Le traitement médiatique des otages choque les militaires. Normal...

Publié le 4 Juillet 2011

Le traitement médiatique de la libération, mercredi, des deux journalistes retenus en otage en Afghanistan depuis dix-huit mois suscite de vives réactions dans les milieux militaires. Elles sont de deux types, qui souvent s'ajoute l'un à l'autre. 1) La différence de traitement entre les journalistes otages et les soldats tués en Afghanistan. 2) L'imprudence supposée ou réelle des deux reporters.

1) Sur le premier point, il est incontestable que la libération d'Hervé Ghesquière et de Stéphane Taponier a donné lieu à une couverture médiatique sans commune mesure avec l'annonce de la mort de militaires français en Afghanistan. D'un côté, des heures de direct, la mise en scène télévisuelle de l'émotion des proches, les commentaires de spécialistes (dont l'auteur de ce blog...). De l'autre, une vague brève en fin de journal télévisé ou dans un bas de page des quotidiens. Qui a entendu parler de Cyrille Hugodot, mort à 24 ans au service de la France ? Qui n'a pas entendu parler de Ghesquière et Taponier ? Il est malheureusement clair, et c'est un journaliste qui l'écrit, que le poids médiatique d'un journaliste est bien supérieur à celui d'un simple parachutiste. Il n'y a pas de quoi être fier.
Les tentatives, conduites par quelques anciens, pour rendre un hommage public aux soldats morts lors du retour de leur corps en France se soldent par des échecs. Ce qui renforce le malaise.

2) De nombreux militaires ne comprennent pas l'atitude des deux journalistes de France-Télévisions en particulier les risques qu'ils ont pris sur le terrain. Hervé Ghesquière a cru bon d'expliquer, juste après son retour, que"personne ne nous a rien dit. Que ce soit clair". Ce n'est malheuresement pas aussi clair et la direction de France-Télévisions n'ignore pas qu'il existe des traces écrites des avertissements lancés par l'armée française la veille même de l'enlèvement des deux journalistes, le 30 décembre 2009. Idem sur l'existence de conversations téléphoniques assez directes entre les deux reporters et un officier français (que l'on peut difficillement qualifié d'hostile à la rédaction de France 3 pour des raisons personnelles). Tout le monde sait qu'ils ont bien été avertis du danger de se rendre dans ce secteur non sécurisé, qui plus est à la recherche de contacts avec les talibans. D'ailleurs, tous les journalistes français arrivant sur le théâtre afghan le sont systématiquement.  

Les journalistes ont-ils le droit de prendre de tels risques ? A chacun d'en juger, mais à condition de le faire en toute connaissance de cause. Le métier de journaliste consiste aussi à aller voir le "camp d'en face". Il n'y a là rien d'éthiquement condamnable. On ne peut reprocher à Ghésquière et Taponier d'être ce qu'ils sont : des journalistes. Ce métier comporte des risques - et ils en ont largement payé le prix. Comme nous l'écrivions déjà sur ce blog en mars dernier, à la suite d'une polémique odieuse visant les deux journalistes victimes des talibans, "des Français sont actuellement retenus en otage par des groupes terroristes islamistes et ils ont été enlevés dans le cadre de leur travail. Aucun d'entre eux n'étaient là-bas pour son propre plaisir, même si tous y sont allés volontairement. Ils n'étaient ni en voyage d'agrément, ni en séjour privé."
 C'est vrai pour Denis Allex, officier de la DGSE détenu en Somalie depuis presque deux ans, pour les quatre salariés d'Areva enlevés au Niger, pour les trois humanitaires kidnappés au Yemen. C'était vrai pour les deux journalistes de France 3.

Ces enlèvements coûtent fort cher aux contribuables français (desmillions d'euros). Ils mobilisent d'importants moyens de l'armée, du Quai d'Orsay et de la DGSE. Ils gênent, de manière parfois importante, l'action militaire et diplomatique de la France. Tout cela est exact. Et alors ? On fait quoi ? On rapatrie illico et manu militari tous les Français présents - pour leur activité professionnelle - dans des zones à risques et on laisse tomber nos otages pour faire des économies ? On interdit aux journalistes français de se rendre en Afghanistan, suaf pour des reportages bien encadrés auprès des forces françaises ? Les citoyens de notre pays se contenteront alors de ce qu'en disent les médias américains.

En matière d'otage, la France a une pratique, aussi constante que non avouée : tout faire pour les libérer - y compris le versement de rançons importantes. C'est un choix. D'autres pays, à commencer par le Royaume-Uni, ont une autre politique : on ne cède pas, on ne discute pas. Qui, en France, serait prêt à assumer un tel choix, qui signifie la mort de compatriotes ? Et pas seulement de journalistes...

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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