Les Égyptiennes qui sortent manifester sont des «croisées» qui vont «nues» sur la place Tahrir...

Publié le 5 Avril 2013

Collier de barbe sur gallabeya blanche, le prédicateur Ahmed Mohammad Abdullah, alias Abu Islam, part en guerre contre les femmes.

Le Figaro.fr

Pour lui, les Égyptiennes qui sortent manifester sont des «croisées» qui vont «nues» sur la place Tahrir, non «pas pour protester, mais pour être violées». Ces paroles auraient pu être prononcées dans le huis clos d'une réunion entre salafistes ; elles sont d'autant plus pernicieuses qu'elles l'ont été sur un programme de la chaîne télévisée privée al-Ummah - dont Abu Islam est propriétaire - et rediffusées sur YouTube.

Les femmes, bêtes noires des extrémistes de sa trempe, ont déjà fait l'objet, il y a peu, de menaces particulièrement virulentes venant de Hisham el-Ashry, un autre prêcheur. Sur une chaîne de télévision baptisée Nahar, l'homme à la barbe poivre et sel a déclaré sans détour: «On m'a demandé: si j'étais au pouvoir, aurais-je laissé les femmes chrétiennes dévoilées? Et j'ai répondu: si elles veulent se faire violer dans les rues, alors elles peuvent (rester sans voile)». Avant de suggérer l'introduction d'une police des mœurs en Égypte pour «veiller à l'application de la loi islamique» et de prêcher en faveur de l'interdiction de l'alcool.

Dans la galerie des dangereux pousse-au-crime qui, profitant d'une liberté retrouvée depuis la révolution de janvier 2011 et la chute de Moubarak, sévissent aujourd'hui sur les ondes de la télévision égyptienne, la surenchère atteint des proportions démesurées. De l'appel à la destruction des pyramides jusqu'à la préconisation d'autoriser le mariage des mineurs, leurs fatwas se mêlent de tout. Y compris de politique, comme l'a montré cet édit religieux, prononcé début février par un dénommé Mahmoud Chaabane, appelant… à tuer les leaders de l'opposition, dont Mohamed ElBaradei, Hamdin Sabahi et Amr Moussa.

 

«Ces prêcheurs sont d'illustres inconnus auprès du grand public. Mais en leur donnant la parole et en diffusant leurs diatribes, les médias les ont placés sur le devant de la scène», regrette l'avocate et activiste Ragia Omran. Résultat: ces fatwas représentent aujourd'hui un réel danger, selon Ali Bakr, spécialiste des mouvances islamistes au Centre al-Ahram d'études politiques et stratégiques du Caire.

Deux poids, deux mesures

«Dans l'actuel chaos politique, économique et social, n'importe quel quidam portant barbe et longue tunique s'autodéclare expert en religion. Pourtant, on ne doit pas sous-estimer l'influence de ces fatwas sur des jeunes désœuvrés qui pourraient s'en inspirer à un moment ou un autre», observe-t-il. Et de citer l'assassinat, en Tunisie, de l'opposant Chokri Belaïd. «C'est une illustration glaçante de ce qui pourrait se produire en Égypte à la puissance dix, si les autorités ne prennent pas les mesures nécessaires pour contrôler ces prêcheurs», dit-il.

Officiellement, les Frères musulmans - dont est issu le président Mohammed Morsi - cherchent à prendre leurs distances avec ces fatwas. Publié il y a deux mois sur leur site Internet, un communiqué dénonce les «appels au meurtre» de Chaabane. Même le parti salafiste al-Nour, favorable à une application stricte de la charia, a qualifié ce décret «d'irresponsable». Ces déclarations ont fini par pousser le procureur général - connu pour être proche de la Confrérie - à convoquer le prédicateur en question pour l'interroger sur ses propos.

Depuis, l'homme jouit pourtant d'une entière liberté. «Les personnalités de sa trempe devraient être interdites d'antenne. Elles abusent de la liberté que leur donnent les Frères au pouvoir pour inciter à la violence. C'est d'autant moins acceptable que le procureur manque ostensiblement de neutralité: on peut s'étonner qu'il se contente de convoquer Chaabane tandis qu'il s'attaque plus volontiers à des personnalités laïques», s'emporte l'avocate Ragia Omran.

Exemple flagrant: le cas du célèbre humoriste égyptien Bassem Youssef, accusé d'insulte à l'islam et au président Morsi pour avoir raillé des politiciens islamistes dans son programme «Bernameg» («L'émission») diffusé sur la chaîne privée CBC. Celui qu'on surnomme «le Jon Stewart d'Égypte» a subi, ce dimanche, un long interrogatoire de cinq heures au parquet du Caire avant d'être libéré contre une caution exorbitante de 15.000 livres égyptiennes (1700 euros). Et pendant que les prêcheurs va-t-en-guerre continuent de pulluler à la télévision, une nouvelle plainte a été déposée ce mardi contre le satiriste du petit écran égyptien, cette fois-ci pour «atteinte à la sécurité publique».

Ahmed Mohammad Abdullah, alias Abu Islam en septembre 2012. Le prédicateur religieux poursuit aujourd'hui son combat contre les femmes.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Le Nazislamisme

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Anton 05/04/2013 20:33


Et pendant ce temps, en France, l'égérie de la manif pour tous, va faire allégeance aux barbus le jour de pâques.


Les crétins ne se comptent plus, surtout dans l'Europe gaucho.

Pivoine 05/04/2013 16:44


Tout cela ne serait pas arrivé si ce pays, ainsi qu'on lui avait conseillé dans les années 1970, avait contrôlé sa démographie. Ils sont au moins 85 millions d'habitants (un million de +
chaque année). Comment trouver du travail à tous ces désoeuvrés, et les nourrir tous, autrement qu'en important (ce qui revient plus cher) ? Je crois que ce peuple est arrivé à un poiint de
non-retour.

LA GAULOISE 05/04/2013 09:51


Beaucoup , en Egypte  et ailleurs vont regretter d'avoir participer au "  printemps arabe " et regretter amerement l'ancien régime...