Les canons pour défendre les intérêts français...

Publié le 16 Octobre 2012

D'aucuns pensaient, un peu naïvement, que le départ de Nicolas Sarkozy et le retour de la gauche socialiste aux affaires signifieraient la fin de l'alignement de la France sur les Etats-Unis en matière de politique étrangère – ou, du moins, la fin de cette politique belliqueuse dont nous avons été témoins en Côte d'Ivoire, puis en Libye, et dont nous sommes témoins aujourd'hui en Syrie.

Mais, voilà, une fois au pouvoir, les socialistes ont vite renoué avec les démons interventionnistes, au nom de la France des droits de l'homme – d'une France devant tenir son rang au Proche-Orient et en Afrique, particulièrement au Sahel, et ce au nom d'une conception de l'humanisme puisant ses fondements dans les théories des saint-simoniens, revisitées et réactualisées.

En résumé, ces derniers croyaient dur comme fer que les populations non européennes (arabes, africaines et asiatiques) ne pouvaient accéder aux bienfaits de la “civilisation” – développement de l'instruction, routes, industrialisation – que si les Européens venaient à bout des résistances locales. Plus d'un siècle plus tard, cette vision semble encore à l'œuvre dans la politique étrangère de la France socialiste : apporter la démocratie et le développement à coups de canon ! La menace que font peser les islamistes sur les pays du Sahel depuis qu'ils ont transformé le nord du Mali en sanctuaire – une sorte de “Malistan” – est la raison avancée par la France pour intervenir au Mali par procuration, via la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao).

Les canons pour défendre les intérêts français

Mais, derrière cette menace, ce sont surtout les intérêts français qui sont en jeu. Le Sahel, dont le sous-sol regorge de richesses énergétiques, est convoité par de nombreuses puissances. Areva, multinationale française qui exploite les gisements d'uranium au Niger, est le premier producteur mondial de cette ressource. Américains et Britanniques sont à l'affût. Leurs entreprises sont déjà sur place. En outre, Washington, via son projet Africom (sorte d'Otan africaine), semble avoir une longueur d'avance. En embuscade, la Chine, de plus en plus présente en Afrique, et le Qatar, qui, de l'avis même des Français, finance les islamistes au Sahel !

François Hollande, qui a demandé au Conseil de sécurité de l'ONU d'adopter une résolution autorisant une intervention militaire au Mali, fait mine d'ignorer que c'est le Quai d'Orsay qui a encouragé, selon Le Nouvel Observateur, les indépendantistes touaregs de l'Azawad à proclamer l'indépendance du nord du Mali, ouvrant la route aux djihadistes. De même, il fait mine d'ignorer la responsabilité occidentale dans le pillage des arsenaux libyens par les djihadistes, après la chute de Kadhafi. En effet, dans son aveuglement à vouloir se débarrasser d'un dictateur encombrant – Kadhafi était pourtant leur allié –, l'Occident capitaliste, malgré les avertissements de ses services de renseignements, n'a même pas cherché à mesurer les conséquences de sa politique interventionniste.

Relations troubles avec le Qatar

Et il en est de même pour la Syrie, qui a le tort de se trouver sur le chemin de l'Iran, le véritable objectif politico-militaire de Washington et de ses alliés. “Détruisons la Syrie (...) ; quant au sort des minorités syriennes (chrétienne, arménienne, alaouite, chiite et druze), on verra après”, clament les faucons occidentaux ! Pourtant, il existe une solution pour éviter la tragédie qui s'annonce. Elle n'est pas militaire mais politique. C'est celle que préconise Lakhdar Brahimi [médiateur international pour la Syrie], que Paris et certains groupes d'opposants syriens – Armée syrienne libre (ASL) et Conseil national syrien (CNS), tous deux soutenus par le Qatar et l'Arabie Saoudite – sont en passe de torpiller, à savoir un compromis entre les protagonistes syriens, sans Bachar bien sûr, lequel doit impérativement partir car le régime répressif et brutal qu'il incarne est sans issue.

Quant au Qatar, voilà un pays sans passé historique, pure création du colonialisme britannique – l'Arabie Saoudite a longtemps revendiqué ce territoire  – qui joue dans la cour des grands avec l'aval de Washington. On le sait : en Syrie, le Qatar veut un pouvoir sunnite dur, islamiste et, surtout, anti-iranien ! Mais, au Sahel, que cherche le petit Qatar ? A quoi joue-t-il ? A faire le bonheur des Maliens ? Mais alors pourquoi n'a-t-il rien investi dans ce pays quand on sait que l'argent qatari dépensé au PSG et ailleurs aurait évité aux Maliens la dramatique situation qu'ils vivent aujourd'hui. Et qu'en pense la France, alliée du Qatar en Libye et aujourd'hui en Syrie ?

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Du côté des médias

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Marie-claire Muller 16/10/2012 16:26


Après ça Hollande et l'indépendantiste qu'il a mis à la justice vont encore nous seriner que la colonisation c'est haram!!!