Les "guignols de l'info" tunisiens dans l'oeil du cyclone islamique!

Publié le 29 Août 2012

Nous voici devant une réalité que devrait prendre en compte nos bien pensants de gauche et ceux de la droite molle qui s'imaginent que les tenants de l'islam sont des républicains et des laïcs convaincus uniquement parce qu'ils sont français. Tant qu'ils ne comprendront pas qu'ils sont d'abord et avant tout pour la oumma (communauté musulmane sans nation et sans frontière).

Ce qui se passe en Tunisie est vieux comme l'islam. Depuis la naissance de ce système politico-juridique, l'islam n'a jamais reconnu que lui-même et ses règles d'autant plus, lorsque les pays conquis et islamisés souvent de force, sont majoritairement musulmans.

Les Tunisiens, qui étaient par choix devenus politiquement laïcs redécouvrent les "valeurs de l'islam" qu'ils n'ont jamais connues auparavant grâce à Bourguiba et à Ben Ali. Ils découvrent, ces naïfs de la gauche tunisienne, que la religion qu'ils ont, a les moyens d'appliquer des préceptes que la politique lui interdisait.

Ils ont abattu une dictature laïque pour obtenir une dictature religieuse. Il vont pouvoir goûter le plaisir d'Allah. Je plains surtout les femmes rétrogradées au rang de "complémentaire" à l'homme alors qu'elles avaient été déclarées égales par un dictateur laïc. 

Bourguiba reviens, ils sont devenus fous de Dieu!

Gérard Brazon

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À Tunis

«Lotfi Zeitoun, le conseiller du premier ministre, m'a dit que trois minutes de “Guignols” faisaient plus de tort au gouvernement que toute l'opposition.» Sami Fehri est amer. Producteur de «La Logique politique» l'une des deux émissions en Tunisie équivalentes aux «Guignols de l'info» de Canal +, il a décidé d'en arrêter la diffusion sur la chaîne Ettounsiya qu'il possède: «Trop de pressions extérieures», déclarait-il ce samedi au Figaro, brisant ainsi un silence de deux jours après que l'on avait appris que ses marionnettes ne seraient plus à l'antenne. Car Sami Fehri, dans la foulée, a fait l'objet d'un mandat de dépôt délivré dans une affaire de détournement de biens sous l'ère Ben Ali. À l'époque il partageait sa société actuelle, Cactus Production, avec Belhassen Trabelsi, frère de Leïla Trabelsi.

La classe politique étrillée

«J'ai l'intention de me rendre dignement aux autorités», nous assurait samedi Sami Fehri. Il semble qu'il n'en ait rien fait. L'homme veut régler ses comptes avec le pouvoir en place. Pour lui, la fin des «Guignols» et cette affaire qui le rattrape sont liées. «Jeudi, les médias apprennent que j'arrête l'émission et vendredi je fais l'objet d'un mandat de dépôt. C'est quand même étrange cette concomitance et cette rapidité!» Surprise partagée par son avocate Sonia Dahmani: «Nous n'avons pas été prévenus de l'audience. Pourquoi n'arrêtent-ils que mon client qui n'est cité que comme complice alors que les 17 autres personnes impliquées n'ont fait l'objet d'aucun mandat?» «Ils veulent me punir, estime Fehri qui risque dix ans de prison, parce que je n'ai pas fait taire les rumeurs d'intimidation d'Ennahda après l'annonce de l'arrêt des “Guignols”. 

Les marionnettes de Rached Ghannouchi, Hamadi Jebali et Moncef Marzouki. Crédits photo : dr

Lotfi Zeitoun, conseiller du chef du gouvernement, dément toute pression mais reconnaît avoir dit à l'un des producteurs de l'émission de tenir compte de «la renommée de ces personnages publics qui ont chacun une famille». Il a assuré que personne n'a demandé à la justice d'intervenir. «Sami Fehri est un criminel qui a fait parti du système de corruption de l'ancien régime, a-t-il déclaré sur une radio tunisienne. Il est le premier domino d'une série à venir d'arrestations de corrompus au sein des médias.» De quoi renforcer la défiance des journalistes tunisiens qui depuis plusieurs jours soupçonnent Ennahda de vouloir placer ses affidés à la tête de différents groupes de presse à l'approche des prochaines élections et appellent à la grève mi-septembre.

Avant de cesser d'émettre brusquement, «La Logique politique» était très suivie. «Quatre millions de téléspectateurs, assure Me Dahmani. L'émission touchait toutes les classes sociales.» Sur une chaîne qui en un an et demi d'existence a rattrapé les plus regardées. Ben Ali y avait bien sûr sa marionnette mais c'est surtout Moncef Marzouki, président de la République, Hamadi Jebali, premier ministre Ennahda, et le leader du parti islamiste, Rached Ghannouchi, qui en étaient les principaux héros. On pouvait les y voir singés en rappeurs bling-bling dans le boys band «Troïka Boyz», référence à la troïka, la coalition à la tête de la Tunisie. Le chant d'amour de Hamadi Jebali à Moncef Marzouki sur l'air de Ne me quitte pas restera l'un des grands moments de télé tunisienne: «Moi, je t'apporterai un autre Baghdadi venu de Libye ou du Guatemala», faisant référence à l'extradition de l'ex-premier ministre libyen Baghdadi Mahmoudi par le chef du gouvernement sans l'accord du président. Seule ligne rouge que les auteurs s'étaient imposée: la religion.

Nessma TV prend le relais

Le succès grandissant d'une émission qui le critique aurait donc déplu au gouvernement. Parmi les pressions à répétition que dénonce Sami Fehri, une descente des services de douanes dans ses studios «très impressionnante». Ou la menace de voir placer un lieutenant d'Ennahda à la direction de la société Cactus Production dont l'État a récupéré les parts de Belhassen Trabelsi (51 %). Et puis il y aurait eu Samir Dilou, ministre des Droits de l'homme et porte-parole du gouvernement qui aurait demandé à ce que l'on tape moins sur Rached Ghannouchi. Depuis l'annonce de la suppression de l'émission et du mandat déposé à l'encontre de Fehri, les réactions sur les réseaux sociaux sont partagées entre la défense de la liberté d'expression et la critique d'un homme, producteur à succès de 41 ans qui aurait trop frayé avec le clan Trabelsi. Aujourd'hui, les Tunisiens peuvent éteindre la télé et retourner à une activité normale, comme dirait PPD, ou zapper sur Nessma TV, l'autre chaîne tunisienne diffusant des «Guignols».

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Marzouki règle ses comptes avec Ennahda

Alors que l'on venait d'apprendre l'arrêt de la diffusion des «Guignols», le congrès national du Congrès pour la République (CPR, social-démocrate) a donné lieu vendredi à un joli coup de théâtre. Dans une lettre lue par un conseiller à ses militants, le président tunisien, issu du parti, s'en est pris à Ennahda (islamiste), son allié à la tête du pays avec Ettakatol (social-démocrate). Moncef Marzouki a déploré «le sentiment que (nos) frères d'Ennahda s'emploient à contrôler les rouages administratifs et politiques de l'État». Évoquant également les nominations de partisans, il n'a pas hésité à parler de «pratiques rappelant l'ère de Ben Ali». Parmi les invités, des ministres nahdaouis ont préféré quitter la salle. Samir Dilou (Droits de l'homme) s'étonnera de la position du président: «Au pouvoir ou dans l'opposition?» Rached Ghannouchi, le leader d'Ennahda, a quant à lui tenu à prononcer son discours devant les congressistes estimant que «les propos du président de la République n'engageaient nullement son parti». Cet incident risque d'aggraver une crise déjà profonde au sein de la coalition. Il aura permis à Moncef Marzouki de se repositionner par rapport à un parti considéré comme hégémonique. Trop tard, diront certains déçus du CPR.

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Le patron d'Ettounissiya TV, qui diffusait l'émission satirique de Guignols tunisiens arrêtée brusquement la semaine dernière, a indiqué samedi être sur le point d'être placé en détention, accusant le pouvoir de chercher à faire taire une chaîne critique du pouvoir.
 
"Je vais en prison dignement", a déclaré Sami Fehri à l'antenne de la radio Express FM, au lendemain de la décision d'un tribunal de Tunis ordonnant son placement en détention.
"Tout cela m'arrive à cause de quatre Guignols", a-t-il ajouté en référence à l'émission de marionnettes satiriques.
Dans la matinée, un responsable du ministère de la Justice a indiqué qu'un tribunal avait ordonné le placement en détention de M. Fehri.
Selon l'agence de presse officielle TAP, il est accusé "d'usage illicite des ressources de l'Établissement de la télévision tunisienne" à l'époque du régime du président déchu Zine el-Abidine Ben Ali.
L'émission de marionnettes, lancée en mars dans une version hebdomadaire avant de devenir quotidienne il y a moins d'un mois, a été brusquement arrêtée la semaine dernière, alors qu'elle traitait de manière satirique la vie politique, raillant particulièrement les dirigeants du pays et d'Ennahda.
M. Fehri avait déjà dénoncé fin juillet des pratiques d'intimidation de la part du pouvoir tunisien après une descente des services douaniers dans les locaux de sa chaîne.
Cette affaire intervient alors que le climat entre les médias et le gouvernement est délétère. De nombreux organes de presse et des représentants de la société civile accusent les islamistes de chercher à contrôler les médias jugés trop critiques à l'égard de la politique du gouvernement.
Vendredi, le Syndicat national des journalistes tunisiens a annoncé une grève générale du secteur en signe de protestation, dont la date doit être fixée dans deux semaines.

Avec AFP

 

SOURCES :  http://www.lefigaro.fr/international/2012/08/26/01003-20120826ARTFIG00170-tunisie-le-patron-des-guignols-en-prison.php

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Le Nazislamisme

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