Le Rwanda et Paul Kagame en France! Le fallait-il? Non, dit Marianne...

Publié le 10 Septembre 2011

De Marianne

Roland Hureaux s'insurge de la réception à l'Elysée, le 11 septembre, du président rwandais Paul Kagame, qu'il juge comme l'un des plus odieux criminels de l’histoire du XXe siècle et du XXIe naissant. Notre chroniqueur associé étaye son accusation en donnant sa vérité sur le génocide de 1994.



(Paul Kagame - Wikimedia - Fredrick Onyango)

(Paul Kagame - Wikimedia - Fredrick Onyango) 

A quand l’inculpation de l’actuel président rwandais pour crimes contre l’humanité ? Imaginons que Hitler, responsable du massacre de 6 millions de juifs, ait réussi à faire croire à l’opinion mondiale et à la postérité, par une habile politique de communication, que c’étaient les juifs qui avaient commis le génocide et lui qui y avait mis fin et puni les coupables. Monstrueux ?

C’est pourtant ce qui s’est, à peu près, passé au Rwanda entre 1990 et 2005. Paul Kagame, l’homme que le président Sarkozy s’apprête à recevoir à l’Elysée le 12 septembre prochain est un des plus odieux criminels de l’histoire du XXe siècle – et du XXIe naissant.

Pour comprendre les événements complexes qui constituent la toile de fond de cette tragédie, rappelons qu’au Rwanda (comme au Burundi), les Tutsis représentaient 10 % de la population, le Hutus 90 %. Moins que deux tribus, il s’agissait de deux castes : une minorité guerrière et pastorale qui dominait depuis le Moyen-âge une majorité cultivatrice, laquelle a pris le pouvoir à l’indépendance en 1962.

Le président Habyarimana, qui n’était ni meilleur ni pire que le reste des dirigeants africains, soutenu par la France, s’appuyait sur la majorité hutu. Un groupe d’exilés tutsi, dirigé par Paul Kagame, ayant entrepris à partir de l’Ouganda, de reconquérir le pouvoir (1). Ceux qui défendent une thèse différente, telle Colette Braeckmann, Histoire d’un génocide, 1996, ont pour la plupart révisé leur position, au bénéfice de la minorité, entre dans le pays à partir de 1990, et s’approche de la capitale, Kigali, en 1994.

C’est à ce moment que commencent les massacres de masse. Tout le monde connaît le « génocide » d’avril–mai 1994 lequel, selon la version désormais consacrée, aurait été commis par les Hutus à l’intérieur du Rwanda et eu pour victimes près d’un million de Tutsis. Ce génocide aurait pris fin à la prise de pouvoir par le Tutsi Kagame, arrivé comme un sauveur. Or il faut savoir au sujet de ce premier massacre : 

  • Qu’il a fait sans doute plus de victimes hutus que tutsis ;
  • Que, pendant la guerre civile consécutive à l’invasion du Rwanda en 1990 et surtout en 1994, des massacres de masse ont eu lieu des deux côtés de la ligne de front entre Hutus et Tutsis ;
  • Que les plus grands massacres de 1994 ont été déclenchés par l’attentat contre les présidents hutus du Rwanda et du Burundi commis le 6 avril 1994 et dont, selon les investigations du juge Bruguière – et d’autres, la responsabilité incombe à Kagame. Il a fallu un singulier aveuglement de l’opinion internationale pour attribuer sur le moment cet attentat commis contre deux personnalités hutues à des Hutus !
  • Que les massacres commis contre les Tutsis, l’ont été en raison de l’affolement de la population hutu qui savait que l’armée du FPR (tutsie, dirigée par Kagame), à mesure qu’elle pénétrait dans le Rwanda, procédait à des massacres de Hutus ;
  • Que c’est en toute connaissance de cause que, tout à sa faim de pouvoir, Kagame a ainsi sacrifié les Tutsis de l’intérieur, côté hutu de la ligne de front - en envahissant le pays et en y commettant des massacres ; il n’avait d’ailleurs que le plus grand mépris pour ses congénères qui avaient accepté de courber l’échine devant le pouvoir hutu ;
  • Que, selon une technique expérimentée quelques années plus tôt en Ouganda, il est même arrivé à Kagame de massacrer tous les habitants d’une région et d’inviter ensuite la presse internationale, toujours naïve, à contempler des méfaits qu’il imputait à son adversaire ;
  • Qu’en tout état de cause, rien de tout cela ne serait arrivé si Kagame n’avait entrepris, avec l’aide de l’Ouganda et des Anglo-Saxons de reconquérir le Rwanda pour y établir le pouvoir d’une minorité tutsie exilée (50 000 personnes à peine pur une population de 8 millions d’habitants), et, pour cela, de renverser un pouvoir hutu lequel, même s’il n’était pas parfait, représentait, lui, la grande majorité de la population.

RÉCEPTION PLUS HONTEUSE QUE CELLE DE KADHAFI EN 2007

Parfaitement illégitime, cette entreprise de conquête est la cause finale de tous les massacres intervenus à partir de 1994. Largement responsable, quoique pas toujours directement, du premier massacre, Kagame l’est directement du second commis au Kivu et dans le reste du Congo – Kinshasa au cours des années qui ont suivi et dont le nombre de victimes s’élève, selon un rapport confidentiel du Haut-Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies à 4 millions.

Car, après avoir pris le pouvoir à Kigali, capitale du Rwanda, Kagame a envoyé son armée dans la province congolaise limitrophe du Kivu pour y massacrer systématiquement le million de réfugiés hutus qui y avaient fui le nouveau régime ; ces réfugiés furent qualifiés de « génocidaires », y compris les femmes et les enfants ; cette deuxième invasion, qui se produit en 1995-1996 a en outre fait plusieurs millions de victimes dans la population congolaise de la région.

Elle a permis à Kagame, de prendre, de fait, le contrôle des principales richesses minérales du Congo. Non seulement les alliés de Kagame (Etats-Unis, Royaume-Uni, Belgique, Israël, Afrique du Sud) l’ont aidé à remporter la victoire sur le terrain, la France n’ayant que le tort d’avoir lâché ses alliés hutus en 1993, à la suite des accords d’Arusha, mais ils l’ont aussi aidé a couvrir ses massacres par des mensonges, puisque le nouvel homme fort du Rwanda est allé jusqu’à accuser l’armée française, venue s’interposer entre les parties lors de l’opération Turquoise (été 1994) de complicité de génocide, une accusation qui ne résiste à aucun examen sérieux mais qui a cependant été reprise par les organes de presse les plus en vue en France et en Belgique.

Que Kagame ait une tête d’intellectuel a sans doute servi cette politique de communication dont il est, au moins autant que ses mentors, l’artisan diabolique. Voilà le personnage que Nicolas Sarkozy s’apprête à recevoir à l’Elysée : non seulement un des pires monstres de la fin du XXe siècle, mais aussi un ennemi de la France qui, non content de l’éliminer de la région des Grands Lacs, a chargé d’opprobre son armée, sans que le gouvernement français ait daigné la défendre contre ces accusations injustes.

Au moment où le président français ne songe qu’à sa réélection, une telle visite ne peut que le desservir. Alors que sa stratégie électorale commence par la consolidation de l’électorat traditionnel de la droite – les catholiques, les agriculteurs, cette visite ne manquera pas de lui aliéner le corps militaire, profondément humilié, qui, dans son ensemble, constitue lui aussi un des fondamentaux de la droite. Pour l’association France-Turquoise, recevoir Kagame revient pour la France à « brader l'honneur de ses soldats et à couvrir un tissu de mensonges. »Question : quels puissants motifs peuvent pousser Sarkozy à cette réception honteuse – encore plus que celle de Kadhafi en 2007 – contre son intérêt électoral le plus évident ?

(1) Cf. les ouvrages de Pierre Péan, Noires fureurs, blancs mensonges (2005) et Carnages (2010)

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique étrangère

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