Les éditeurs donne enfin la parole aux victimes de l'islamisme.

Publié le 2 Novembre 2010

             Femmes voilées ou jeunes filles mariées contre leur gré, musulmans convertis au christianisme : de nombreux éditeurs donnent la parole à des victimes de l’islamisme


Irakien, exilé en France après s'être converti au christianisme, Joseph Fadelle doit toujours se cacher (Photo : Virginia CASTRO/CIRIC).

Journal LaCroix.com

« Ce n’est pas à cause du Christ que j’ai souffert mais du fait de l’absence de liberté qu’impose la société musulmane. » Prison, tentative de meurtre, condamnation à mort prononcée par l’ayatollah Mohammed Sadr, autorité suprême chiite en Irak, et, aujourd’hui, une vie en France en liberté très surveillée : c’est le « prix à payer » pour Mohammed Moussaoui, converti au christianisme sous le nom de Joseph Fadelle et désormais installé en France, dont le témoignage paru en mars est en tête des ventes de livres religieux.

Sa publication est un beau succès pour la jeune éditrice Marjolaine de Latour, également chargée de la communication de la petite maison d’édition de L’Œuvre. « Nous avons dépassé les 25 000 exemplaires et nous partons allègrement vers les 30 000 », se réjouit-elle.

Les tribulations de Joseph Fadelle ne sont pas les seules à occuper les rayonnages des libraires. En plein débat sur la loi contre le voile intégral, le récit de « Zeina », jeune femme née dans une banlieue française, élevée dans une famille musulmane traditionnelle et à qui son mari a imposé « le hijab, puis le jilbab et enfin le niqab », a été abondamment relayé par journaux et télévisions.

«Critiques vis-à-vis de l’islamisme, non de l’islam»

La liste s’est enrichie tout récemment de deux témoignages venus de l’étranger : celui de Sabatina James, jeune Pakistanaise venue vivre en Autriche et que ses parents ont voulu marier à un cousin et inscrire dans une école coranique, menacée de mort pour s’être convertie au christianisme, et celui de Djemila Benhabib, née d’une mère chypriote grecque et d’un père algérien, qui – dans Ma vie à contre-Coran – raconte son enfance en Algérie sous la pression des islamistes et comment « les revendications du fascisme vert contaminent le Canada » où elle vit désormais.

Son livre y a connu un certain succès (8000 exemplaires vendus, et déjà 4500 en France) contribuant à alimenter le débat sur les « accommodements raisonnables » qu’a accordés le pays aux croyants des différentes religions. Celui de Sabatina James, déjà paru dans plusieurs pays dont l’Autriche, s’est vendu « à plus de 500 000 exemplaires » en Europe, assure Philippe Héraclès, le président-fondateur des Éditions du Cherche-Midi.

Manifestement, aucun des éditeurs de ces ouvrages n’a le sentiment de contribuer à cette « stigmatisation » de l’islam dont se plaignent de nombreux musulmans. « Ils sont critiques vis-à-vis de l’islamisme, non de l’islam », assure le président du Cherche-Midi. D’ailleurs, tient-il à préciser, sa maison a également tenu à « donner la parole » à l’imam de Drancy, Hassen Chalghoumi, « parce qu’il défend un islam d’ouverture et prône le rapprochement entre les religions, le respect des uns et des autres ».

«Son point de vue a d’autant plus d’autorité qu'il vient de l’intérieur»

Installé à Montréal, responsable des essais chez VLB éditeur, Robert Laliberté avoue « n’avoir pas vraiment de sympathie à l’égard des islamistes » mais beaucoup plus pour les musulmans qui font souvent office de « boucs émissaires ».

« Sur la quatrième de couverture, nous avons bien pris soin de distinguer les deux, et je crois que Djemila Benhabib le fait aussi dans son livre », estime-t-il. Qu’elle « manque de nuances quand elle brasse ses souvenirs » de la guerre civile en Algérie lui semble bien excusable, compte tenu des épreuves traversées.

Aurait-il publié un tel ouvrage s’il n’avait pas été écrit par un auteur d’origine ou de culture musulmane ? « Son point de vue a d’autant plus d’autorité du fait que cela vient de l’intérieur », reconnaît-il.

L’islam «un mur entre l’homme et le Christ»

Marjolaine de Latour n’a pas davantage d’état d’âme. « C’est vrai, nous avons demandé à Joseph Fadelle de s’en tenir uniquement aux faits dans son livre : alimenter l’esprit de revanche aurait été contre-productif et, d’ailleurs, contraire à notre religion », reconnaît cette catholique convaincue qui voit l’islam « comme un mur entre l’homme et le Christ » et pour cette raison, ne cherche pas spécialement à publier le témoignage de musulmans croyants et épanouis dans leur foi.

Chez les éditeurs non confessionnels, la motivation est différente, mais le résultat identique. « Encore faudrait-il qu’on m’en propose, parce que ce n’est pas le genre de la maison », sourit Robert Laliberté, dont la maison d’édition est plutôt identifiée « aux causes de gauche ou de centre gauche et à la défense de la laïcité. En fait, tout dépend de la qualité du manuscrit : ce ne sont pas les bonnes intentions d’un livre qui font sa qualité. »

« Si on évalue à 99,9% la part des musulmans qui souhaitent vivre leur religion de manière pacifiste, on est dans les bons chiffres, estime de son côté Philippe Héraclès, pour le Cherche-Midi. Mais pensez-vous qu’un livre leur donnant la parole se vendrait ? »

«Le témoignage passe toujours par le filtre de l’éditeur»

Auteur d’un essai sur les convertis et ancien directeur du service national pour les relations avec l’islam de la Conférence des évêques, le P. Jean-Marie Gaudeul tient tout de même à donner quelques « clés de décryptage » aux lecteurs de ces témoignages.

« Notre évolution spirituelle nous fait passer par différentes phases de mûrissement, souligne-t-il. Un converti dans les débuts peut privilégier ce qui est différent puis, les années passant, repérer des intuitions qui l’ont guidé vers le Christ, même dans l’islam. D’autre part, un témoignage passe toujours par le filtre de l’éditeur : le lecteur croit qu’il a affaire à un récit de première main. Mais la manière dont il est écrit relève d’un choix : choisit-on de raconter l’expérience de quelqu’un qui rencontre le Christ, avec ses difficultés et ses enrichissements, ou bien ce qui est haletant ? »

Quant aux témoignages donnés en public, que ce soit sous forme de conférence ou dans un groupe de prière, qui font de celui « qui a eu une expérience forte une vedette », Jean-Marie Gaudeul y voit « un risque énorme pour sa sincérité ». « Si le Seigneur s’est révélé à certains d’entre eux, affirme-t-il, ce n’est pas pour attirer la haine contre les musulmans mais pour révéler son amour pour le monde entier. »

Anne-Bénédicte HOFFNER

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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