Le Portugal étranglé par les gnomes de Bruxelles - par Dominique Jamet

Publié le 5 Mars 2013

par Dominique Jamet Pour Bd Voltaire

500 000 à Lisbonne, 400 000 à Porto, au total ce sont un million de Portugais, un dixième de la population du pays, qui sont descendus dans la rue ce samedi (Peu d'écho en France car bien entendu, les médias évitent de focaliser sur cette Europe Liberticide. ndlr Gérard Brazon) pour y crier leur colère contre un gouvernement qui n’a pour bilan, pour programme et pour perspective que l’austérité, encore l’austérité, toujours l’austérité… Rapportons ces chiffres à la France : imagine-t-on une journée de manifestations qui regrouperait six millions et demi de participants ?

Le Portugal entre dans sa troisième année de récession. Hausse des impôts, baisse des pensions et des salaires, chômage à 16 %, paupérisation générale, comment ne pas comprendre les réactions d’un peuple qui se débat contre son étranglement progressif ? Mais au-delà des mouvements convulsifs, pour ainsi dire instinctifs, que déclenche dans une société comme chez tout être vivant un phénomène d’asphyxie, une irrépressible colère monte, que nourrit un sentiment d’humiliation et de dépossession.

Humiliation. Que reste-t-il de l’indépendance nationale lorsque l’organisme qui porte le nom fallacieux de gouvernement, soumis à la logique comptable et aux règles édictées par les trolls de Francfort et les gnomes de Bruxelles, a dû soumettre sa gestion au contrôle d’une troïka de banquiers étrangers ?

Dépossession. Pour satisfaire aux exigences financières de prêteurs qui tiennent plus de l’écorcheur que du philanthrope, Lisbonne brade le patrimoine national et vend à perte les derniers bijoux de famille aux oligarques, aux margoulins, aux émirs et aux nouveaux riches venus de Russie, des émirats, du Brésil, d’Angola, de la zone euro, qui s’abattent comme un vol de corbeaux sur un agonisant. En l’espace de quelques mois, et dans l’espoir chimérique d’arriver aux fatidiques 3 % de déficit public, les plus grands hôpitaux, les aéroports, la compagnie aérienne TAP, la télévision publique (!) ont ainsi été mis à l’encan.

Dernière dépouille, et l’une des plus symboliques : les chantiers de Viana do Castelo ont été acquis par un Russe. Une compagnie étrangère aura mis la main sur la dernière entreprise de construction navale portugaise au pays d’Henri le Navigateur, de Vasco de Gama, de Magellan.

Et c’est pourquoi le peuple le plus pacifique qui soit, celui qui même lorsqu’il fait la révolution, la dit avec des fleurs, est descendu dans la rue. Comme la Grèce, comme l’Italie, le Portugal millénaire clame son refus de disparaître de l’histoire, autrement dit de mourir. Mais la classe politique autiste et vermoulue qui du pouvoir, à Lisbonne comme ailleurs, ne détient plus que les apparences, est-elle en état d’entendre, de comprendre et d’apaiser la révolte qui gronde ?

Dominique Jamet

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Europe liberticide

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