Les mécanismes de la pénurie d'essence au New-Jersey

Publié le 4 Novembre 2012

 

Pascal-Emmanuel Gobry

 

Pascal-Emmanuel Gobry est le fondateur deNoosphere une entreprise de recherche de marché.

Comment la pénurie d'essence au New-Jersey  souligne les raisons de  la pénurie de logements en France.

L'ouragan Sandy est passé, mais pas sans avoir dévasté la Côte Est des Etats-Unis. Les dégâts sont là: des dizaines de morts, peut être des centaines, des maisons dévastées, des millions de foyers et d'entreprises sans électricité, et des dizaines de milliards de dollars de valeur économique détruite.

Pour les habitants de la Côte Est qui essayent de reprendre une vie normale, il y a un autre problème : la Côte, surtout le New Jersey, est frappée par une pénurie d'essence.Cette pénurie empêche les gens de se rendre au travail, ou de quitter leurs maisons endommagées, ou d'alimenter leurs générateurs pour ceux qui en ont et sont privés de courant.

Hier, des queues de plusieurs heures devant chaque station-service faisaient la une. Aujourd'hui, la police a été mobilisée pour empêcher d'éventuelles émeutes de l'essence. Ces queues interminables sous l'oeil des forces de l'ordre font plus penser à l'Union soviétique qu'à un pays prospère.

D'où vient cette pénurie ? L'ouragan aurait-il endommagé une raffinerie importante ou un pipeline crucial ?

Heureusement, non. Ce problème n'est pas dû à une catastrophe naturelle, mais à une décision humaine, politique.

En général, lorsqu'il y a une pénurie, le premier réflexe de l'économiste est de chercher le contrôle des prix. Après tout, le jeu de l'offre et de la demande fonctionne bien en général : si on laisse le mécanisme des prix jouer, il y aura peut être des prix élevés, mais pas de pénurie.

Et c'est bien le cas ici. Le New Jersey a une loi anti-”prix usuriers” qui interdit aux commerçants d'augmenter les prix après une catastrophe naturelle. Après le précédent ouragan, Irène, un pompiste a reçu une amende de 50 000 dollars pour avoir augmenté ses prix.

A première vue, quoi de plus honorable qu'une telle loi ? Quoi de plus honteux qu'un commerçant qui s'enrichit en augmentant ses prix après une catastrophe naturelle ?

Et pourtant, on voit aujourd'hui les conséquences humainement dramatiques de ces bonnes intentions : la pénurie. Avec des prix artificiellement bas, ceux qui sont au début de la queue amassent plus qu'ils n'en ont besoin, anticipant la pénurie et n'étant pas freinés par le mécanisme des prix. Et une fois que les stocks sont écoulés, le pompiste perd de l'argent à les réapprovisionner. D'où : pénurie. Si les prix fonctionnaient, ils seraient plus élevés, mais baisseraient au fur et à mesure que l'offre arriverait, et surtout il n'y aurait pas de pénurie.

S'il y a un vrai étranglement de l'offre dans une catastrophe, alors l'Etat peut et doit rationner. Mais hors ces cas, le contrôle des prix, avec toutes ses bonnes intentions, ne fait que victimiser ceux qui ont le plus besoin d'aide.

C'est exactement le mécanisme qu'on voit en France avec la crise du logement.

Parfois le contrôle des prix est explicite, mais le plus souvent il est implicite, avec une limitation de l'offre. Dans la plupart des villes de France, les plans d'urbanisme empêchent de construire des bâtiments avec assez d'appartements pour accueillir l'offre. Parfois pour des raisons esthétiques—plus souvent pour préserver la valeur des biens immobiliers de ceux qui les possèdent.

Le résultat est extrêmement prévisible : des prix incroyables, et une pénurie terrible.

Comme au New Jersey, c'est Monsieur-tout-le-monde qui est la victime de ce contrôle. Comme au New Jersey, on devrait moins parler d'exploiteurs cupides, et laisser fonctionner le mécanisme des prix.

http://www.atlantico.fr/decryptage/que-penurie-essence-au-new-jersey-permet-comprendre-crise-logement-en-france-pascal-emmanuel-gobry-532810.html#.UJYRQytT_yE.gmail

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Economie-Finance-Industrie

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