Pour la communauté juive des banlieues, le "vivre ensemble", c'est "l'angoisse au quotidien".

Publié le 25 Janvier 2013

Les juifs en banlieue parisienne vivent une situation paradoxale. D’un côté, des banlieues accueillantes. De l’autre, des communes inquiétantes qui les poussent à l’exode.

Manuel Valls

Manuel Valls

 L’antisémitisme en banlieue ? Une réalité depuis des années ! Et pourtant, brusquement, ces dernières semaines, on semble le découvrir. On le dénonce. On le crie. Le 5 juillet 2012, le « Nouvel Observateur » titre à la « une » : « Antisémitisme : ce qu’on ne peut pas dire ».Sujet principal : l’antisémitisme en banlieue. Trois jours plus tard, le 8 juillet, sur Radio J, c’est Manuel Valls, ministre de l’Intérieur, qui s’inquiète d’un « antisémitisme nouveaudepuis des années, né dans nos banlieues notamment de la part de jeunes, avec une parole qui se libère, dangereuse pour nos valeurs, et qui s’attaquent aux juifs, les considérant comme l’ennemi ». A la question de savoir si cet antisémitisme serait le fait notamment de jeunes se revendiquant de l’Islam, Manuel Valls répond : « Je le crains ». « Cela  fait dix ans qu’on le dit, et qu’on le répète » martèle Iannis Roder, professeur agrégé d’histoire dans un collège à Saint-Denis qui a participé à l’écriture de l’ouvrage collectif « Les territoires perdus de la République » (Mille et Une Nuits, 2002). Appartenant à une génération pour qui l’antisémitisme était mort avec la Shoah, Iannis Roder n’avait jamais pensé qu’il pourrait revenir. Mais, pour lui, c’est au tournant des années 2000, que deux évènements ont « libéré la parole » : le 11 septembre et la deuxième intifada. « Je me souviens du 12 septembre 2001. La plupart de mes élèves étaient atterrés, mais l’un d’eux avait déjà une explication « complotiste » : « Il n’y avait pas un juif hier dans les tours, c’est eux qui l’ont fait ». Pour une minorité, c’était « bien fait pour les Américains et pour les Juifs ». En 2002, un garçon m’a expliqué que « Hitler aurait fait un bon musulman ». Voilà dix ans que je sais que ces idées sont là, latentes chez certains. Dès qu’on évoque la Shoah ou  qu’ils comprennent qu’un des personnages est juif, ça sort. Par exemple, cette année-là, Ousmane, 15 ans, alors que je parlais de Léon Blum : « Il est juif, qu’il crève ! » Comme ça, direct. Je l’ai envoyé chez le proviseur qui a convoqué sa mère. Elle a pleuré et a décidé de changer d’établissement. Plus tard des copains d’Ousmane m’ont rapporté ses propos : « Roder, il s’est énervé pour rien, un truc de fou. ». Il ne voyait pas le mal… » C’était il y a dix ans. Le climat a-t-il changé depuis ? « Il a empiré. Et pas seulement dans ma classe, mais dans tout l’établissement ! Les élèves Juifs  sont partis un à un. Après avoir subi ses brimades qui me faisaient souffrir, ils ont quitté, en 2005, l’enseignement public. Lors d’une réunion de professeurs d’histoire, je m’en souviens encore, on s’interrogeait : « Vous avez encore des élèves juifs ? ». Ils ont mis du temps à réaliser qu’il s’agissait d’antisémitisme. Et surtout, ensuite, à l’accepter. On me disait : « Mais, non, ce n’est pas de l’antisémitisme ! »Bref, aujourd’hui, je n’ai plus d’élèves  juifs identifiables par leur nom de famille.». Normal : la communauté juive de Saint-Denis a fondu comme neige au soleil : il ne reste qu’environ 40 familles contre 500 il y a 25 ans…

Iannis Roder

Iannis Roder

Depuis dix ans, le nombre d’enfants juifs quittant l’école publique pour des écoles juives ne cesse d’augmenter. Ils sont 30.000 aujourd’hui - sur une communauté globale estimée à 600.000 juifs – repliés derrière les murs protégés de ces établissements. Chaque jour, des responsables communautaires reçoivent des demandes de juifs qui veulent déménager - comme cette jeune femme de Villejuif, victime d’insultes et de menaces, qui veut changer de domicile pour aller  habiter à Vincennes -  ou changer leur enfant d’école  - comme cette élève inscrite en terminale  dans un lycée de Pantin qui veut aller dans un lycée des Lilas ou elle réside. Beaucoup de jeunes cachent leur étoile de David dans les transports en communs. Les parents sont inquiets. Certains envisagent de partir. D’autres dressent un état des lieux moins sombre, et veulent garder espoir. Pendant ce temps, dans les banlieues parisiennes, des communautés entières ont déserté les territoires les plus exposés.

communauté

C’est presque tout le département de la Seine-Saint-Denis qui s’est vidé peu à peu de ses juifs. Un département qui, avec l’arrivée des Juifs d’Afrique du Nord, a pourtant été pendant près de quarante ans le pôle central du judaïsme français, ou 10.000 à 15.000 familles s’y étaient installées à partir de 1962. Chaque commune du 93 comptait alors au moins une synagogue ou un oratoire. Ce dynamisme communautaire a laissé place à un déclin inquiétant. A Villepinte,jadis communauté prospère et dynamique ou vivaient plus de 200 familles, on ne compte plus aujourd’hui qu’une petite quarantaine de foyers juifs. Le Blanc-Mesnil a également subi un exode massif : de 500 familles environ au début des années 2000, il ne reste aujourd’hui qu’une centaine.  Bien que Le Blanc-Mesnil n’ait jamais été le théâtre d’agressions antisémites, le climat d’insécurité régnant dans les communautés voisines et surtout la sympathie affichée par la mairie communiste actuelle pour la cause palestinienne découragent les membres de la communauté. A Bagnolet où l’on n’enregistre ni actes antisémites  ni violences, c’est tout de même l’inquiétude qui saisit toute la communauté. Il y a quelques mois, une habitante de confession juive a déposé plainte contre une employée de mairie pour des propos antisémites qu’elle aurait prononcée à son encontre. Selon la plaignante qui s’inquiétait de sa demande de logement social, l’employée qui la recevait le 14 mars lui aurait rétorqué : « Vous, les juifs, vous avez des sous. Allez dans une agence immobilière. Si je veux, votre dossier restera en bas de la pile. » Une enquête administrative a été diligentée par la maire communiste, Marc Everbecq. « Nous avons de bonne relation avec ce maire mais il ya autour de lui beaucoup d’associations de tendance extrémistes qui créent un mauvais climat affirme Moshé Sellam, président de la Communauté. C’est encore l’inquiétude qui a poussé à l’exode les juifs de La Courneuve qui comptait 4.000 à 5000 personnes dans les années 60, et dont il ne reste aujourd’hui que 130 familles.

banlieue

A cet antisémitisme réel dans les banlieues est venu s’ajouter la propagande palestinienne relayée par des mairies communistes. « C’est là,  qu’on a commencé à parler d’un antisémitisme des banlieues, martèle avec conviction  Sammy Ghozlan, responsable du Bureau national de Vigilance contre l’Antisémitisme (BNVA). Vous savez  la Seine-Saint-Denis, bastion communiste,  affiche sans complexe son soutien aux Palestiniens. On le retrouve partout. La mairie de Stains s’est illustrée en faisant de Marouane Barghouti, un « citoyen d’honneur » de la commune. Le maire de Saint-Denis a organisé une manifestation contre les « crimes israéliens » durant l’opération « Plomb durci » à Gaza. Bagnolet, Saint-Denis et Gennevilliers (94) ont versé de l’argent pour payer le bateau qui devait apporter son soutien à la population de Gaza, gouvernée par le Hamas. Beaucoup de  manifestations pro-palestiniennes à Paris, et notamment celle du 18 novembre, sont soutenues par le Parti Communiste. Est-ce un hasard si, quelques jours plus tard, le centre communautaire Ohr Menahem y subissait des jets de cocktails Molotov ? ».

S’ils ne choisissent pas de partir en Israël – chiffre stable à 2000 juifs par an mais, selon Ariel Kandel, directeur de l’agence juive « un  intérêt de plus en plus croissant chez les jeunes pour faire leur Alya » -  les juifs émigrent alors vers d’autres départements plus sereins. Les plus aisés déménagent dans  l’Ouest parisien (92) – Neuilly-sur-Seine, Boulogne, et  Levallois ou les « Juifs sont heureux comme un Juif… à Levallois » dit avec humour le rabbin Chalom Lellouche -  tandis que les familles modestes s’orientent vers des communes du 93,  « plus souriantes, plus accueillantes et sans problèmes » -  comme Les Lilas, Le Raincy, Le Pré Saint-Gervais, Villemomble, Gagny ou Le Raincy. D’autres émigrent dans les Yvelines (78) : La Celles-Saint-Cloud, Le Vésinet, Maisons-Laffitte ou Versailles - dont le président de la Communauté est Samuel Sandler qui a perdu son fils Jonathan, 30 ans, et ses deux petits-enfants Arieh, 5 ans, et Gabriel, 4 ans, dans la folle tuerie de Mohamed Mérah, à Toulouse, le 19 mars.  A l’exception cependant  de Trappes, l’une des plus anciennes communautés juives de France ou il ne reste plus que quelques représentants des 80 familles qui y résidaient il y a dix ans. Ce sont les communes voisines, Maurepas (300 familles) et Montigny (100) qui se sont partagées  les familles ayant déserté Trappes. « Toutes ces communautés vivent en bonne harmonie et ont de bonnes relations avec leur mairie respective, majoritairement UMP » commente Richard Benchetrit, Président du Conseil des Communautés des Yvelines. « Les juifs se trouvent dans une situation paradoxale analyse Ariel Goldmann, porte-parole du Service de Protection de la Communauté Juive (SPCJ). D’un côté, des communes accueillantes ou ils peuvent vivre un judaïsme florissant et épanoui, et de l’autre, des communes ou ils  vivent dans l’inquiétude et le malaise permanent qui les poussent à partir ».

Ariel Goldmann

Ariel Goldmann

Une situation qu’on retrouve dans  le Val-de-Marne (94) ou   cohabitent trois types de communauté : celles qui se développent, celles qui se dépeuplent et celles qui résistent. Créteil, la plus importante de l’Ile de France   - 23.000 membres, 20% de la population -  fait partie des communautés à fort développement.  Ville plurielle – Africains, Noirs, une  prépondérante communauté  musulmane avec la plus grande mosquée d’Europe – Créteil ne compte pas moins de dix synagogues. Par sa diversité, son nombre important de lieux de prières, de restaurants cashers,  de commerçants juifs et surtout par la présence du réseau d’écoles Ozar Hatorah qui fédère un milliers d’enfants, Créteil est « petit Consistoire » à elle seule ! Alors, Créteil, le meilleur des mondes ? Hélas, non !  « La situation actuelle est malheureusement préoccupante affirme Albert Elharrar, président de cette communauté depuis 2009. C’est l’antisionisme qui donne libre cours à l’antisémitisme ». Le 31 décembre 2011, une classe de l’école Ozar Hatorah a été détruite par un incendie criminel. La veille, une synagogue était caillassée. « Ces faits sont survenus après quinze mois de haine et d’agressions quotidiennes contre la communauté juive ajoute-t-il. Aujourd’hui, et depuis la rentrée, des policiers assurent la sécurité des élèves par leur présence quotidienne aux horaires d’entrée et de sortie de l’école ».Peur ? «  Non, franchement on n’a pas peur, la cohabitation malgré tout est fraternelle, au point que des familles reviennent à Créteil après une alyah de quelques années ». Autres communautés qui se développent : Charenton, La Varenne, Saint-Mandé, ou Vincennes. « Ces dix dernières années nous avons enregistré un afflux important de Juifs venant de toute l’Ile de France pour le « bon vivre » confie David Tibi président du Conseil des communautés du Val-de-Marne. Saint-Mandé, par exemple, avec cinq oratoires connaît, ces derniers temps, un développement faramineux. » 

A l’opposé, Vitry-sur-Seine, jadis prospère, se dépeuple.  Deux chiffres : 800 familles il y a dix ans, 450 aujourd’hui ! « L’environnement n’est pas terrible explique David Rouah, président de la communauté, et victime d’une agression par des jeunes. « Nous avons déposé plainte. Le maire n’a pas réagi.  Nous sommes dans une période tendue. Avant nous avions des maires communistes, mais qui étaient ouverts. Cette fois, nous avons les plus extrémistes et les plus antisionistes. Vitry est une banlieue rouge. Quand le maire communiste organise, lors de la mort d’Arafat, une cérémonie imposant à tout le personnel d’être présent, et qui transforme le hall de l’hôtel de ville en chambre funéraire, on a déjà compris : la mairie est communiste. Quand Marwan Barghouti devient citoyen d’honneur de la ville en juin 2011, on a une idée de la tendance de la Mairie. Enfin, plutôt que de partir, il existe des communautés qui, malgré quelques difficultés avec la communauté musulmane, et encouragées par le dynamisme et à l’optimisme de leurs dirigeants refusent de quitter leur ville, Comme à Kremlin-Bicêtre ou Albert Myara, président de la communauté est la personnalité emblématique de cette position. « Nous devons résistés et ne pas partir dit-il. Dans le quotidien des Juifs de France, les choses se passent plutôt bien en général ».

Un supermarché casher attaqué

             Et Sarcelles aujourd’hui,  après l’arrestation des 12 personnes impliquées dans l’attaque du supermarché casher Naouri, le 19 septembre ? Sarcelles a peur. Certes rassuré, mais le malaise est encore palpable.   « Maintenant, on essaie de ne plus mettre la Kippa affirme Jérémie, 20 ans, étudiant en médecine. 0n essaie de rester vigilants. On  regarde  de tous les côtés ».Il ajoute fataliste : »Mais bon, on quittera la France si on ne se sent plus en sécurité ». Nathalie, élégante mère de deux enfants : « C’est vrai,  nous constituons une cible facile. Mais nous  n’allons pas arrêter de vivre ». Elle prévient  cependant : « Si  les garçons sortent de la synagogue pendant les fêtes, ce sera sans Kippa. On fera attention ! ».  Fataliste, Thierry, étudiant comme Jérémie, confirme : « Que  voulez-vous qu’on fasse ? C’est toujours la communauté juive qui est visée, donc on n’a pas le choix. Il y a et il y aura toujours des tensions et des actes antisémites. » Véritable laboratoire sociologique surnommée  la  « petite Jérusalem » Sarcelles (95) est  en permanence sous les feux des projecteurs. Dés qu’un incident surgit, toutes les autorités concernées interviennent. C’est le cas, le 8 juin, lorsqu’un un jeune homme de 18 ans a été agressé, rue Albert Camus par trois hommes qui l’ont frappé et lui ont volé son portable, tout en proférant des insultes à caractère antisémite. Une demi-heure plus tard, ils sont interpellés par les policiers, placés en garde en vue et déférés au tribunal. Que demander de plus à la police ? Eh bien, non ! Cette agression ayant suscité une vive émotion dans la communauté, le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, s’est rendu à la grande synagogue, le lendemain, samedi matin à 10 heures 30, pour les assurer de sa« détermination à ne tolérer ni agression ni injure » antisémite. Sa visite est presque passée inaperçue. Arrivé incognito à la synagogue, il est venu « sans journalistes, ni caméra, discrètement, le jour ou nous nous retrouvons pour l’office, et cela nous a beaucoup touché. Et rassuré ».commente Richard Halimi, président de la communauté. Ce n’est pas tout : Manuel Valls n’a pas hésité à revenir une seconde fois à Sarcelles, le 19 septembre, lors de l’attentat contre le supermarché Naouri. Deux fois à Sarcelles en trois mois ! Difficile de faire mieux pour un ministre !

Avant  l’affaire Mérah, les 80 communautés que comptent Sarcelles  - 65.000 habitants dont 15 000 à 18 000 juifs arrivés de Tunisie, du Maroc et d’Algérie dans les années 70 - vivaient en harmonie. « Je n’ai jamais connu de situation tendue avec aucun des trois derniers maires qui se sont succédés, Henri Canacos (PCF), Raymond Lamontagne (RPR) et aujourd’hui François Pupponi (PS). Chacun de ces maires avait trois ou quatre conseillers juifs et aujourd’hui, ils sont même cinq» précise Richard Halimi. Depuis quelques mois pourtant,  des agressions antisémites ont été enregistrées. « Pas gravess’empresse-il  de préciser. Mais ce qui est nouveau c’est que  certains verrous ont sauté. Avant, on se retenait de dire « sale juif ». Cette retenue a sauté. C’est un signe du durcissement de l’islam radical ».

L’arrestation du « commando » de Sarcelles du 19 septembre, a mis en évidence de nouveaux antisémites : les français convertis à l’islam radical. Nés en France donc Français, ils ont grandi dans nos banlieues et sont animés d’un fort sentiment antijuif nourri d’une haine nue pour Israël. Ils n’ont plus de faux-passeports, se fondent sans problème dans la vie quotidienne des banlieusards, et  peuvent improviser une agression  comme d’autres braquent  soudainement un bureau de tabac. Ils ont surtout de l’argent. Jérémie Louis-Sidney, converti,  possédait lors de son arrestation chez lui,  27.000 euros en liquide, et Mohammed Mérah  a pu acheter 20.000 euros d’armes. « Le terreau est large et diffus, beaucoup plus que s’il s’agissait de suivre l’ultra-droite », reconnait Manuel Valls qui appelle ces nouveaux convertis les « ennemis de l’intérieur ». Leur antisémitisme ne serait plus lié « à des évènements qui se dérouleraient ailleurs dans le monde, à travers le conflit israélo-palestinien » ajoute-t-il. On n’hésite plus aujourd’hui à insulter, à frapper un citoyen parce qu’il est juif au nom même de son appartenance » mettant en cause de jeunes musulmans. Un nouveau front vient de s’ouvrir qui nous fait mieux comprendre aujourd’hui,  pourquoi l’antisémitisme dans les banlieues estrevenu à la « une » de l’actualité….

Par Alain Chouffan

déjà publié par l Arche de Janvier 2013

 

Dix ans après,

la situation dans les banlieues a-t-elle changé ?

En dix ans, on ne peut pas dire que les choses se soient véritablement amélioré sur le fond. A la sortie de l'ouvrage en 2002, nous avons du subir les foudres de la presse bien pensante qui était dans le déni sur la question de l'antisémitisme produit dans les banlieues françaises par les enfants issus de l'immigration nord-africaine. Heureusement, les pouvoirs publics de l'époque ont vite pris conscience de la réalité et ont su réagir : les ministres de l'éducation M, Ferry et Darcos ainsi que le président Jacques Chirac ont pris des mesures et ont eu des paroles fortes sans ambiguïté. Les faits sont rapidement venus confirmer notre constat d'un antisémitisme décomplexé et ultra-violent dans certaines franges de la jeunesse française issue de l'immigration récente : l'assassinat d'Ilan Halimi, les délires antisémites de Dieudonné, et plus récemment les crimes de M. Mérah. Tout cela a obligé les médias à regarder en face ce qu'ils considéraient comme paradoxal : on peut être victime de racisme et être soi-même un raciste violent qui passe à l'acte, parfois de façon barbare. Les excuses socio-économiques ont également fait long feu : tous les chômeurs issus de l'immigration (ou non) ne décident pas d'abattre des enfants juifs devant leur école pour se venger de leur difficultés sociales ! Le développement du salafisme et de l'intégrisme islamique dans les banlieues a de fait accentué les dérives racistes, sexistes et antisémites.

Les élèves juifs sont-ils nombreux à quitter les écoles publiques ?

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Dans les écoles publiques, surtout celles des quartiers sensibles, il n'y a plus aucun élève juif scolarisé ; c'est une question de sécurité physique et psychologique qui oblige les parents - pour la plupart laïques dans leur pratique de la culture juive – à scolariser leurs enfants dans des écoles juives. Mais dans les médias, on préfère parler de« repli communautaire juif » alors que c'est une simple mesure de sécurité quand les pouvoirs publics ne peuvent plus garantir la sécurité des enfants. Il est inévitable que les français juifs se mettent à l'abri quand le danger menace, cela n'a rien à voir avec le repli communautaire que l'on note dans certains quartiers de banlieue au sein des populations musulmanes, qui veulent vivre à côté de la République, en marge des valeurs humanistes occidentales dans lesquelles ils ne se reconnaissent pas.

Cette situation conduit donc les communautés

à se replier sur elle-même ?

Ce qui est vraiment inquiétant c'est le refus du vivre ensemble républicain dans certains quartiers populaires qui a conduit à l'auto-enfermement de toutes les « communautés » présentes. A Sarcelles, par exemple un juif et un musulman ne se côtoient pas autrement que dans une sorte d'indifférence méfiante– que certains naïfs appellent « tolérance réciproque ». Les pouvoirs publics de certaines villes de banlieue ont sous-traité la paix sociale et choyé leur électorat en favorisant le communautarisme (musulman, juif, arménien, chinois, africain etc...). Aujourd'hui, certains chefs religieux font la loi dans les quartiers (par exemple dans les cantines scolaires ou les clubs sportifs) et la municipalité n'y peut plus grand chose puisqu'elle les y a incité depuis vingt ans. Dans ce contexte, les juifs ont deux choix : s'enfermer dans la bulle protectrice de la communauté ou aller vivre ailleurs, dans des villes où on peut encore exister et travailler sans être ramenés à son « identité religieuse », où on peut être tout à la fois juif, français, homme ou femme, de gauche ou de droite et côtoyer nos concitoyens.

Par Barbara Lefebvre

Professeur d'histoire-géographie.

Co-auteur des « Territoires Perdus de la République » (Editions 1001 nuits, 2002)

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Islamisation française

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