Le New York Times fait le jeu des Frères Musulmans d’Egypte. Traduction Nancy Verdier

Publié le 20 Juillet 2012

Par Raymond Ibrahim

FrontPage Magazine
17 juillet 2012
                                                 

                                                          Traduction Nancy Verdier

 

photo 5281BDans un récent article du New York Times intitulé  “Tandis que les islamistes gagnent en influence,Washington  réévalue  la qualité de ses amis”   ("As Islamists Gain Influence, Washington Reassess Who Its Friends Are,") un certain  Scott Shane  fait ce que les medias bien pensants (MSM :  main stream media) font le mieux : lister de manière objective les faits, en discuter puis en offrir une interprétation assez éloignée de la réalité.

 

204-copie-1.jpgNYT headquarters (siège social)

La thèse qui prévaut dans cet article est qu’il y a eu un “grand changement” au Proche-Orient, ce qui est certainement vrai sauf qu’il oublie d’expliquer les facteurs fondamentaux derrière ce changement, et notamment  un fait essentiel qui devrait intéresser les américains - le tournant de la politique américaine  au Moyen-Orient - tournant  totalement contreproductif, pour ne pas dire irrationnel.
Il n’explique pas non plus les fondements  philosophiques de cet échec politique  - à savoir la croyance ancrée dans la tête de chaque petit américain qui entre à l’école - que toute violence est le produit d’une rancune ou d’une frustration  matérielle.  En conséquence, toute violence  islamique a pour origine un tort causé par autrui et des désirs légitimes non assouvis  que les Etats-Unis  sous la conduite d’Obama, vont redresser ou satisfaire en donnant aux islamistes l’assurance et les moyens de prendre le contrôle de l’Egypte -  même si de nombreux égyptiens  protestaient  contre  la visite d’ Hilary Clinton pour lui signifier  leur mécontentement :  "l’Egypte  n’est pas  le Pakistan," une  référence à l’ingérence de l’ administration américaine  dans les affaires égyptiennes  pour mettre en place ceux qui prônent la Charia. 

Shane compare la politique  « austère » de l’ Administration Bush au Proche - Orient  et son peu  d’enthousiasme à  rencontrer les Frères Musulmans  avec  celle de l’administration Obama  désireuse de rencontrer, non seulement   les Frères Musulmans, mais aussi des membres d’organisations terroristes   comme Al Gama'a al-Islamiyya, que Shane décrit comme ayant « renoncé à la violence ». De la même manière, il démontre que  pendant les années Bush  « les responsables américains ne distinguaient pas clairement  entre les islamistes qui voulaient  un  rôle  majeur pour l’islam au  gouvernement, et les violents jihadistes, qui avaient les mêmes objectifs, mais défendaient le terrorisme comme moyen d’y parvenir. »

Il omet  aussi de reconnaître que les deux formations -  les “islamistes” et  “les violents jihadistes” veulent  - “ un rôle majeur pour l’islam au gouvernement “  c’est à dire la Charia qui à maints égards est la codification légale de la terreur : "un rôle majeur pour  l’islam au  gouvernement" signifie  fouetter, décapiter, amputer, pratiquer la ségrégation entre les sexes,  la discrimination religieuse, condamner à mort les  apostats, et pratiquer l’hostilité internationale même dissimulée,  contre le reste du monde non-islamique dont les Etats-Unis et en particulier leur allié, Israël.

Que Shane ne puisse – ou ne veuille – faire la distinction est évident du fait même qu’il  déclare que la « culpabilité du Sheikh aveugle est remise en question par nombres d’égyptiens  qui voient en lui une victime  de la conspiration  entre les Etats-Unis et Mr. Moubarak. »  Et voici  le NYT porte-parole de la nouvelle  “thèse  musulmane d’une conspiration” à l’égard  du Sheikh terroriste  - auteur de nombreux actes terroristes dont cette fatwa qui  - au nom du jihad - , autorise  les musulmans à vandaliser les églises d’ Egypte  et qui « innocente » cette action.   

Et quelle a été l’excuse de l’administration Obama pour accueillir secrètement à la maison Blanche  un autre membre de Al Gama’a al-Islamiyya – un groupe qui entre autres atrocités a massacré 60 touristes européens à  Luxor ?  Tout simplement celle-ci : selon le département d’Etat, "C’est un jour nouveau pour l’Egypte. C’est un jour nouveau dans beaucoup de pays du Proche-Orient  et d’Afrique du Nord."  Et Shane d’ajouter : « Il y a un bouleversement des principes anciens de  qui est ami des Etats-Unis et qui ne l’est pas »

Que signifie ce discours  utopique  sur  "un nouveau jour"?  Quel nouvel évènement a contribué à ce que les « hypothèses de base  de qui est ami des Etats-Unis » soient "bouleversées"? Le premier  facteur est que à l’inverse des anciens présidents des Etats-Unis, Obama  s’est débarrassé des alliés occidentaux traditionnels et a poussé  au pouvoir des ennemies traditionnels, les islamistes, le tout sous la bannière de « démocratie ».Voilà ce qu’est  “le  jour nouveau”.
Cependant Shane poursuit sa  réécriture de l’histoire quand il dit  « l’hostilité américaine envers les mouvements islamistes, en réalité a existé bien avant le 11 septembre en partie à cause du soutien des américains aux régimes autocratiques séculiers dans les pays arabes. Au cours des 30 années du régime d’Hosni Moubarak en Egypte, les Frères Musulmans étaient officiellement interdits ».  

C’est une vue faussée à plusieurs égards : Tout d’abord, Shane se concentre sur « l’hostilité américaine envers les mouvements islamistes » plutôt que sur  «l’hostilité des islamistes envers les Etats-Unis » qui est la raison de  "l’hostilité américaine" en premier lieu. 
Il ne mentionne pas non plus pourquoi la politique étrangère américaine a traditionnellement appuyé les dictateurs : parce qu'ils sont tout simplement le moindre mal. 
Une dictature laïque (séculière) est préférable à une dictature islamiste, dont le programme idéologique puise  ses racines au 7ème siècle.   Cependant à la lecture du NYT  tout baigne dans le vide : l’impression est que l’Amérique a été, pour une mauvaise raison et de manière inexplicable, hostile aux islamistes et de manière inexplicable, amis des dictateurs – dictateurs qui en réalité ont gardé à distance les islamistes désormais au pouvoir, eux qui violent à la fois les intérêts américains et les droits de l’homme de ces égyptiens qui ne veulent pas vivre sous la Charia.

Quand on poursuit la lecture, il apparaît clairement que les points de vue altérés  de Shane se fondent sur les vues dénaturées  des “experts” qu’il cite.  Il écrit que “la démarche de Morsi  ce dimanche  pour remettre en selle le Parlement dissout a  attiré  le vif intérêt des experts occidentaux désireux de comprendre sa stratégie " 
Est-il si difficile que cela de comprendre ce que le président islamiste d’Egypte tente de faire ? Ayant gagné la présidence et en dépit de tous ses discours sur la force  de la loi et le pluralisme  etc… une fois devenu président  il a pensé qu’il pouvait – comme seuls les Frères Musulmans sont capables de faire – renier la parole donnée et de manière flagrante faire revenir ses amis islamistes au pouvoir. Si “les experts occidentaux  manifestent un vif  intérêt pour  comprendre  ce revirement “  soyez assurés que virtuellement tous les analystes égyptiens qui sont réalistes comme seuls les égyptiens vivant en Egypte peuvent l’être, ont compris l’embrouille  de Morsi dans toute sa splendeur.

Shane conclut son article par des affirmations comme : "les Experts sur le Proche-Orient  suggèrent aux   américains de ne pas retenir par principe que la montée des islamistes  place les Etats-Unis   dans une situation plus dangereuse que les menaces terroristes. Il se peut même que ce soit le contraire, disent-ils »

Il cite les certitudes d’un certain Stephen McIlnerney, directeur général du Projet sur la Démocratie au Proche-Orient”: "Je dirais que les gens ne devraient pas être trop alarmés de la rhétorique anti-américaine. » McIlnerney ajoute “que la fin du régime de Moubarak en Egypte l’an passé est une étape importante dans la lutte contre le terrorisme dans la région et mine son attractivité. »   Allez imaginer ce que cela signifie. La rhétorique anti-Americaine ?—Ne vous inquiétez pas de cela. Mais éliminer l’homme qui mettait les terroristes en prison ?  —Voilà le « pas important dans la lutte contre le terrorisme »

Il cite également,  "Michèle Dunne, une experte de l’Egypte au Conseil Atlantique une institution de recherché basée à Washington” qui confirme cette même ligne : « Les plus grands terroristes égyptiens, dont le Sheik aveugle et le dirigeant actuel d’Al Qaïda, Ayman al-Zawahri, ont été façonnés par leur haine envers la dictature de Moubarak. »  Elle va même jusqu’à prétendre que  « inclure les mouvances islamistes  dans le jeu politique devrait réduire les menaces terroristes. »

Cette position est simplement absurde, d’autant qu’elle ne reprend pas  les propos des islamistes au travers de leurs  fatwas, leur traités et des livres entiers qui de manière univoque disent clairement que l’hostilité envers les infidèles – qu’il s’agisse  d’un régime séculier ou des Etats-Unis – est une affaire de doctrine et n’est pas fondée sur tel ou tel grief. (a doctrinal matter)

Pire encore, Shane reprend dans sa conclusion  l’avertissement de Dunne: "Si les groupes islamistes comme les Frères Musulmans  perdent la foi en la démocratie,  c’est alors que les conséquences seront terribles. »

La vérité est que les Frères Musulmans et autres islamistes n’ont aucune foi en la démocratie —qu’ils ont toujours décrite comme une pratique propre aux infidèles et bonne à être exploitée pour mettre en œuvre la Charia. (to be exploited to empower Sharia.)  Et pour ce qui  concerne l’occident, la seule chose en laquelle vraisemblablement ils croient, c’est en  la pérénité de cette complaisance de l’administration Obama.    

 

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Israël: une démocratie

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