Le temps qui passe hélas et le bon sens de Jacqueline de Romilly

Publié le 3 Janvier 2011

        La vieillesse fait partie de la vie. Elle aboutit à l'inévitable, une terreur pour beaucoup, une crainte y compris pour les croyants: la mort. Inévitable, certaine! Mais avant il y a cette petite mort que décrivait si bien Jacqueline de Romilly avec beaucoup d'humour. Depuis cette femme prodigieuse est partie. Pourquoi ces propos? Parce que l'on commence une année et qu'il faut se souvenir qu'au delà de nos petits malheurs il y a la vie.  La chance que nous avons de vivre. Poésie, philosophie? Sans doute. Nous aurons sans doute l'occasion dans cette année 2011 de nous révolter, de nous fâcher avec ceux qui nous pourrissent la vie. Les marchands, les politiques, l'islamisation de notre pays, l'Europe, etc. Alors, repensons à cette femme qui nous disait la beauté de la vie, celle de la lumière, celle des  choses simples. Voilà ce qu'elle disait de la vieillesse aussi.

 

            Malheureusement, ma cécité ne donne pas de plus grande acuité à mes autres sens. Vous savez, ce n'est pas un accident, ce n'est pas arrivé à 30 ans. C'est la vieillesse, c'est ainsi que cela s'appelle. Elle n'aiguise pas ma sensibilité pour déterminer, par exemple, si une voix est sympathique ou non. Mon expérience, c'est vieillir, c'est-à-dire perdre beaucoup de choses, beaucoup, beaucoup, tout le temps. Voyez les enfants : ils sont fiers d'avoir pu se tenir debout pour la première fois, d'avoir atteint le bouton de la porte, de courir, déjà. Moi, je peux encore, à chaque fois, en descendant la pente. «Vous le pourrez toujours», affirmeront les flatteurs. Mais non, non, justement pas. Trouverai-je un avantage ? Je crois que je sens moins les odeurs... et je m'en félicite ! Je garde aussi la capacité de rire. Ce qui est désagréable, c'est de perdre d'abord tous ses amis, et puis toutes ses possibilités. J'en ai conservé quelques-unes. Face à l'inéluctable, il y a aussi le caractère. On me dit que je n'en ai jamais manqué. Je réponds : pas encore !

(...)

Ce qu'elle disait de la parité et de la discrimination.

             Assurément ! La parité n'est pas une question de vocabulaire. Je suis d'une génération où, en France, les femmes ont commencé à avoir accès à tout, au premier chef le droit de vote. Presque partout, j'ai été la première femme dans les institutions, non parce que j'étais un monstre, mais parce que les classes s'ouvraient. C'était sans doute intimidant, mais je me suis donné du mal et ai œuvré dans le bon sens. Je voudrais que, selon les occasions, il y ait des métiers avec beaucoup plus de femmes que d'hommes, et d'autres avec plus d'hommes que de femmes. Je ne suis nullement contre le féminisme, qui concerne plus directement des pays où l'ouverture ne s'est pas encore opérée. Or voilà qu'au moment même où, par une juste compétition, les femmes arrivent en France aux mêmes résultats que les hommes, on réintroduit une discrimination avec l'instauration de la parité. C'est cela qui me choque. Négative ou positive, je suis contre la discrimination.

(...)

Ce qu'elle disait du sexisme linguistique.

                 Pour ce qui est de la langue, elle est chose vivante, certains usages s'y introduisent, sous contrôle de l'Académie française. Nous accueillons quantités de mots, mais on ne réforme pas une langue par décret gouvernemental, en affirmant qu'on ajoutera un «e», alors qu'il n'est pas conforme au féminin des mots. Il y a des règles habituelles d'évolution. Le féminin des mots en «eur» n'est jamais en «eure» autrement que par la brutalité. «Auteure», c'est horrible. «Ecrivain-écrivaine» n'est pas choquant, cela va seulement contre une tradition de plusieurs siècles, et il n'est pas difficile de dire une femme écrivain. On a malheureusement oublié que le français comprend les trois genres, masculin, féminin et neutre, le dernier étant sous la forme du masculin. Ainsi, l'ancien dictionnaire Larousse expliquait-il plaisamment : «Homme : terme générique qui embrasse la femme.» C'était suggestif. Et voilà que, pour désigner les hommes, on se croit désormais obligés de dire «les hommes et les femmes», ce qui n'a pas de sens. Je serais enchantée qu'on cesse de sexualiser la langue, surtout de façon ignorante, brutale et impérative.

Jacqueline de Romilly

décédée en 2010

          Cette femme écrivain  avait du génie et tellement de sens. Ce bon sens qui nous manque aujourd'hui et que chaque jour j'espère voir revenir pour sauver cette pauvre France malade.

Gérard Brazon 

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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