Les mensonges et les manipulations de la gauche et les français amnésiques. Hommage à Christian JELEN. Préface de Michel Ciardi

Publié le 17 Avril 2012

Nous reproduisons ici un article de Michel Ciardi, paru en juillet 2011 dans Riposte Laïque.

Journaliste et écrivain, Christian Jelen, mort le 25 octobre 1998, fut un homme droit, un homme d’honneur, un français, un républicain. Il venait de terminer son livre, « la guerre des rues ». Écrivain, journaliste au Point, il était spécialiste des problèmes de société et de l’immigration. Il publia plusieurs ouvrages dont L’Aveuglement, chez Flammarion en 1984, la France éclatée ou les reculades de la République en 1996, Les Casseurs de la République en 1997 et la guerre des rues en 1998.

Cet article de celui qui écrivit sur l’immigration et ses risques, sur la tendance des « intellectuels français » à décrire une France « moisie » « pétainiste », revêt aujourd’hui une importance qu’à l’époque seule quelques personnes comprirent. Fort de l’intégration réussie en France de ses parents, juifs immigrés de Pologne avant-guerre, il méprisait ceux qui tentait de donner de la France l’image d’un pays où en 1942 tous les habitants collaboraient avec les Allemands en dénonçant les juifs.

Avec Christian je fus un samedi après-midi en 1993 à l’origine de ce que l’on appela « l’autre pétition » et qui figura dans le journal « Marianne ». Cette pétition se voulait un soutien aux lois Pasqua sur l’immigration et une réponse de ceux qui de la gauche républicaine à la droite que j’appellerai « patriote et pasquaienne », furent écœurés par ceux qui non seulement défilèrent contre la loi Pasqua, mais le firent sous le mot d’ordre « l’appel de ceux qui ont un nom difficile à prononcer ».

Christian et moi-même furent horrifiés par cette mascarade boboïsante, d’autant que parmi les clowns habituels (Jack Lang n’ayant plus honte de son judaïsme) se glissèrent des hommes honorables comme Henri Krasucki, déporté à 14 ans, mais qui ne pouvaient concevoir que le parti fut en dehors de cette manifestation et que beaucoup de signataires et participants excipèrent de leurs qualité de juif, pour donner (selon eux) plus de force à leurs clameurs.

Moi dont la mère, Zysla Zylberglajt, était dans ce cas de figure des noms particulièrement difficile à prononcer, j’étais d’autant plus triste et amer que je connaissais depuis longtemps les amitiés maréchalistes de François Mitterand et que cette manifestation dont le Parti socialiste, la gauche et l’extrême gauche étaient à l’origine marqua le début du processus qui m’amena à la rupture avec la gauche.

C’est après cette pétition qu’avec quelques personnes, dont Philippe Cohen, alors responsable des pages économie de « Marianne », nous créâmes la fondation Marc Bloch.

Cet article est un hommage à un homme, dont je ne sais si aujourd’hui, il soutiendrait « Riposte Laïque », je me refuse à enrôler les morts, mais dont je sais pour en avoir longuement discuté avec lui, que l’amitié et le respect qu’il portait à Jean-François Revel, venait non seulement de la pensée de ce dernier, mais de celui qui à 17 ans s’engagea dans la résistance et tua son premier « boche » (l’on dirait aujourd’hui « soldat allemand »).

Ce modeste hommage à Christian Jelen est pour moi un moyen de payer la dette que nous avons envers un tel homme.

Michel Ciardi – UFJ (Union des Français Juifs)

 




LA PRÉFÉRENCE NATIONALE VIENT DE LA GAUCHE

Il suffit de parler de préférence nationale pour déclencher l’hystérie des prêcheurs du conformisme pluriel, le Monde, Les Verts, les trotskistes, les gauchistes de FO et de la CFDT, les communistes, certains socialistes, des chefs du RPR et de l’UDF, etc. « La préférence nationale, martèlent-ils, c’est Le Pen, c’est l’extrême droite. » Désolé de les contredire : la préférence nationale n’a pas été inventée par Le Pen. Elle ne date pas non plus de Vichy. Elle plonge ses racines dans l’histoire du mouvement ouvrier. D’où sa résonance dans l’électorat populaire.

La protection des travailleurs nationaux est au coeur des débats de la 1re Internationale, créée en 1864 à Londres. Ses fondateurs, dont Karl Marx, veulent contrôler les mouvements de main-d’oeuvre afin que les patrons ne puissent recourir aussi facilement aux travailleurs étrangers pour briser une grève ou faire baisser les salaires. (Comment ne pas faire de rapprochement avec le patronat d'aujourd'hui et l'immigration. Des complicités au moins tacites, entre la gauche socialiste, l'extrême gauche, les syndicats d'ouvriers et le patronat sur cette immigration porteuse d'esclave à bas salaires, sur le marché du travail au détriment des travailleurs français, ndlr Gérard Brazon).

Vers la fin du XIXe siècle, tant qu’il y a de l’embauche, les ouvriers parisiens ne songent pas à demander l’expulsion des étrangers, d’autant que ceux-ci, déjà, se chargent des besognes les plus dangereuses ou les plus viles. Mais, dès que la crise économique éclate, la présence des étrangers est remise en question. Faut-il s’étonner que les premiers décrets restreignant le travail des étrangers en France aient été signés en août 1899 par Alexandre Millerand, premier socialiste membre d’un gouvernement ?

La préférence nationale est au centre des débats du syndicalisme ouvrier, aussi bien avant 1895, année de naissance de la CGT, qu’après. Pour les syndicalistes, des immigrés trop nombreux forment la réserve du capitalisme dont parlait Marx. Les patrons s’en servent pour diminuer les salaires. Pour ne pas en arriver à une situation conflictuelle, la CGT préconise un strict contrôle des flux migratoires. (Quel retournement étrange avec l'histoire de la CGT. Ndlr GB)

En 1915, en pleine guerre, la CGT pose la question des ouvriers étrangers : « On ne peut pas les faire venir là où la main-d’oeuvre locale est suffisante… Il faut ensuite assurer aux immigrants un salaire égal à celui des ouvriers nationaux employés dans la même profession. » La création d’un Conseil supérieur de l’importation de la main-d’oeuvre étrangère est exigée. Après 1920, la CGT non communiste, majoritaire, proteste contre l’immigration clandestine et les faux réfugiés politiques, surtout à partir de 1931, quand la France subit la crise économique. La SFIO, par la voix de Léon Blum dans le Populaire, admet qu’« en temps de crise, toute immigration supplémentaire doit être suspendue. [...] Pour prévenir les conflits possibles entre chômeurs français et travailleurs étrangers. » Et leur prévention exige un contrôle des flux migratoires.

La crise s’aggravant, la gauche vote ou fait voter des lois de préférence nationale (loi Herriot de 1932 et décrets-lois Daladier de 1938), d’une grande brutalité. Lors de son congrès de Royan, en 1938, la SFIO admet que « la France ne peut pas supporter à elle seule la plus grosse part des charges découlant du droit d’asile » des réfugiés allemands, autrichiens, juifs, espagnols… Cinquante ans avant Rocard, Blum et ses amis reconnaissent que la France ne peut pas « accueillir toute la misère du monde ».

Après la Libération, ainsi que François de Closets le rappelle dans le “Compte à rebours” (Fayard), la gauche a largement contribué à faire bénéficier le secteur public de la préférence nationale. Des artistes ont aussi accès à ce privilège. Ainsi, la France statutaire bénéficie de la préférence nationale, mais la refuse à la France précaire. C’est une situation aberrante, malsaine. Que nos dirigeants, de gauche ou de droite, devraient aborder avec courage. Sans sombrer dans les petites lâchetés ou l’hystérie.



Christian Jelen (article paru dans Marianne – juin 1998)

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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