Le vote "beur": ces électeurs venus d'ailleurs que drague le PS!

Publié le 22 Août 2011

De Rue 89 journal en ligne bien pensant de gauche. Vous allez lire le discours d'un de ces électeurs musulmans. Ils ne voteront pas forcèment à gauche, pas du tout à droite, mais alors pour qui... "un lobby, une force de pression". Pourquoi pas un parti musulman ? Ainsi donc, tous ces partis de droite comme de gauche qui les caressent dans le sens de la barbe et du voile seront les "dindons de la farce". Même pas halal !

Gérard Brazon

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« Cette manière qu'a le PS de produire des Beurs sympas… »

« Je ne m'étais jamais demandé si je me définissais comme un électeur musulman jusqu'à ce que vous me posiez la question.

Comment déterminer de manière précise et réductrice ce qui fonde mon vote alors que les partis ont longtemps nié notre identité, ou alors nous ont instrumentalisés ? »

Résultat : Marwan Muhammad, né en 1978 d'un père commerçant égyptien et d'une mère sage-femme algérienne, a longtemps boudé les bureaux de vote. C'est seulement à la fin des années 2000, « sans doute pour la présidentielle de 2007 ou les municipales de 2008 » qu'il a commencé à voter.

La sociologie politique tend plutôt à considérer,à l'instar du chercheur Vincent Geisser, qu'il n'existe pas, en France, un électorat musulman homogène. Spontanément, Marwan Muhammad (que vous avez déjà pu lireen tant que riverain sur Rue89) le dirait aussi. Il juge la catégorie « mal venue dans la mesure où elle est construite ».

Pourtant, on sent qu'une mue s'opère en écoutant ce trentenaire, ingénieur financier et père de trois enfants. Ce changement-là est poreux et sans doute un peu filandreux. Pas forcément volontariste. Par exemple, l'époque où Marwan Muhammad s'abstenait est aussi celle où il se définissait à peine comme musulman. Et celle où il achevait les études qui en feront un trader à la Société générale durant cinq ans.

Voter socialiste au premier tour ? « Impossible »

Puis il s'est « recentré » sur l'islam, est devenu très pieux, même. La religion occupe aujourd'hui une place importante dans sa vie. On s'en rendait compte en lisant le blog qu'il tenait avant de rassembler son expérience sous forme d'un livre, « Foul express » (éd. Sentinelles, septembre 2009). C'est à cette époque que Marwan Muhammad s'est vraiment politisé, à cette époque aussi qu'il a démissionné :

« C'est le même Marwan qui a dit “Je quitte ce job, ce jeu à sommes nulles qui me laisse si mal à l'aise par rapport à l'islam” et aussi “On doit être responsable de ses actes, et aussi de celui de ne pas voter. Donc moi je prends la décision de voter, d'exprimer mon accord ou mon désaccord avec certaines questions de société”. »

Aujourd'hui, celui qui renâcle à se définir comme « électeur musulman » cite pourtant, comme premiers critères de choix la Palestine ou « le respect des identités complexes ». Le premier l'a fait voter Bové, le second l'a toujours empêché de voter socialiste au premier tour – « un vote impossible, c'est clair et net ».

Cœur de cible du PS

Le creuset de son enfance française n'était pourtant pas sans lien avec des dates qui jalonnent l'histoire du Parti socialiste : Marwan a 5 ans lors de la« Marche des Beurs » en 1983, 6 l'année suivante à la création de SOS Racisme. A l'époque, sa famille vit à Barbès, dans le XVIIIe arrondissement de Paris, pour s'installer bientôt à Gennevilliers, quartier populaire des Hauts-de-Seine.

Son père ne vote pas parce qu'il n'est pas Français mais pas dépolitisé pour autant, imprégné du non-alignement dans le sillage de Nasser ; sa mère marquée par la guerre d'Algérie durant laquelle elle fabriquait la poudre pour les Moudjahidins. Marwan est « cœur de cible » du PS qui tente de fédérer dans les quartiers populaires éclairés.

« Le racisme de gauche est diffus »

Pourtant, lui – qui choisit la finance après un échec en médecine « pour la simple raison que ce serait le secteur professionnel le moins discriminant pour quelqu'un de fort en maths » – en a justement nourri une amertume un peu féroce pour le PS. C'est cette amertume-là qui l'a tenu longtemps éloigné des bureaux de vote, même s'il confie plutôt une sensibilité de gauche :

« Le racisme de droite ; il est identifiable et il a de gros sabots. Le racisme de gauche est plus diffus et il se positionne sur des thèmes progressistes qu'on n'a pas envie de démolir a priori. »

« Sarkozy reste celui qui aura mis Dati et Amara au pouvoir »

Aujourd'hui, l'ex-trader qui travaille toujours place de la Bourse estime qu'il ne pourrait pas voter socialiste. En tout cas pas au premier tour, même si un vote « raisonnable » au second a fait son chemin dans son esprit :

« Elle est insupportable, cette manière que le PS a de produire des Beurs sympas. »

Est-il plus impliqué aujourd'hui dans le jeu électoral parce qu'il se sentirait davantage discriminé ? « Peut-être », même si Marwan souligne aussi que « pour de nombreux musulmans, Nicolas Sarkozy reste aussi celui qui aura mis Rachida Dati, Fadela Amara au pouvoir ».

« Je rejette en bloc toute discrimination positive »

Il pointe surtout une évolution plus générale, qui va au-delà des clivages entre les partis, « de moins en moins opérants du point de vue du débat d'idées », « aussi artificiels que les frontières tracées à la règle entre deux Etats » :

« Difficile de citer une différence entre l'UMP et le PS. Dans la forme, dans le discours, oui ça change parce que l'islamophobie ne se construit pas sur les mêmes thèmes. Mais dans les effets que ça produit, c'est bonnet blanc et blanc bonnet. Parce qu'il n'y a pas de respect inconditionnel de la complexité des individus. Au PS comme à l'UMP c'est : “Je te respecte mais”… et avec un degré d'islamité qu'il ne faut pas franchir : la barbe, le foulard…

Il y a eu une requalification du bon racisme anti-Arabes et anti-Noirs en un racisme antireligieux qui va se faire sur le thème de l'idéal républicain, de la laïcité. De la même façon, les incitations positives elles aussi ont été recomposées.

C'est-à-dire qu'on ne dit plus : “Venez, on va vous donner du travail.” On dit : “Vous aspirez à participer à la grandeur de ce pays, on ne va pas vous donner du travail sur les chaînes de Renault ou Peugeot. Tu peux devenir député, trader ou humoriste reconnu.”

Mais moi je n'ai pas besoin que tu viennes m'aider. J'ai juste besoin que tu ne me mettes pas des bâtons dans les roues quand j'essaye de construire mon projet. En disant cela, je rejette en bloc tout ce qui est discrimination positive. »

« L'incapacité post-coloniale » des partis

Marwan aura bientôt 33 ans, il est aujourd'hui très impliqué au plan associatif. Il votera l'an prochain a priori, même s'il ignore encore pour qui. Autour de lui, beaucoup hésitent encore à se déplacer. Il avance une explication qui, là encore, revient à l'islam et à « l'incapacité post-coloniale » des partis d'embrasser ce nouvel électorat grandi en France, actif et tellement inséré qu'il en devient insultant de le préciser :

« Je n'entends personne dire : “Voilà, nous on est pour une liberté, et une liberté que chaque individu choisit.” Tout le monde a l'air de dire : “Tu vas être libre selon mon idée de la liberté, être une femme libre selon mon idée de la féminité.” Je n'ai pas entendu quelqu'un de très convaincant sur le sujet. »

Dans la finance, « un métier aveugle aux couleurs », il a croisé le chemin de nombreux cadres supérieurs musulmans. Marwan estime que la plupart restent sourds au discours des partis.

« Voilà qu'une génération de musulmans arrive en âge de voter »

L'ex-trader distingue toutefois une énergie nouvelle qui traverse ce désert politique. Il affirme que de plus en plus de musulmans commencent à envisager de s'investir. Pas tant du côté des partis, mais plutôt sous forme de groupes d'intérêt structurés :

« On ne voulait pas d'électorat musulman et voilà qu'une génération de musulmans arrive en âge de voter. Imaginez qu'on construise un lobby, une force de pression sur des entreprises ou des hommes politiques au niveau local, qui se structure autour de certaines questions de société.

Pour l'instant, ce n'est pas un groupe politique cohérent, mais j'observe autour de moi une volonté qui progresse. Pour qu'on soit obligé de dealer avec ces électeurs-là sur certaines questions. De plus en plus, on se dit : "Pourquoi pas?"»

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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L'En SAIGNANT 22/08/2011 17:08



C'est évident que ça viendra ... ! Mais qui aura le courage parmi nos dirigeants démographiquement rescapés ( pour combien de temps encore .?) de déclarer constitutionnellement irrecevables des
candidatures confessionnellement avouées dans l'intitulé comme dans les déclarations de foi .?



Claude Germain V 22/08/2011 15:31



" ILS " risquent de nous preparer un futur beau parti politique tout a fait dans le style des "freres musulmans" .On n'a pas fini de rigoler ........................jaune .