Le populisme contre le peuple ? Magistro - Philippe Bilger

Publié le 2 Août 2011

 

Philippe BILGER
Avocat général

MAGISTRO: Le populisme vient régulièrement nourrir la réflexion collective et les débats politiques. Notamment en été quand l'actualité immédiate laisse du temps et permet une disponibilité de l'esprit. Les Entretiens de Pétrarque à Montpellier ont notamment été consacrés à ce thème (Le Monde).

Il est clair que le populisme, pour ceux qui ont pris l'habitude de le dénoncer, est devenu une manière commode de se placer du bon côté de la pensée - là où le peuple représente un concept acceptable. En dénigrant sa caricature, son image grimaçante que serait le populisme, ils se donnent, sans trop de peine, une image de parfaits et distingués républicains. Dans notre démocratie, cette insulte qui vise à discréditer l'adversaire offre l'avantage d'être une notion à la fois précise et vague de sorte qu'elle fait mal mais sans qu'on se sente obligé de l'expliciter. Ainsi, elle sert de critique fourre-tout qui prétend accabler par exemple aussi bien Marine Le Pen que Jean-Luc Mélenchon et profite d'une impression générale qui laisse présumer une compréhension mais sans approfondissement.
Longtemps, on a pu considérer que le populisme était, pour la gauche, le peuple de droite, le peuple à laquelle celle-ci faisait volontiers référence non pas dans sa définition abstraite mais dans sa traduction concrète, quand les conservateurs ou même les libéraux, bien que plus réticents devant l'exploitation de cette mine démocratique, éprouvaient le besoin, contre les légitimités institutionnelles, de s'appuyer sur les évidences naturelles ou les arguments de bon sens - en tout cas allégués comme tels.
Il me semble que cette accusation visant à affirmer la droite propriétaire de la démagogie qui pour certains est au cœur du populisme a fait long feu. Précisément parce que son identité essentielle, qui est tout de même de jouer le sentiment populaire contre les élites à la fois arrogantes et déconnectées du réel, est partagée aujourd'hui par des personnalités et des courants qui, antagonistes sur le plan des programmes, se ressemblent à cause de leurs modalités d'expression. Il y a une volonté de parler "vrai" et même "brutal" qui apparaît dorénavant comme la revendication d'un "populisme" acceptable dont la finalité principale et, il faut le dire, souvent convaincante réside dans la mise en pièces d'un système officiel qui tiendrait serrés, dans un même désir d'étouffement républicain, médias, politiciens professionnels et profiteurs d'une démocratie plus apparente que réelle.
En ce sens qui n'est pas médiocre, on pourrait évidemment élargir le cercle et s'imaginer placer François Bayrou ou Nicolas Sarkozy, par certains traits de sa politique, de ses discours et de sa personnalité, dans cette catégorie des "populistes" honorables. Pourtant, à mon sens, ce serait une erreur intellectuelle que d'accomplir ce saut parce que ce qui les distingue l'un et l'autre dans un registre différent du populisme tel qu'on se plaît à le vilipender, c'est une double raison.
Pour François Bayrou, la dénonciation, si elle existe forte et argumentée - il est opposant - n'est de loin pas le seul mode d'expression de ses divergences avec le Pouvoir. A rebours, et c'est aussi une manifestation de cette même complexité, il ne promet pas non plus monts et merveilles pour demain. Le populisme vulgaire oscille entre dénigrement systématique et utopie.
Quant à Nicolas Sarkozy, il est à l'abri d'un reproche global de populisme précisément parce qu'un président de la République est confronté au réel, doit proposer des actions, entreprendre, réagir et, grâce à ces démarches qui contraignent à une lucidité minimale, est certain d'échapper à cette facilité du "il n'y a qu'à" qui caractérise le sommaire, le confort et l'irresponsabilité de la revendication populiste.
Le risque pour l'avenir, c'est que, pour expulser le populisme mauvais, on fasse fi du peuple bon et que pour discréditer des vérités trop douloureuses à entendre, on les déclare inspirées par le populisme quand elles ne le seront que par l'exigence républicaine de donner sa juste place à la parole du peuple.
A chaque fois que quelqu'un, aujourd'hui, se verra taxé d'être populiste, il faudra demander à voir.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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Marie-Claire Muller 02/08/2011 15:06



Ce matin en allant au super marché du coin,j'ai rencontré un voisin avec qui j'ai parlé de l'euro,de la vie chère  et on en est venu au FN de monsieur Le Pen.Ce que j'ai remarqué et ce n'est
pas la première fois que:1) les gens répétent les choses entendues dans les médias et chez les politiques sans se poser de questions, puisqu'ils pensent que cette voie est la seule et
unique  2), qu'ils prennent pour argent comptant les fables des spécialistes en langue de bois qui trinquent ensembles et vont à la même école de propagande 3)que souvent ils sont surpris de
voir que l'on peut parler(des sujets tabous) dans un magasin sans avoir quelqu'un qui vous mette le grappin pour atteinte à la sécurité publique,j'ai même entendu un soupir de soulagement comme
si cette personne pouvait ENFIN faire sortir ce qu'elle avait sur le coeur!    "A force de ne plus pouvoir dire certaines choses ;on finit par ne plus savoir les penser!"( Le
sophisme de la caricature qui est employé actuellement par tous les biens pensants et leurs protégés contre le FN et tous ceux qui ne suivent pas leur idéologie se servent d'arguments fallacieux,
qui ont pour but de modifier leur  position comme pour Marine(la diaboliser) même si, et je le pense c' est quelqu'un d'honnête, aimant son Pays! en la radicalisant pour la rendre ensuite
plus attaquable!!!



Claude Germain V 02/08/2011 13:09



Excellente reflexion ,d'ailleur ou plus personne ne sait au juste ce qu'est le populisme ,vrai ,pur et Républicain ,hasard faisant trés trés bien les chose ,je suis tombé sur un petite réflexion
qui peut distiguer le vrai du faux , car je pense que le VRAI est celui qui depuis quelques temps commence serieusement à se poser des questions cruciales sur le monde dans lequel il vit ,le faux
est celui qui dit a l'autre :"ce que vous dites est faux !! ...." evidement sans pouvoir argumenter .


Pardon et merci à X d'emprunter sa superbe reflexion qui pour moi ,défini le vrai populiste républicain :


Connaitre son ignoranceest la meilleure part de la connaissance ;Celui qui pose une question risque cinq minutes d'avoir l'air bete ; Celui qui ne pose pas de question restera bete toute sa vie .


Bonne journée .