Les liens d'Alger avec le Parti Socialiste. Connivences et finances?

Publié le 2 Mai 2012

L'echec des Etats, une nouvelle génération.

Paris capitale arabeextrait: Paris capital Arabe par Nicolas Beau
Le pouvoir algérien cultive une parfaite connaissance de l'Etat français. Rarement un pays aura eu de telles entrées dans l'appareil étatique français. Durant les années 70, le régime de Houari Boumediene choisit l'alliance avec la gauche française. Le fossé s'est creusé entre le régime de Valéry Giscard d'Estaing et une Algérie socialiste qui passe pour La Mecque du tiers-mondisme.

Les relations du chef d'Etat français avec le reste du monde arabe sont pourtant assez bonnes : refus d'extrader le dirigeant palestinien Abou Daoud soupçonné par les Allemands d'avoir participé au massacre des jeux Olympiques de Munich ; vente d'un réacteur nucléaire à l'Irak ; lancement de l'idée d'un Institut du monde arabe.

C'est véritablement Valéry Giscard d'Estaing qui capitalise, en terme de marchés et de contrats, la fameuse politique arabe de ses prédécesseurs. (De Gaulle Pompidou Ndlr Gérard Brazon) Le numéro deux du parti giscardien, successivement secrétaire d'Etat aux Affaires algériennes puis président de la commission des Affaires étrangères, le prince de Broglie, est un ami traditionnel de l'Algérie. Ses relations sont notamment excellente avec Said Rahal, l'homme d'affaire de Kasdi Merbah, alors chef de la Sécurité militaire algérienne, qui avait fait du bar Alexandre, en face du Fouquet's, son quartier général. Aujourd'hui, l'établissement est fermé, Rahal vit à Genève avec son fils Akli. Le prince de Broglie et Kasdi Merbah ont été l'un et l'autre assassinés. (Affaire non résolue comme celle de Fontanet et le pseudo suicide Boulin. Ce  furent les raisons principales qui me fîrent voter Mitterrand en 1981! Vote que je ne cesse de regretter depuis lors! Ndlr Gérard Brazon) 

Cependant, entre l'Algérie et le président Giscard d'Estaing, le courant passe mal. En 1975, minutieusement préparé par Abdelaziz Bouteflika, ministre des Affaires étrangères, le voyage du président français est un échec. "On a fait des efforts, on a voulu se réconcilier avec le peuple français, déclare à l'époque Boumediene, il n'y a sans doute pas de réconciliation possible pour les générations qui ont vécu la guerre d'indépendance." Et d'ajouter : "Nous travaillons avec le monde entier, la France ne nous mettra pas à genoux." Qu'une vague d'attentats racistes secoue la France, et l'Algérie durcit le ton. Le rapatriement des corps des jeunes Maghrébins abattus dans les banlieues donne lieu à Alger à de grande manifestations. Le président Boumediene qui décide le 19 septembre 1973 de suspendre toute émigration se rend lui-même à l'aéroport. "Nous cultivons cette émotion, c'est vrai, nous avons obtenu beaucoup de choses comme cela des Français", admet un proche compagnon et ancien ministre de Boumediene, Cherif Belkacem.

A Paris, le climat se détériore vite. Le président de l'Amicale Franco-Algérienne Abdelkrim Gheraieb, est régulièrement convoqué par le ministre de l'Intérieur, Michel Poniatowski.
"Je ne voudrais pas, martèle le ministre, que l'immigration devienne un enjeu politique. Les syndicats nous ont toujours fort bien accueillis, notamment la CGT et la CFDT, répond avec fermeté l'Algérien, nous travaillons régulièrement avec eux."(Ceci expliquant cela. ndlrGB)

 En revanche, avec la gauche francaise, les liens se resserrent. Au départ, pourtant , Alger se montre constamment réservé face à François Mitterrand qui compte peu d'amis dans le monde arabe.

Les Algériens se souviennent du ministre de l'Intérieur qu'il fut sous la IVe République en 1956. Les responsabilité qu'ils lui prêtent dans l'exécution, dans des conditions obscures, de Larbi Ben M'hidi, un des chefs du FLN, et son attitude tranchée au moment de l'expédition de Suez ne militent pas en sa faveur. Il n'empêche : l'alliance avec la gauche passe par un rapprochement avec François Mitterrand. En 1976, peu après la visite de Valéry Giscard d'Estaing, le premier secrétaire du parti socialiste est pourtant accueilli de l'autre côté de la Méditerranée comme un homme d'Etat. A la tête d'une délégation imposante comprenant Pierre Joxe, Lionel Jospin et Claude Estier, François Mitterrand a tout mis en oeuvre pour que son voyage en Algérie soit une réussite. "Il fallait lever le malentendu, Mitterrand savait que la gauche avait besoin du soutien algérien", affirme Alain Chenal, militant socialiste, qui avait préparé le voyage et acheté l'épée ciselée que le premier secrétaire du PS offrit au président algérien.

D'autres socialistes prendront le chemin d'Alger avant mai 1981. On y verra Michel Rocard, qui a rencontré Boumediene dès 1970 à l'occasion de l'enterrement de Nasser, ainsi que Jack Lang qui fit venir de nombreuses troupes algériennes au festival de Nancy. Beaucoup de militants de gauche débarquent à Alger pour prendre possession de quelques valises bien pleines que leur remettent leurs amis algériens. Une société est créée dans le IXe arrondissement, Expansial, aidée par l'ambassade. Son but officiel ? C'est la coopération technique et les études de faisabilité sur l'Algérie. Mais les amis politiques ne sont pas les plus mal servis. "On s'est beaucoup aidé mutuellement, y compris sur le plan financier", reconnaît aujourd'hui à Alger le président de l'Amicale d'alors, Abdelkrim Gheraieb, qui eut les meilleures relations avec l'ensemble des leaders de la gauche française. Jusqu'à assister à la fête de L'Humanité, à laquelle une délégation du FLN ne manquait jamais de se rendre.

Phare du tiers-monde, l'Algérie de Boumediene conserve une grande aura chez beaucoup de cadre socialistes et communistes.

Une partie de la presse militante est financée par Alger, comme Afrique-Asie, grâce notamment aux encarts publicitaires qu'achetaient régulièrement les grandes sociétés nationales algériennes. Son directeur, Simon Malley, envoyait en guise de cadeau de fin d'année des caisses de dattes dont le pourvoyeur n'était autre que le ministère de l'Intérieur algérien. La fidélité à l'Algérie de cette presse tiers-mondiste est à toute épreuve : lorsqu'en 1978 Boumediene est dans le coma, Afrique-Asie titre : "Echec aux rumeurs". Las, entre le bouclage et la parution du journal, Boumediene meurt, sans que la une du journal puisse être modifiée.

En 1979, à l'arrivée du nouveau président Chadli Bendjedid, la nomination d'un nouveau président pour l'Amicale, Abdelkrim Souici, membre aujourd'hui du comité central du FLN, ne modifie pas la donne.(Il est décédé depuis. Ndlr GB) Sobre et rigoureux, Souici ne sera certainement pas le créateur d'un grand lobby algérien. Ancien de la Fédération de France, ce révolutionaire fuit les receptions et les mondanités. Pour cet ancien militant, l'époque de la clandestinité n'est pas révolue. Pas même question de donner son adresse ou son numéro de téléphone à ses proches. Lorsqu'il emménage dans la résidence réservée au président de l'Amicale, Quai d'Orsay, Souici fait acheter douze serviettes neuves. Lors de son départ, six ans plus tard, son successeur découvre que six d'entre elle n'ont pas été touchées. "L'argent du peuple" est sacré.

Seule action d'éclat, Souici transfère le siège de l'Amicale d'un modeste appartement de la rue Louis-le-Grand, propriété d'Air Algérie près de l'Opéra, vers le joli hôtel particulier de la rue de Boileau, dans le XVIe arrondissement. Il faut au moins un tel faste, pense-t-on à Alger, pour recevoir les militants socialistes ou communistes devenus ministres. Les premiers contacts avec la gauche au pouvoir sont excellents. Le contrat de 1982 sur le gaz naturel donne une nouvelle impulsion aux rapports entre les deux pays. Parallèlement, les services de la DST rencontrent leurs homologues algériens pour la première fois depuis l'indépendance algérienne. Le patron de la DST de l'époque, Yve Bonnet, est l'artisan de ce rapprochement. Aujourd'hui député UDF, il préside le groupe d'amitié parlementaire franco-algérienne.

Très vite pourtant, l'incompréhension apparaît dans les rapports entre l'Algérie officielle et les socialistes au pouvoir. En octobre 1981, la rencontre entre le FLN et un Parti socialiste encore très militant témoigne des malentendus qui apparaissent entre la gauche française et Alger. Alors premier secrétaire, Lionel Jospin a tenu à participer à la réunion au nom d'une fidélité ancienne à l'Algérie, raconte Alain Chenal. A la Cité universitaire, l'ex-ministre de l'Education nationale jouait au basket avec Sid Ahmed Ghozali, qui sera plus tard Premier ministre, puis ambassadeur à Paris. Au sein du Parti socialiste, Lionel Jospin est un des rares dont l'entourage s'intéresse de près au monde arabe. A la fin de la réunion, le ministre de l'Education nationale se lève : "Je vais vous quitter, déclare-t-il, je dois me rendre à l'Assemblée nationale où l'on vote un projet de loi sur la légalisation des associations étrangères en France. Je suis fier de ce texte. Il s'agit pour la France d'une véritable dette vis-à-vis de l'immigration. C'est une connerie, ne faites pas cela, c'est n'importe quoi ! Demain, n'importe quel Bantoustan créera son ambassade", répons Slimane Offman, qui dirige la délégation du FLN.

Défait, Jospin ne comprend rien à cette intervention. La gauche socialiste croit encore changer la vie des immigrés et de leurs enfants. Or l'Algérie ne réclame qu'un statut d'Etat privilégié. Pas question que l'immigration ait ses propres structures. Peu importe que la loi donne à l'Amicale le statut officiel qu'elle n'a jamais eu depuis sa création. Des années plus tard, l'ancien trésorier de l'Amicale, Youcef Rahmania, persiste et signe : "Le Parti socialiste en votant cette loi sur les associations voulait créer des structures relais dans les quartiers qui excluaient l'Etat algérien."

L'Amicale ne sent rien venir des banlieues. L'apparition d'un vrai tissu associatif chez ceux que l'on appelait encore "les jeunes immigrés" est réduite à une manipulation politique. Deux ans plus tard, la marche dite "des beurs" aurait dû être un signal. Or on ne voit guère les responsables de l'Amicale tout au long des 1 200 kilomètres parcourus à pied par cette poignée de contestataire venus des Minguettes, cette immense cité HLM de la banlieue lyonnaise.

Trop occupée à préparer la venue de Chadli à Paris - la première du genre -, l'Amicale préfère organiser à cette occasion une rencontre avec la communauté pour parler, plus pour très longtemps, du "retour" des émigrés. Quand Chadli est reçu en grande pompe le 7 novembre 1983 à l'Elysée, les revendications des beurs qui sont en marche à Marseille ne sont même pas à l'ordre du jour. Le défi de cette marche contre le racisme a tenu la route. Le 3 décembre 1983, les beurs entrent à Paris en vainqueurs. Reçus par le président Mitterrand, les marcheurs ouvrent tous les journaux télévisés. Une apothéose. L'appel à la fraternité a été entendu. La carte de dix ans de résidence, revendication traditionnelle de l'immigration, est arrachée sur le perron de l'Elysée. (Belle manipulation des socialistes et bel enfumage des français. Ndlr GB)

Or la plupart des marcheurs sont des enfants d'Algériens, immigrés ou harkis. Cette fois encore, l'Algérie rate le coche, et dénonce maladroitement, un an plus tard, les premiers concerts de SOS-Racisme. La brutalité des attaques est mal perçue par cette génération de "potes" séduite par les sirènes de Harlem Désir.

Dans L'actualité de l'immigration, le journal de l'Amicale, datée 19 juin 1985, un article dénonce le contenu d'une brochure distribuée le soir de la grande fête antiraciste du 15 juin, place de la Concorde : "Ces jeunes qui portent le badge "touche pas à mon pote" ont-ils vraiment choisi les dirigeants de SOS-Racisme parmi les étudiants juifs de France et comme animateur de leur agence de presse le philosope réactionnaire Bernard-Henri-Lévy ? Comment ont-ils pu accepter une organisation sioniste qui défend l'idéologie et l'Etat raciste d'Israël ?" (On sait aujourd'hui que SOS racisme était une création de Julien Dray venu de l'extrême gauche avec Harlem Désir au service du Parti Socialiste. Ndlr GB)

Face aux premiers succès de SOS-Racisme, l'Amicale tente d'ultimes séductions : rajeunissement de l'équipe de l'hebdomadaire L'Actualité de l'immigration, dont les colonnes seront même pour la circonstance ouvertes aux journalistes beurs ; détachement de trois cents enseignants en langue arabe ; vente d'appartements pour les immigrés à Tipaza par l'un des principaux responsables de l'Amicale. Cette dernière initiative est une embrouille de plus : le coût effectif de la construction en dinar est trois fois moins élevé que le prix affiché en devises pour les immigrés.

Les temps ont changé pour tout le monde : ce n'est plus seulement le contrôle politique des immigrés, cher à Boumediene, qui intéresse le nouveau président Chadli mais aussi le contrôle des ses revenus. En Algérie, l'infitah (l'ouverture économique) s'amorce timidement, le dinar, monnaie officiellement toujours non convertible, s'échange allègrement au marché noir contre le franc français à des taux dérisoires (sa côte descend à dix pour un entre 1980 et 1988), rendant précieuses les devises des immigrés. D'autant plus que le régime du président Chadli a aboli l'autorisation de sortie du territoire algérien, rendant possible un mouvement - sans précédent - de personnes et de marchandises entre l'Algérie et la France.

Nicolas Beau
source extraits de "Paris, Capitale Arabe."

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique étrangère

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