Les insurgés Yéménites vont-ils partir à l’Assault de l’Occident ? - par Nancy VERDIER

Publié le 12 Juin 2011

par Nancy VERDIER

Suivi d'un article de Daniel PIPES

 

Connu dans le monde antique sous le nom d’ « Arabie heureuse », l’actuel Yémen, né de la fusion en 1990 du Yémen Nord et du Yémen Sud est une République  soumise à la dictature, à la terreur, à la guerre civile, aux insurrections, et aux tentatives de séparatisme.
Depuis une dizaine d’années, les rebelles islamistes Jeunes Croyants proches d’Al Qaïda et Chiites, s’opposent au Président Saleh soutenu par l’Arabie Saoudite.

Malgré un ancrage officiel dans le camp occidental et une coopération pour le contrôle de ses côtes, le pays reste un foyer d'instabilité sous influences tribales.
S'inspirant des précédents, tunisiens et égyptiens, la Révolte yéménite de 2011,  réclame la démocratie, la fin de la corruption,de meilleures conditions de vie et le départ du président Ali Abdullah Saleh, au pouvoir depuis 32 ans et remplacé depuis le 4 juin par un Président par intérim.

Sur un territoire sensiblement grand comme la France,  vivent  sous le seuil de pauvreté 24 millions d’habitants, dans des régions entièrement désertiques et sans ressources aquifères.

La situation des droits de l’homme y est catastrophique :
Dans cette population répartie à quasi égalité entre chiites et Sunnites, et malgré les promesses gouvernementales, c’est l’application de la Charia et des lois tribales qui prévaut.
Corruption, mariages d’enfants de dix ans, tortures, exécutions sans procès, traitements inhumains, arrestations arbitraires, discriminations envers les femmes, fouilles abusives de maisons, censure, harcèlements ; liberté de presse, de religion et d’expression interdites, préjugés envers les handicapés et les minorités religieuses sont le lot quotidien des Yéménites….

De cette région de TERRE et de  SABLE sans EAU, les habitants fuient vers les pays limitrophes.  Et bientôt vers l’Occident ?

Nancy Verdier de Puteaux-Libre

******************************************

 

Le Yémen se vide de sa population

par Daniel Pipes - The Washington Times

http://fr.danielpipes.org/9886/yemen-se-vide

Version originale anglaise: The Emptying of Yemen
Adaptation française: Johan Bourlard

Soyez le premier de vos amis à indiquer que vous aimez ça.

Aujourd'hui et pour la première fois de sa très longue histoire, le Yémen représente une menace pour le monde, principalement à deux titres.

Il y a tout d'abord la violence en provenance du Yémen, qui affectait déjà les Occidentaux avant le 15 janvier quand a débuté l'actuel soulèvement politique. Lorsque le président Ali Abdallah Saleh et son pâle gouvernement ne contrôlaient qu'une petite partie du pays, la violence avait surgi à la fois aux abords du Yémen (comme les attaques contre des bateaux américains et français) et loin du pays (les appels d'Anwar al-Awlaki aux actes de terrorisme au Texas, dans le Michigan et à New York). Avec l'abdication probable de Saleh le 4 juin, date de son départ pour l'Arabie Saoudite afin d'y subir un traitement médical, l'autorité du gouvernement central va continuer à s'étioler et le Yémen va devenir un exportateur de violence toujours plus important.

Mais il y a aussi un second danger, plus frappant : l'émigration massive, inattendue et sans précédent hors du Yémen de millions de réfugiés sans qualification, d'abord au Moyen-Orient puis en Occident, dont la plupart sont des islamistes réclamant l'asile économique.

Le problème trouve son origine dans un cataclysme, celui du manque d'eau. En 2010, Gerhard Lichtenthaeler, un spécialiste de la question, écrivait comment, dans de nombreuses zones montagneuses du pays, « l'eau potable disponible, puisée à une source ou à une citerne, s'est réduite à moins d'un litre par personne et par jour. Ses nappes aquifères sont exploitées à un point tel que le niveau des eaux souterraines est en train de chuter de 3 à 6 mètres chaque année, menaçant l'agriculture et laissant de grandes villes sans eau potable saine suffisante. Sanaa pourrait ainsi devenir la première capitale au monde à tomber en panne sèche. »

Et pas seulement Sanaa : comme le titrait le quotidien londonien Times, « le Yémen pourrait devenir la première nation à manquer d'eau. » Rien de tel ne s'est produit à notre époque, même si des cas de sécheresse semblables se sont déclarés en Syrie et en Irak.

Comme le souligne le chroniqueur David Goldman, le manque de ressources alimentaires représente un risque de famine pour un grand nombre de personnes au Moyen-Orient. Or, un tiers des Yéménites a enduré une famine chronique dès avant les troubles. Et ce nombre est en train de croître rapidement.


La perspective d'une implosion économique se fait, jour après jour, plus menaçante. Les approvisionnements en essence sont tellement réduits que « les camions et les bus font la file aux stations-service des heures durant, alors que les pénuries d'eau et les coupures d'électricité sont quotidiennes. » La production économique décline proportionnellement.

Comme si les problèmes d'eau et de nourriture ne suffisaient pas, le Yémen possède l'un des plus forts taux de natalité au monde, ce qui aiguise encore la question des ressources. Avec une moyenne de 6,5 enfants par femme, le pays compte à tout moment pratiquement une femme sur 6 enceinte. On prévoit que la population actuelle de 24 millions d'habitants aura doublé dans 30 ans.

La situation politique n'arrange rien. En supposant que le régime de M. Saleh appartient au passé (les Saoudiens ne peuvent le laisser partir puisque, au Yémen, trop d'opposants se sont révoltés contre lui), son successeur aura bien des difficultés à gouverner même la petite partie du pays que Saleh contrôlait.

Les factions en lutte pour le pouvoir ont des objectifs tellement contradictoires et sont tellement nombreuses – forces loyales à M. Saleh, rebelles Houthi dans le nord, sécessionnistes dans le sud, forces proches d'Al-Qaida, mouvement de jeunesse, armée, tribus dominantes, famille Ahmar – qu'il leur est impossible de se rassembler en deux camps bien marqués. Dans un pays gouverné par un « système tribal déguisé en autocratie militaire », l'anarchie comme celle qu'on connaît en Somalie ou en Afghanistan semble plus probable que la guerre civile.

Quant aux islamistes yéménites, on les retrouve aussi bien dans le parti Islah qui prend part aux élections parlementaires, que chez les rebelles Houthi qui combattent les forces saoudiennes, et qu'au sein d'Al-Qaida dans la Péninsule arabique. Leur montée en puissance renforce les États et organisations du « bloc de la résistance » soutenu par l'Iran au point que si les chiites l'emportaient sur les sunnites, Téhéran en tirerait d'autant plus de bénéfice.


La combinaison de ces différentes crises – écologique, économique, politique, idéologique – pourrait causer au Yémen un exode tragique, massif et sans précédent et provoquer ailleurs une réaction anti-yéménite épique.

Personnellement, j'ai été fasciné par le Yémen que j'ai visité en 1972 quand j'étais étudiant. Pays si difficile d'accès que les puissances coloniales n'ont fait que l'aborder, le Yémen a réussi à garder ses coutumes dont un style architectural impressionnant ainsi qu'une culture typique d'hommes portant la dague et d'adultes mâchant pour la plupart du qat.

Le monde extérieur peut-il éviter une catastrophe ? Non. Que ce soit le relief, la culture ou la situation politique, tout au Yémen rend une intervention militaire impossible et face aux déficits de l'Occident et à la crainte saoudienne, personne ne prendra la responsabilité de l'effondrement économique du Yémen. De la même manière, aucun État ne se portera volontaire pour accueillir des millions de réfugiés dans le besoin. Dans ces heures très sombres, les Yéménites sont seuls face à eux-mêmes.

Daniel Pipes

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique étrangère

Commenter cet article