Les fissures à droite de Valeurs Actuelles par Arnaud Folch

Publié le 20 Mai 2011


Le tsunami DSK a occulté une “semaine terrible” : divisions sur le RSA, polémiques sur la sécurité routière, départ du Parti radical de l’UMP…

Ouf ! C’est, en privé, assorti d’un large sourire, la réaction d’un ancien ministre demeuré proche de Nicolas Sarkozy au “tremblement de terre” de l’affaire Dominique Strauss-Kahn. C’est peu dire, en effet, que celle-ci tombe à pic pour l’UMP, reléguant à l’arrière-plan les trois électrochocs qui l’ont rudement secouée la semaine dernière : polémiques autour des déclarations de Laurent Wauquiez sur le RSA ; divisions au sujet des mesures prises en matière de sécurité routière ; rupture du Parti radical de Jean-Louis Borloo avec l’UMP. Le tout couronné par de (nouveaux) mauvais sondages…

Certes, cette semaine fut encore celle de l’annonce des bons chiffres de la croissance. Futur directeur de la campagne de Sarkozy, Brice Hortefeux y voit le signe d’un retournement de tendance : « Nous avons des raisons objectives d’avoir confiance en l’avenir, se réjouit-il dans le Parisien.

La situation de l’emploi s’améliore : alors que 330 000 emplois avaient été détruits en 2009, 125 000 ont été créés en 2010. En trois mois, nous avons eu 42 500 chômeurs en moins. » Et de poursuivre : « La croissance, elle, a été de 1,5 % en 2010 et de 1 % au premier trimestre de cette année. C’est le plus fort taux depuis 2006 et c’est le double de la Grande-Bretagne ! L’avenir s’éclaircit ! » Reste à en convaincre les Français : alors que divers clignotants étaient déjà à l’orange, pas moins de 77 % d’entre eux (dont 63 % des sympathisants de droite !) exprimaient, il y a deux mois, leur “défiance” à l’égard d’un redressement économique… Jamais, non plus, les Français (50 %) n’ont été aussi pessimistes concernant la capacité de leurs dirigeants à “changer la vie” – alors que c’est sur ce thème de la réhabilitation de l’action politique, aussi, que Sarkozy avait été élu en 2007.

Concernant les propos de Laurent Wauquiez sur le RSA, on retrouve ce même fossé entre “pays légal” et “pays réel” – mais inversé ! Cette fois, ce sont les Français qui plébiscitent les propositions du ministre des Affaires européennes… et le gouvernement qui s’y oppose : 70 % des personnes interrogées par l’institut OpinionWay pour le Figaro se disent, en effet, favorables “à ce que les bénéficiaires du RSA doivent consacrer, en contrepartie de leur allocation, cinq heures de service social par semaine au sein d’une collectivité ou d’une association”. Parmi eux, 88 % des sympathisants UMP, 86 % de ceux du Front national et même 57 % de ceux du PS. Bref, rarement projet de réforme aura autant fait l’unanimité, or, l’idée, sitôt lancée, a été l’objet d’un véritable tir de barrage venu notamment de la majorité elle-même. « Discours de beaufitude et propos de comptoir », a aussitôt asséné Roselyne Bachelot, rapidement suivie par d’autres. Convoqué à Matignon, Wauquiez a été sommé de publier un communiqué regrettant « l’interprétation de [ses] propos ». Sarkozy s’empressant ensuite, en Conseil des ministres, de vanter le « bilan exceptionnel » du RSA…

Selon Jérôme Fourquet, directeur adjoint du département opinion de l’Ifop, ce débat avorté « n’est cependant pas dénué d’aspects positifs pour le gouvernement : même s’il ne débouche pas sur une réforme dans l’immédiat, au moins ce débat sur l’assistanat a-t-il le mérite d’avoir été lancé. C’est l’histoire du verre à moitié plein et à moitié vide. À noter aussi, ajoute-t-il, que si la majorité est apparue divisée sur la question, le PS et le FN, qui se sont élevés contre les propositions de Wauquiez, se retrouvent, eux, en porte-à- faux avec leur électorat ». Reste que ce débat a pointé une véritable fracture au sein de la majorité. Les propos de Bachelot ont été hués par une partie des députés UMP devant lesquels ils ont été prononcés. « Ce n’est pas ce qu’on entend dans les couloirs, c’est la réalité », lui a rétorqué Xavier Bertrand. Symbole entre tous de cette profonde fissure au sein de l’UMP – “sociaux” d’un côté, “libéraux” de l’autre : les réactions exactement opposées de ses deux secrétaires généraux adjoints, le centriste Marc-Philippe Daubresse et l’ex-madeliniste Hervé Novelli. « Méconnaissance totale » et « irresponsabilité », a commenté le premier ; « mesures de bon sens »« nos idées gagnent du terrain », a réagi le second…

Cumulant rejet de l’opinion et désaccords au sein de la majorité, l’annonce par Matignon du durcissement des textes sur la sécurité routière confirme la difficulté du gouvernement à faire passer ses messages – aussi bien chez les Français qu’au sein de ses propres troupes. Signe du divorce avec l’opinion : en plus de s’opposer à la plupart des mesures annoncées, celle-ci va jusqu’à suspecter le pouvoir d’intentions malignes ! Selon un sondage Harris interactive-Auto Plus, 65 % des Français estiment en effet que les nou veaux textes (notamment la multiplication des radars) témoignent d’abord d’une “volonté du gouvernement de disposer de rentrées d’argent importantes”… Quant aux élus de la majorité, c’est, cette fois, entre la plupart des “députés d’en bas”, se disant à l’écoute de leur électorat, et le “gouvernement d’en haut” que le torchon brûle : « C’est une punition générale, je suis contre ! », tempête le député UMP de l’Eure-et-Loir et maire de Chartres, Jean-Pierre Gorges. Convaincu, comme Wauquiez avec le RSA, de « dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas »

Par-delà ces différences affichées, et sous l’éteignoir de l’affaire DSK, c’est toute la stratégie du parti unique, censé contenir en son sein toutes les sensibilités de la majorité (de l’ex-UDF à l’ex-RPR), au service d’un seul et même candidat à la présidentielle, qui se retrouve aujourd’hui ébranlée. Approuvée samedi par 93 % de ses délégués, la décision du Parti radical de quitter l’UMP pour adhérer à une nouvelle “Alliance républicaine, écologiste et sociale” n’est qu’une première étape à la candidature de Jean-Louis Borloo en 2012 – dont le “principe” a, lui aussi, été voté. Poussé par la plupart de ses militants et de ses alliés (Hervé Morin, Jean-Marie Bockel, Rama Yade…), Borloo ira-t-il jusqu’au bout ? De Sarkozy à Bayrou, raillant la « danse du centre », nombreux sont ceux à prédire, et espérer, le contraire. Survenue dimanche, l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn fait les affaires du chef de l’État en occultant, comme les polémiques sur le RSA et la sécurité routière, la “déclaration d’indépendance” de Borloo. Mais cela n’est que provisoire. La sortie de route de DSK n’a pas, pour l’Élysée, que des avantages : en libérant de l’espace au centre, elle peut renforcer la détermination de Borloo. Et acter, de fait, la coupure de la droite en deux.  Arnaud Folch

Photo © SIPA

 

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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Nancy VERDIER 20/05/2011 16:59



Trop de cafouillages dans la Majorité. Le RSA est une bonne mesure si les acteurs d'un côté et d'autres se donnent rapidement les moyens d'offrir ou de trouver de nouveaux
emplois. Mais ce n'est pas parce que l'on touche le RSA et d'autres subventions annexes, que l'on doit s'interdire de fournir un travail "bénévole" pour la Collectivité. Donner 5 heures de son
temps par semaine, permet aussi de garder le contact avec les autres, avec la réalité et éventuellement de rencontrer d'autres gens qui peuvent vous ouvrir des portes.....si biensûr on cherche
réellement un emploi. Il n'y a pas que les retraités qui doivent faire du "bénévolat".....!! Cette nouvelle disposition qui va supprimer les panneaux de signalisation de radars
est une absurdité. A croire que les décisionnaires ne conduisent jamais. On ne peut pas exiger d'un conducteur qu'il ait les yeux rivés sur les panneaux de signalisation de vitesse maximum
autorisée,  mémoriser ces panneaux et vitesse jusqu'aux radars et au-delà, et en même temps surveiller la route. Les panneaux de vitesse changent sans arrêt. On avait au moins une "mise en
garde" qui nous rappelait le panneau qu'on avait vu. C'est idiot, car il y aura des accidents supplémentaires. Cette mesure est incompréhensible.