Le thème de l’immigration sera incontournable pour la présidentielle de 2012 - par Chantal Crabère.

Publié le 19 Avril 2011

Le Portugal vient d’appeler la communauté européenne à l’aide,  sans doute l’Espagne va suivre. Auparavant le crack boursier avait semé la panique en Islande, en Irlande, le peuple grec subit une véritable cure d’austérité. Même si les causes du malaise sont largement liés aux excès des traders et des banquiers, gens qui  vivent grassement en mettant en danger l’argent des autres,  on ne peut pas dire que l’Europe va vraiment bien. Juste en face de cette Europe malade, une Afrique malade et fortement destabilisée, un Moyen-Orient où explosent révoltes et révolutions. Les peuples veulent s’affranchir de leurs dictateurs. On pourrait penser que les conséquences de cette liberté permettraient aux peuples d’agir afin de  changer, eux-mêmes  le  destin de leurs pays. Or que constatons-nous ?

Si l’on peut comprendre la fuite des populations de certaines zones de guerres civiles, car les conflits ne se règlent pas en deux temps, trois mouvements, comme on a voulu nous le faire croire, il est difficile de comprendre la fuite des Tunisiens où les évènements se sont déroulés plutôt calmement. On a l’impression que l’objectif de la liberté que les habitants réclamaient, va se traduire  surtout par la volonté, pour une partie  d’entre eux, de rejoindre l’eldorado européen, ce fameux espace Schengen où la porosité des frontières permet toutes les espérances. La francophonie met la France en première ligne pour une arrivée massive d’immigrés . C’est un fait, aujourd’hui  les Tunisiens iront de Lampedusa à Vintimille et de Vintimille à… ? Les Libyens  laisseront passer de nombreux  africains sub-sahariens. Tous ces évènements enrichissent, des deux côtés de la Méditerranée, les mafias locales et les profiteurs de la « traite migratoire ».

Devant la réalité d’un débordement que nous n’allons plus pouvoir maîtriser, et que nous ne maîtrisons déjà plus, l’inquiétude des Français grandit et nos politiques vont avoir à se prononcer sur le contrôle des flux migratoires en 2012 (et même peut-être avant !) Aucun parti sérieux ne pourra éluder le sujet, il restera central !

Face à une Marine Le Pen qui déclare : «  la France est à saturation, il faut stopper l’immigration », on assiste pour les autres  à des positions diverses.

Celui des nantis optimistes : la France est riche, elle a toujours été généreuse, elle a toujours été une terre d’accueil, continuons ainsi et accueillons tous ceux qui frappent à notre porte, tout va bien. On tacle les  sceptiques qui osent poser les questions suivantes :

Concernant l’état de notre pays:

-Etes vous sûrs que la France est toujours un pays riche ? N’avons-nous pas des millions de chômeurs, des personnes en grande précarité et vivant sous le seuil de pauvreté ? N’assistons-nous  pas à une baisse généralisée des aides aux personnes dans le besoin, à une réduction budgétaire drastique de toutes les aides aux associations ?

Et concernant l’accueil:

-Etes vous certains que nous pouvons accueillir correctement de nouveaux immigrés ? Sommes-nous capables de  leur fournir logement, travail ? Etes vous sûrs que nous pouvons accueillir toute la misère du monde, et sur quels budgets prendrons-nous les dépenses qu’induisent ces flux migratoires?

A ces personnes qui réfléchissent à la situation  du pays et qui souhaiteraient une autre analyse plus proche de la réalité, on attribue des qualificatifs d’ampleur diverse allant du « replié sur lui-même, à l’égoïste, au raciste, au xénophobe »….

Le Français serait-il donc devenu ce qu’on dit ? Pour participer régulièrement  aux collectes alimentaires, je sais qu’il n’en est rien et que les Français sont, pour la grande majorité d’entre eux,  généreux. Il est très rare que les bénévoles soient rabroués, chaque Français sollicité  donne souvent ce qu’il peut. Mais, pour côtoyer aussi des acteurs, qui chaque semaine investissent deux ou trois matinées aux Restaus du cœur, je sais que la situation est tendue, parce que, d’une part il y a la crise, les dons se réduisent un peu malgré tout, et que d’autre part les besoins augmentent avec l’accroissement du chômage et de la misère. A ceux qui veulent qu’on accueille largement les flux migratoires, je conseille de réfléchir à cela : Peut-on envisager, pour cela,  de se reposer de plus en plus et de manière durable sur les mouvements caritatifs  pour compenser les défaillances des finances de la nation ? Et où allons-nous comme cela ?  Ne faut-il pas réfléchir au contrôle des flux migratoires ? Qui proposera quoi, et qui fixera le curseur si c’est encore possible ?

A Martine Aubry, qui déclare : « donnons des papiers à tous les sans-papiers qui ont trouvé du travail » ne peut-on pas faire remarquer que c’est un encouragement explicite aux patrons de ne pas être « très regardants sur la légalité des lois de l’embauche », et que, pour une future cheffe de l’Etat, on peut trouver ces propos surprenants. Ces patrons peu scrupuleux du respect des lois sont enclins à proposer des jobs sous payés, laissant de côté les véritables chômeurs légalement inscrits et en désespérance. Nous avons là le problème de fond. C’est aussi une invite à l’immigration clandestine.

A Madame Lagarde qui déclare : «  on aura toujours besoin d’immigration, la France aura besoin de recevoir des gens formés, l’immigration est une chance pour la France » on ne peut que faire part de notre étonnement. La France compte des millions de chômeurs, de nombreux jeunes diplômés se désespèrent, et parmi ceux-ci, nombreux sont déjà de familles issues de l’immigration, n’est-ce pas à eux qu’il faut accorder la priorité d’abord ? Nous avons des écoles et des universités de qualité, tous  les intervenants de ces lieux sont-ils donc incapables d’analyser les besoins de demain et de prévoir, en amont, les formations adéquates ? Qu’est-ce que ça veut dire : «  nous aurons besoin de gens formés venant de l’immigration? » Serions-nous incapables en France de former des médecins des infirmières etc…. ? Bonnet d’âne pour la France alors, et allons-nous déposséder de leurs élites les pays pauvres?

On sent bien,  chez Madame Aubry comme chez Madame Lagarde que ces positions d’affichage sont plutôt des effets d’annonces dans l’air du temps mais  qu’elles ne convaincront pas les Français.

Sur les capacités d’accueil des immigrés, Gérard Collomb, maire de Lyon, lui aussi partisan d’une large ouverture des frontières, invité par J-P Elkabach, faisait cette réserve :

«  »Moi, je suis sans doute en France celui qui construit le plus de logements sociaux. 5000 par an. Sur ce chiffre, 2000 personnes sont mal logées et doivent être relogées. Il me reste un solde de 3000. Si 5000 personnes sans-papiers arrivent, j’ai des bidonvilles, et ce n’est pas digne de l’accueil d’immigrés en France ».

 

Gérard Collomb pense au logement et à l’humanité de l’accueil. C’est une facette importante du problème, mais pas la seule car  il y a aussi l’emploi, et les ressources des nations en crise. Maintenant les Portugais et les Espagnols vont reprendre le chemin de l’exil pour cause économique. Quoi qu’en disent aujourd’hui les différents candidats aux élections de 2012, l’immigration va être la préoccupation centrale de notre pays et de l’Europe dans les prochaines années. Jean-Luc Mélenchon ne pourra pas se contenter de dire bêtement et simplement que l’immigration est une obsession de la droite. C’est un vrai sujet d’importance qu’ on doit  traiter avec humanité, mais il faudra dire qui va fixer le curseur de la capacité d’accueil et où le mettre ? Aucun candidat  ne pourra échapper au débat. Aux Français qui veulent qu’on pose le problème, il ne suffira pas de répondre : «  raciste ou  xénophobe » car, au contraire,  ils sont nombreux à s’être déjà investis dans des mouvements caritatifs en France où en direction de la misère dans tous les pays du monde.

Chantal Crabère

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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Nancy VERDIER 19/04/2011 21:54



N'oublions pas qu'après l'Irlande, la Grèce, le Portugal, ce sera l'Espagne, puis la France, l'Italie, la Grande-Bretagne. L'Europe en crise, va devoir rembourser ses dettes, s'occuper de ses
citoyens, ses nationaux.
Comme vous le dites justement, certains sont des enfants d'immigrés, mais leur statut (de jeunes qui recherchent l'ascenseur social) n'intéresse plus les politiques, qui cherchent de nouveaux
électeurs chez les nouveaux entrants. La France, contrairement à ce qu'en a dit Jacques Attali, n'est pas un hôtel et ne peut pas voir défiler des millions de demandeurs d'emplois. Personne à
l'UMP au PS au Centre à Gauche, ne voudra légiférer sur l'immigration. La conclusion pour 2012 s'impose d'elle-même.



island girl 19/04/2011 16:07



Une solution en attendant 2012 boycott ,ne pas louer,employer acheter ...aux sangsues ...il y a des sans logis et  chomeurs français qui méritent d'etre aidé en priorité! 



Johanny 19/04/2011 13:18



Bien entendu je partage l'opinion de chantal crabère mais il me vient plusieurs questions subsidiaires:


 


La france est toujours un pays..... oui, mais est-elle toujours une nation ?


 


COmment se fait il que des tunisiens qui soi disant rêvaient de liberté et de démocratie foutent le camp de leur pays juste lorsqu'il vient d'être délivré de la dictature ?... n'y aurait il pas
comme une autre dictature bien plus dure qui viendrait prendre la place de la précédente  ce qui justifierait cet exode?...