Les africains sont aussi responsables de la traite négrière par Emmanuel Dongala

Publié le 9 Septembre 2011

Un extrait d'un article lu sur: Slate-Afrique. Les Historiens et intellectuels africains refusent que l'on mette en cause la part de responsabilité des africains dans la traite négrière. Pour eux c'est "une légende" qui cherche à diminuer la responsabilité des occidentaux dans cette traite.

Pourtant, nous savons la part qu'ont prise les africains eux-mêmes dans la vente des esclaves aux blancs négriers. Ce ne sont pas les blancs qui s'enfoncaient en territoires africains pour rechercher et capturer des africains. Mais alors pourquoi refuser cette évidence? Sûrement parce qu'intellectuellement, tout comme en France, cela remettrait en cause les positions de tous ces hommes qui vivent si bien de la culpabilité des occidentaux et singulièrement des français. Remettre en cause la responsabilité si ce n'est que partielle des français, ne ferait pas le jeu de ceux qui en vivent très bien à commencer par les socialistes toujours prompts à battre la coulpe. On notera également qu'il n'est pas fait allusion dans cet article à la traite négrière des arabo-musulmans. Comme si 14 siècles d'esclavage de leur part y compris encore aujourd'hui comptaient moins que les 4 siècles de traite des négriers occidentaux. Cela reste un mystère.

Gérard Brazon

Lire aussi: Des voix africaines s'élèvent dans le monde

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Les intellectuels afro-américains unanimes

Cette attitude se trouve être à l’opposé des intellectuels noirs d’outre-Atlantique, descendants et héritiers de ces Africains victimes d’un voyage sans retour. Pour eux la question ne se pose pas; les Africains du continent portent une part de responsabilité dans la déportation de leurs ancêtres.

C’est ce qui ressort à la lecture du livre magistral de l’historienne africaine-américaine Saidiya Hartman, professeure à Columbia University, Lose your Mother: A Journey Along the Atlantic Slave Route, aboutissement de longues recherches faites au Ghana où elle a parcouru les anciennes routes empruntées par les caravanes d’esclaves de l’hinterland à la côte atlantique.

Plus encore, dans un article intitulé «Ending the Slavery Blame-game» («En finir avec le jeu du à qui la faute au sujet de l’esclavage») publié dans le New York Times du 22 avril 2010, le professeur Henry Louis Gates, Jr. de l’université de Harvard bouscule sérieusement la position sur laquelle s’arc-boutent la plupart des historiens africains. A partir des documents d’archives et des résultats de recherche dont il rend compte, il conclut sans détours que «la triste vérité, c’est que la conquête, la capture des Africains et leur vente aux Européens furent pendant longtemps une des principales sources de devises de plusieurs royaumes africains.»

S’appuyant sur l’énorme base de données concernant la traite transatlantique, Trans-Atlantic Slave Trade Database, dirigée par David Eltis de l’Emory University ainsi que sur des études menées par d’autres historiens comme John Thornton qui a beaucoup publié sur le Royaume du Kongo et Linda Heywood de Boston University, il souligne que «l’esclavage était un business, très bien organisé et lucratif autant pour les acheteurs européens que pour les vendeurs africains».

La Transatlantic Slave Trade Database contient des données sur plus de 12,5 millions de personnes transportées vers le nouveau monde de 1514 à 1866 et sur les ports d’où elles partirent. Cette base permet aussi d’établir qu’environ 16% des esclaves des Etats-Unis venaient du Nigeria et 24% du Congo et de l’Angola. On y apprend aussi que la plupart des esclaves venait d’une cinquantaine de groupes ethniques seulement, parmi lesquels les Akans du royaume d’Asante (actuel Ghana), les Fons du Dahomey (Bénin) les Mbundu de Ndongo dans l’actuel Angola et les Kongos (des deux Congo).

La question qui se pose alors est celle-ci: les Africains pourvoyeurs d’esclaves étaient-ils au courant des cruautés pratiquées dans le «Nouveau Monde»? La réponse du professeur Gates est un oui sans équivoque. Pour étayer son argumentation, il rappelle le parcours d’Antonio Manuel, l’ambassadeur du Kongo au Vatican qui, en route vers l’Europe en 1604, s’arrêta d’abord à Bahia au Brésil pour libérer un compatriote asservi par erreur. Il rappelle aussi qu’il y eut des milliers d’anciens esclaves qui revinrent en Afrique pour s’installer au Liberia et en Sierra Leone.

«Dans ces conditions, il est difficile de prétendre que les Africains n’étaient pas au courant et étaient innocents», conclut-il.

Il est certain que pour les Africains, faire reconnaître comme crime contre l’humanité la traite négrière orchestrée par l’Occident a constitué un enjeu idéologique, politique et symbolique important. Il est utile de rappeler une fois de pus que les Africains ne sont pas à l’origine de la traite négrière. Cependant, cela ne doit pas aboutir à faire l’impasse sur la complexité du phénomène. L’histoire nous apprend que pour que des systèmes d’oppression perdurent, il faut une part de coopération ou de collaboration d’un certain nombre d’acteurs sociaux des peuples qui subissent l’oppression.

Pourquoi n’en aurait-il pas été ainsi pour les Africains de l’époque? Le reconnaître ne retranche rien des crimes commis par l’Occident. En outre, cela permet de relancer un dialogue trop souvent évité, à cause de ce honteux commerce, entre les Africains d’Afrique et leurs descendants dispersés dans le vaste bassin de l’Atlantique.

Emmanuel Dongala est écrivain et professeur. Son dernier roman, Photo de groupe au bord du fleuve (Actes Sud, 2010) vient d’obtenir le Prix Kourouma 2011.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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Epicure 10/09/2011 22:22



Les Chinois? En effet, aucun état d'âme!Mais ça fera du bien aux Africains de s'apercevoir de cela!



Epicure 10/09/2011 07:27



Les Chinois en Afrique s'accaparant tout et le reste à Nos dépends et ceux des Africains Une Nouvelle fois Complices...Enfin, les Roitelets...comme d'habitude!



Gérard Brazon 10/09/2011 19:50



"à nos dépends"! Nous avons payé très cher et nous payyons encore aujourd'hui ! Sans doute que c'est aux Chiois de se rendre compte ainsi qu'aux Africains de la réalité d'une
"occupation-colonisation-aide- et j'en passe! Mais je pense que les Chinois auront moins d'état d'âme que nous!



mitraillette 10/09/2011 07:21



Gérard Brazon a raison, la traite négrière est d'abord le fait des Africains eux-même, c'est une réalité historique, c'est incontestable.


Quant aux commentaires de Francis Claude, ils sont frappés de bon sens, et il a raison de faire le constat que les Chinois sont en train de s'approprier l'Afrique, c'est la stricte vérité.



Francis CLAUDE 10/09/2011 07:11



cette afaire d'esclavage te de culpabillisations des blancs n'est du qu'a la faute des blancs je ne parle que de ce que je pense connaitre un peu c'est a dire des relations entre les blancs et
les noirs, ayant passé plus de 40 ans de ma vie entre maghreb et afrique noire les 30 derniéres années plus en afrique noire. Je puis voous certifié que depuis 1982, l'affaire de l'esclavage est
ressortie des cartons poussiéreux ou elle été plus ou moins en sommeil depuis les indépendances, sauf remué par certains gochos pour faire du faux cultisme et du paternalisme de mauvais
alois.Mais a partir de 82 la,les socialos ont en force repris ce flambeau et nous avons assisté a des bassesses sans nom de la part des gens des affires étrangéres des coopérants et de tout ce
qui vennait de l'administration Française, et hélas le plis etant pris cela a continué sous Chirac et Sarkosy , la repentance les excuses la recconaissance et tout leur cortége de conneries qui
nous a fait passé, nous européens de gens respectés et leurs aopportant notre savoir et notre civilisation(avec son bon et son mauvais)a des leches babouches faux culs et servilles tout cela pour
gardé notre "pres carré" parrait-il c'est bien mal connaitre les africains qui n'ont tiré de cette sitution que l'espoir de trouver une manae financiéres qui leur tonbera du ciel...alors question
comment allons nous renumerrer (car si les socialos repassent c'est sur que cela ce fera pour les autres qui d'ailleurs? je ne me prononce pas) moi avec des amis Africains de trés haut niveau
lors d'un diner la conversation etant sur le sujet je leur ai proposé sans rire du tout un dédomagement au kilo ça vaut ce que ça vaut ... et peut etre ne le croirez vous pas mais
l'idée fut acceuillie favorablement...bon maintenant cette méme afrique étant aux mains des chinois il faudra revoir les paramétres!!!!



Epicure 09/09/2011 16:11



Avez vous jeté un coup d'oeil sur les Nouveaux Livres des Lycées où cette Traite est...triatée?


Il serait drôlme que les Négationnistes deviennent des gens de Gauuche...? Mais au fond, ils l'ont bien été pendant plus de 80ans avec le Communisme Stalinien, pourquoi ne le seraient-ils plus à
propos d'autres cas?