Le sexe et les handicapés - Par Anne Lauwaert

Publié le 19 Mai 2014

Sexe et handicap?

Ah, ces Suisses… ils nous étonneront toujours et surtout là où on ne les attendait vraiment pas… 


Le 28.IV.14 le site « Ticino-on-line »

http://www.tio.ch/News/Svizzera/788898/La-proposta-Donne-a-lezione-di-sesso-con-andicappati/ 

publiait un article dans lequel il annonçait le projet « sexcare.ch » un workshop dans le célèbre Centre de Nottwil qui est spécialisé dans les soins aux personnes paraplégiques, pour enseigner à des femmes comment prodiguer du sexe à des personnes handicapées.

« Le but de notre travail – dit la sexologue Isabelle Kölb – est de faire en sorte que le handicapé vive le sexe de la manière la plus naturelle possible, comme une personne saine. »

 

Ce thème me touche car un de mes cousins a été contaminé par la poliomyélite à l’âge de 2 ans. Ses jambes ont été atteintes et il n’a pas grandi « comme tout le monde » Au début des années 60, dans les campagnes flamandes, bigotisme aidant, la maladie était encore honteuse. Mon cousin qui a maintenant 55 ans, a vécu toute sa vie en cachant ses jambes estropiées. Comme toutes les victimes de la polio il a lutté aussi longtemps qu’il a pu pour dissimuler son handicap, mais il n’a jamais osé aborder les filles… il n’a jamais eu de petite amie… Ce n’est que vers 50 ans, quand il a commencé à devoir affronter l’aggravation de son état due au  syndrome post-polio, qu’il a commencé à parler… Même dans sa famille il s’est caché et a eu recours à des subterfuges… Quand il n’a plus été physiquement capable d’exercer sa profession de mécanicien dans une entreprise, il a enfin pu bénéficier d’une pension d’invalide et pour ne pas tomber dans la dépression, il s’est arrangé un petit atelier pour « bricoler » à domicile. Alors deux fois par semaine il disait à sa mère et à ses frères qu’il allait « chercher des pièces de rechange… » Sa mère ne comprenait d’ailleurs pas pour quelle raison il fallait se doucher et enfiler son costume du dimanche avant d’aller chercher des vilebrequins, des bielles ou des manivelles… Mon cousin avait établi un relation de confiance avec une dame professionnelle du sexe et avec une dame professionnelle des massages érotiques, de la relaxation et du bien-être. Bien sûr ces dames travaillent pour, elles aussi, gagner leur vie, mais en plus elles sont accueillantes et compréhensives et avec elles, mon cousin a pu parler, se confier, se sentir en confiance, être naturel, ne plus devoir cacher ses faiblesses et ses handicaps, ce qui en famille n’avait jamais été possible… Ces dames ont permis à mon cousin, non pas de vivre une vie normale mais de tirer le meilleur parti possible de sa situation.

 

J’avais été choquée en voyant comment lors d’une émission « on n’est pas couché » 9.VI.12

http://www.labandearuquier.com/On-n-est-pas-couche-9-juin-2012.html madame Polony et messieurs Ruquier et Caron avaient mal traité madame Lisa qui venait présenter son livre « Portes ouvertes sur maisons closes » et qui dirige à Genève la célèbre maison close Venusia.

J’avais donc téléphoné à madame Lisa pour lui dire combien j’avais été indignée et, pratiquement, la remercier pour le travail que font les prostituées en lui citant le cas de mon cousin. Nous avons longuement parlé de cet aspect de la profession et aussi de l’accueil que ses collaboratrices réservent aux handicapés. Selon madame Lisa, il y a même des parents qui lui apportent leur enfant D’ailleurs le logo handicapés bienvenus figure sur la page web de la maison. http://www.venusia.ch/

 

Un autre cas me touche : des amis avaient une petite fille mais désiraient un deuxième enfant. La grossesse fut difficile et notre amie a passé des semaines au lit pour ne pas « perdre » son bébé. Quand la deuxième petite fille est née on a constaté une grave maladie génétique… Aujourd’hui c’est une petite fille ravissante, elle parvient à se déplacer et à exprimer ses émotions, mais restera handicapée profonde…

 

Problème : nous sommes des mammifères et quand les femelles des mammifères atteignent leur maturité sexuelle elles vont en chaleur et ont besoin d’un mâle pour les satisfaire… Le sexe est un besoin physiologique comme manger, boire, uriner, déféquer, dormir… Mais que faire dans le cas d’une jeune fille porteuse de maladie aussi grave ? Les parents et grands-parents ont décidé en accord avec les médecins, service social, etc. que, au moment propice, ils laisseront stériliser leur fille pour qu’elle puisse jouir d’une vie affective la plus normale possible.

 

Autre problème : si les besoins sexuels des hommes sont reconnus et admis, qu’en est-il des besoins sexuels des jeunes filles et des femmes ? olala, tabou, tabou !… Eh bien oui, les femmes aussi ont des besoins sexuels et non, elles n’ont pas toujours à disposition une relation « normale » pour pouvoir les satisfaire. Et non, tout le monde ne dispose pas des moyens financiers pour s’offrir « un gigolo »… et surtout, ne serait-il pas plus sain de pouvoir disposer de services dans le cadre de salons qui garantissent l’hygiène et le professionnalisme ?

Il y a d’ailleurs à parier que beaucoup d’épouses tout à fait BCBG pourraient apprendre bien des choses qui seraient tout à fait au bénéfice des relations conjugales.

Et, si généralement on admet que les messieurs puissent aller rendre visite aux dames … que dirait l’un d’eux si en rentrant le soir il trouvait sa femme  de bonne humeur car détendue par un après-midi passé comme cliente dans un salon érotique…

 

Alors, les Suisses qui organisent des formations pour que les « pas comme tout le monde » puissent le mieux possible satisfaire leurs besoins naturels, comme tout le monde, chapeau !

 

Anne Lauwaert

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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