin d’y établir la suprématie américaine sur le commerce. Ils devaient traverser le continent, par voie d’eau, jusqu’au Pacifique.

Il est difficile de dire si la décision de Napoléon était celle de la sagesse ou du renoncement. Toujours est-il que les américains, déjà pragmatiques, espéraient secrètement que Napoléon batte les Anglais afin d’annexer aussi facilement le Canada. Ils auraient été gagnants sur les deux tableaux. Mais c’est Napoléon qui fut vaincu ! Et l’histoire prit une autre direction.

La cession de la Louisiane était cependant doublement contestable. D’une part, dans le traité de San Idelfonso la France s’était engagée à ne pas céder la Louisiane et, d’autre part, la constitution américaine ne permettait pas l’achat de nouveaux territoires et, en outre, Jefferson n’était pas habilité à le faire. Ces diverses contestations, des deux côtés de l’Atlantique, ont poussé les signataires à aller très vite afin de mettre les opposants devant le fait accompli.

On peut imaginer un autre scénario de l’histoire, si la France avait réussi à s’établir durablement en Louisiane. Un Etat indépendant francophone aurait pu y prendre racine et les USA n’auraient peut-être jamais pu prendre possession des Etats qui bordent le Pacifique. L’histoire du monde occidental aurait ainsi suivi un autre cours…

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Histoires des peuples

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