Les chrétiens de Bagdad, entre l’exil et l’espoir

Publié le 31 Octobre 2011


Des enfants dans la cour de l’école paroissiale de la Tente-de-la-Vierge à Bagdad. Aujourd’hui, 7...
Des enfants dans la cour de l’école paroissiale de la Tente-de-la-Vierge à Bagdad. Aujourd’hui, 7...

(François d'Alançon)

Des enfants dans la cour de l’école paroissiale de la Tente-de-la-Vierge à Bagdad. Aujourd’hui, 75 % des enfants y sont musulmans à la suite du départ de nombreux chrétiens.

(François d'Alançon) Journal La Croix 

Des enfants dans la cour de l’école paroissiale de la Tente-de-la-Vierge à Bagdad. Aujourd’hui, 75 % des enfants y sont musulmans
à la suite du départ de nombreux chrétiens.

La dernière vague d’émigration a encore réduit le nombre des fidèles.
Ceux qui restent ne perdent pas l’espoir de contribuer à la construction du nouvel Irak.
Un an après le massacre dans la cathédrale syriaque de Bagdad, les chrétiens s’accrochent à leurs paroisses et à leurs écoles.

Église Sayidat Al-Najat (Notre-Dame-du-perpétuel-secours), la cathédrale syriaque catholique de Bagdad. Dans la rue interdite à la circulation, un véhicule blindé, des blocs de béton et des rouleaux de barbelés. Deux policiers en treillis montent la garde devant le portail métallique, surplombé des portraits de Wassim, 27 ans, et Taher, 32 ans, les deux prêtres martyrs massacrés le 31 octobre 2010 par un commando terroriste, avec 44 autres fidèles. 

 

Dans l’édifice entièrement vide, les travaux de rénovation, financés par le gouvernement, traînent en longueur. Les murs blancs criblés d’impacts portent encore les stigmates de la tragédie. « Le choc a été difficile à surmonter »,  affirme le P. Aysar, 35 ans, rappelé de Rome où il achevait une thèse de doctorat sur la doctrine sociale de l’église, pour reprendre le flambeau. « L’hémorragie s’est intensifiée. Pendant quatre mois, les familles se sont succédé dans mon bureau pour demander les certificats de baptême ou de mariage nécessaires à leur dossier d’émigration. Nous souhaitons que les familles restent, mais nous pouvons d’autant moins les y obliger que nous ne sommes pas en position de leur garantir une protection. Chacun doit choisir ce qui est pour lui la meilleure solution. »  

Insécurité et pressions

Plus encore que l’insécurité chronique qui touche l’ensemble de la population, une pression plus insidieuse mine les communautés chrétiennes. Menaces écrites ou verbales, racket au nom de l’« impôt islamique »,  diktats vestimentaires envers les femmes. Ce sont des persécutions invisibles, souvent motivées par le simple appât du gain chez des promoteurs immobiliers désireux de pousser un propriétaire chrétien à la vente. Comme si la culture hégémonique dominante au sommet de l’État, dans les institutions publiques et l’administration, avait désormais libre cours dans la société.

 « Récemment,  raconte Mgr Shlemon Warduni, évêque chaldéen, un médecin chrétien s’est vu réclamer successivement 10 millions, puis 5 millions de dinars, sous la menace que sa maison soit brûlée, et il a fini par quitter Bagdad pour le nord. »  « Que peut-on faire s’il n’y a ni gouvernement, ni loi ?  interroge le prélat. Vivre dans une société sans État de droit, c’est comme habiter une maison sans toit. L’émigration détruit notre culture, notre histoire, notre foi, nos églises et nos fidèles. C’est une maladie contagieuse et dangereuse face à laquelle nous ne pouvons rien. »  

Partir ou rester ? Un an après la « Toussaint sanglante », le dilemme taraude les familles et les couples, amplifié par le constat d’impuissance des responsables religieux. « Tout le monde se sent seul,  lâche Nada, 42 ans, directrice d’école. Le Vatican et les évêques font des déclarations, mais personne ne nous protège. Même les prêtres sont livrés à eux-mêmes. Toute ma famille vit à Chicago. Si mon mari n’avait pas un bon travail, nous serions déjà partis la rejoindre. »  

Comment vivre dans une société violente ?

 « Ma femme ne se voyait pas élever notre fille dans cet environnement,  explique Faris, un ingénieur de 41 ans, qui vend sa maison et ses meubles. Le mois prochain, nous partons à Ankara, où je déposerai ma demande d’asile auprès du Haut Commissariat aux réfugiés. Nous attendrons là-bas, dans un centre d’accueil, un an ou plus s’il le faut, mais nous ne reviendrons pas en arrière. »  

Saad, 38 ans, fait le choix inverse. « Pour une raison pratique,  dit-il. Si je pars, je perds le bénéfice de plus de douze ans de travail pour   créer mon entreprise de plomberie et me faire une clientèle.  » Pas sûr, pourtant, qu’il résiste longtemps à la pression. « Les gens pensent à l’avenir de leurs enfants et se demandent comment ils pourront grandir dans une société aussi violente, »  ajoute-t-il devant son épouse silencieuse. 

Employée dans une banque, la jeune femme a perdu son père dans le carnage de l’église syriaque et rêve de rejoindre sa mère, sa sœur et son jeune frère restés en France après leur évacuation.

La question de la création d’une « province chrétienne »

Pour échapper au piège de l’extinction, des parlementaires et partis chrétiens prônent la création d’une province à majorité chrétienne dans la plaine de Ninive, aux confins de la province de Mossoul et du Kurdistan. Des milliers de déplacés y ont déjà grossi la population de Karakosh et de quelques autres bourgades chrétiennes. 

Les leaders kurdes agitent en sous-main cette proposition afin de renforcer leur position dans la bataille pour le contrôle de territoires qu’ils disputent aux Arabes sunnites, en créant une zone tampon. L’idée rencontre un accueil mitigé de la part des autorités religieuses chrétiennes, divisées sur la question. « Les Kurdes veulent nous utiliser en nous mettant entre le marteau et l’enclume,  affirme Mgr Warduni. Nous avons besoin de protéger nos droits de citoyens partout où les chrétiens se trouvent, pas de créer un ghetto. »  

 « Au moins, là-bas, les chrétiens sont en Irak » , répond Mgr Avak Asadourian, primat du diocèse arménien d’Irak et secrétaire général du Conseil des chefs d’Églises, tout en récusant le terme de « province chrétienne » . « Ce serait résoudre un problème en en créant un autre,  souligne, de son côté, Hanaa Edwar, fondatrice d’Al-Amal, une ONG irakienne des droits de l’homme. Les Arabes sunnites de Mossoul ne l’accepteront pas.  »

Rester, mais pour quoi faire ? À Bagdad, la question anime des chrétiens décidés à jouer un rôle dans la construction du nouvel Irak aux côtés des musulmans, et pas seulement calfeutrés à l’abri de leurs églises-bunkers aux trois quarts désertes. Au cœur du quartier chiite Al-Jadida, la paroisse Mar Eliya compte aujourd’hui moins de 300 familles contre 2 500 il y a dix ans. 

Adossée à l’église, l’école paroissiale, fondée en 2005, accueille 800 enfants, dont 75 % de musulmans. « Si vous voulez vous plaindre, partez, si vous décidez de rester, vivez ! Voilà ce que je dis à mes paroissiens » , lance le père Douglas Al Bazi, 39 ans, un des dix derniers prêtres chaldéens en activité dans la capitale. « J’aimerais que l’Église ne culpabilise pas ceux qui partent et soit le meilleur avocat de ceux qui restent. En 2006, j’ai été kidnappé pendant neuf jours. Les mauvais traitements ont ruiné ma santé, mais cette expérience m’aide à partager la peine des très nombreux Irakiens qui ont subi le même sort. »  

 « Notre salut viendra de l’extérieur,  martèle le dominicain Yousif Thomas Merkis. Plus on est minoritaires, plus il faut sortir de l’enfermement et s’ouvrir au dialogue avec les autres. Les chrétiens ont toujours été en pointe dans le secteur de la santé, de l’éducation et de la culture. Leur contribution dans ces domaines reste très appréciée et nous sommes sollicités pour participer à la réforme du système éducatif. »  

Des rencontres encourageantes avec des chiites

Sous l’impulsion des dominicains de Bagdad et de plusieurs personnalités musulmanes, les échanges se multiplient entre intellectuels et religieux chrétiens et chiites. L’université de Nadjaf accueillera en avril prochain un colloque sur le dialogue entre les religions. Toujours à Nadjaf, la ville sainte chiite, Jawad Al Khoei, petit-fils du grand ayatollah Qasim Al Khoei, va créer un institut ouvert à l’enseignement des autres religions. Dans un autre registre, l’organisation Caritas soutient un programme de formation de « réconciliateurs » chrétiens et musulmans.

Reste le défi de l’influence pour une minorité en mal de représentation politique. « Nous devons avoir une voix forte dans les allées du pouvoir pour obliger le gouvernement à agir » , tranche Mgr Avak Asadourian. Encore faudrait-il s’entendre sur une vision de l’avenir. « Les chrétiens souffrent d’un déficit d’analyse politique qui remonte à l’époque de Saddam Hussein,  constate l’archevêque latin Mgr Jean Sleiman. Des questions comme le fédéralisme, les relations entre le centre et les régions méritent une sérieuse réflexion.  » 

Au printemps dernier, une rencontre a réuni pour la première fois les leaders religieux et politiques chrétiens. Un premier pas timide pour discuter, clarifier, examiner les projets et les solutions.

Une minorité mal représentée

À la Faculté des sciences politiques où il donne un cours sur les droits de l’homme, Firas, doctorant de 31 ans, se sent parfois un peu seul au milieu de ses collègues musulmans. « L’année dernière, deux étudiants chrétiens ont obtenu leur diplôme. Cette année, il n’y en aura aucun… Au Parlement, les députés chrétiens ne jouent aucun rôle. Ce dont l’Irak a besoin, c’est un gouvernement laïque. »  

Répartis au sein de plusieurs formations politiques, les députés chrétiens au Parlement sont largement ignorés de leur communauté, soupçonnés de poursuivre des intérêts personnels ou de servir de supplétifs à la représentation kurde.

Dernière halte à l’église syriaque Mar Behnam, dans le quartier Ghadir. Ghazwan Jabri, 41 ans, architecte, assure la catéchèse depuis quinze ans dans la paroisse, avec sa femme Raghad, 38 ans, directrice du jardin d’enfants. « Les évêques font ce qu’ils peuvent, mais les chrétiens ne font pas partie de l’équation. Nous sommes une minorité et nous n’avons aucun pouvoir. Moi aussi, j’ai une responsabilité envers mes deux enfants et j’ai pensé à partir. Les chrétiens ont bonne réputation dans ce pays et nous devons la maintenir. Nous devons vivre nos jours et être heureux, autant que nous le pouvons. »  

 

 

François d’Alançon  

 

Lire aussi : 

 

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Le Nazislamisme

Commenter cet article

Claude Germain V 01/11/2011 11:37



Au fait  ! QUESTION PRIMORDIALE : TOUTE LA CLASSE POLITIQUE FRANCAISE DROITE ET GAUCHE CONFONDUE n'aime pas les chretien du Moyen Orient ,au pire les haissent ,n'est ce pas
Kouchner ??? il vaut mieux aller faire le moulin a vent en bosnie devant les amis muslims ,ainsi que notre president et toute sa clique ,Attali pareil ......mais je crois avoir deviné pourquoi :
oh !!! tres simple ,c'est que des groupes importants de nos freres chretiens admis en france feraient surement balancer dans le mauvais sens  le projet d'islamisation de notre pays ,car vous
ne vous imaginez pas messieurs les bobos bien pensants que nos freres chretiens du Moyen-Orient se laisserait faire ici en France par vos musulmans envahisseurs .La balance pencherait peut etre
d'un coté qui ne vous conviendrait pas ,n'est ce pas messieurs les bobos-collabos ? .



Richa83 01/11/2011 10:04



"""


des parlementaires et partis chrétiens prônent la création d’une province à majorité chrétienne dans la plaine de
Ninive,


"""


Oui, MAIS au risque de se retrouver dans la situation d'Israel...entourré d'ennemis potentiels et....sans avoir la
puissance militaire des  hébreux!!


Dans ces conditions,c'est un sort peu enviable et très très risqué !!