Le monde se réorganise… sans la France ! Par Nicolas Gauthier

Publié le 29 Mars 2013

Cinquième sommet du BRICS à Durban, ça ne vous dit rien ? Rassurez-vous, ça ne semble pas parler plus à François Hollande, décidément pas vraiment à la hauteur des enjeux planétaires, et encore moins à Laurent Fabius, que certaines mauvaises langues donnent aujourd’hui pour très « diminué ».

Nicolas  Journaliste, écrivain.

Le BRICS donc, pour Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud – en attendant la Turquie —, c’est ce club de pays émergents affichant une insolente croissance économique, alors que l’Europe et les USA paraissent de plus en plus en fin de course. Le Vieux Continent est à bout de souffle et son épigone nord-américain n’est fort que de la crainte qu’il inspire encore : politique de la canonnière pour ultime argument, il peut continuer à faire tourner la planche à billets tout en faisant trembler le monde avec ses crises financières à répétition. Mais à long terme, les analystes de la CIA savent, ils l’ont d’ailleurs écrit, qu’à échéance de vingt ans, l’hyper-puissance américaine ne sera plus qu’un souvenir.

Depuis 1971, année durant laquelle l’économie mondiale, naguère fondée sur l’étalon-or, remplaça ce dernier par l’étalon-dollar, John Connaly, secrétaire au Trésor américain eut cette phrase demeurée fameuse, lancée à l’adresse des Français : « Le dollar est notre devise, mais votre problème… »

Depuis, effondrement de l’URSS oblige, le monde unipolaire incarné par Washington débouche peu à peu sur un univers multipolaire, ce conformément aux analyses et prévisions de personnalités aussi diverses que Jacques Chirac, Roland Dumas, Jean-Marie Le Pen ou Hubert Védrine. En ce sens, ce dernier sommet du BRICS n’est que la continuation logique de ce pronostic, qui entend, selon le site ivoirien fratmat.info,« mettre en place un système bancaire qui pourrait se substituer aux institutions de Bretton Woods et accompagner leur développement. » But de la manœuvre ? Toujours selon les mêmes sources : « Ces institutions, le FMI et la Banque mondiale, sont accusées d’être prises en otage par les pays occidentaux… » Aux dernières nouvelles, le projet calerait encore sur son financement ; il est néanmoins sur les rails. Et l’est d’autant plus que disposant d’un potentiel de 4.000 milliards de dollars, tandis que les économies dominant le FMI en sont le plus souvent à compter les pièces jaunes pour acheter le pain…

Une telle révolution dans les rapports de force internationaux pose au moins trois questions. La première est celle du futur leadership au sein du BRICS : Chine ou Russie ? La deuxième consiste à savoir si l’Afrique est si pressée que ça de passer de la tutelle de l’Occident à celle de l’Empire du Milieu, les positions chinoises étant là-bas jugées de plus en plus envahissantes, et ce n’est pas pour rien que le développement de l’Afrique noire, quinze chefs d’État du continent subsaharien ayant été conviés à cette rencontre, s’est trouvé au cœur des débats. La troisième nous concerne au premier chef : que fait la France ?

Ainsi est-il tristement révélateur que nos médias n’aient donné qu’un retentissement minimal à cette nouvelle. Comme si nos gouvernants étaient attachés, par on ne sait quel réflexe pavlovien, à des alliances n’ayant plus guère lieu d’être. François Ier ou le général de Gaulle étaient plus inventifs en la matière, l’un allant chercher l’alliance ottomane pour contourner la pression de la Mitteleuropa d’alors ; l’autre partant trouver les siennes au Proche-Orient ou en URSS, faisant le pari que la Russie éternelle digérerait le communisme à court terme.

C’était certes cynique, mais on ne fait pas de bonne politique étrangère avec de bons sentiments. Et, tant qu’à demeurer cynique, pourquoi la France, au lieu de se raccrocher vainement à des puissances déclinantes, ne tendrait-elle pas la main à des puissances émergentes ?

Le monde est en train de se rééquilibrer. S’il le fait sans nous, il le fera tout naturellement à nos dépens…

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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