Les musulmans, nouveaux parias de la République ? Débat Jeannette Bougrab - Claude Askolovitch.

Publié le 1 Octobre 2013

Istanbul - BORACAN/SIPA

Musulman se préparant la fameuse médaille de bronze sur le front qui est le signe du croyant pétri de religion et de folie religieuse. Pour moi, le signe du parfait crétin. Car pour avoir ce marquage, cette usure de la peau du front, il ne faut pas être autre chose. Ce signe est la preuve que ces hommes sont incapables de vivre leur liberté et ne sont donc que des machines formatées. Bref, l'horreur absolue.

Gérard Brazon

Par Marianne (journal de la gauche libertaire et bobo)

Marianne : Votre livre, Nos mal-aimés*, est à la fois une ardente défense des musulmans de France, de leurs croyances, de leurs pratiques cultuelles, et une violente diatribe dirigée contre ce que vous appelez avec ironie « la belle exception française », qui n'est autre que la République. Est-ce que vous pourriez vous expliquer sur votre volonté d'en découdre avec ce que vous nommez par ailleurs «l'identitarisme républicain» ? 

Claude Askolovitch : Ce n'est surtout pas à la République que je m'en prends, mais à ce qu'on en fait. Je suis plus républicain que les idéologues qui veulent interdire d'université des jeunes femmes qui portent un foulard sur la tête. J'ai grandi avec la phrase de Péguy : « C'est embêtant, se dit Dieu, quand il n'y aura plus ces Français, il y a des choses que je fais, il n'y aura plus personne pour les comprendre. » L'exception française peut être magnifique ou odieuse. Quand elle devient, par un enchevêtrement de lois et de discours, l'interdiction sociale et le harcèlement moral de dizaines de milliers de nos concitoyens, parce qu'ils sont musulmans et croyants, pratiquants et engagés, c'est odieux et absurde. 

Quand 80 % des Français se disent hostiles aux musulmans, c'est catastrophique, pour la France. La société française a changé, et l'islam en fait partie. C'est très compliqué parfois, très dur, mais c'est ce que nous sommes, et ce que nos élites - Jeannette Bougrab en fait partie - s'obstinent à nier, à combattre ou à diaboliser. Pour ce livre, j'ai rencontré ces musulmans dont on parle tout le temps mais à qui on ne parle jamais. J'ai essayé de raconter la France, telle qu'elle devient. 

Jeannette Bougrab, vous avez publié récemment, chez le même éditeur, un livre offensif, Ma République se meurt, dans lequel vous dénoncez a contrario la lâcheté de certains représentants de la République face à l'intégrisme diffus. On imagine que vous ne vous êtes pas reconnue parmi les nombreux portraits de musulmans, convertis ou pas, qui étayent le livre de Claude Askolovitch... 

Jeannette Bougrab : Nous sommes aux antipodes. Etant d'origine arabe et de culture musulmane bien que née en France, je suis une femme issue de l'immigration algérienne, mes parents ont reçu en héritage bien entendu, et moi aussi, une part de cette culture. J'ai donc grandi dans cet univers. Inutile de préciser que je ne me suis pas reconnue dans le livre de Claude Askolovitch ! Surtout en ce qui concerne la réassignation à résidence religieuse qui s'y dessine. Je ne la comprends pas. Dans les années 80, et encore aujourd'hui, il m'est arrivé d'être aux prises avec le racisme, de subir des insultes, telles que « sale Arabe »« sale bicot », mais je n'ai jamais entendu « sale musulman »

Assimiler l'arabité à l'islam : elle est là, la vraie catastrophe. Je suis choquée quand on dit «les» musulmans, «les» juifs, «les» chrétiens. Ne peut-on admettre que tout cela relève in fine de l'intime ? Je ne partage pas du tout cet exhibitionnisme, qui conduit à définir les citoyens en fonction de leur appartenance religieuse, ou de leurs mœurs. C'est pour moi la négation de la République. 

C.A. : Je ne vous réassigne à rien ! Je ne parle jamais « des musulmans » en général. Je parle d'individus. C'est le discours dominant qui globalise les musulmans. Moi, j'évoque un jeune homme dont la femme n'est pas voilée, qui se réclame religieusement du salafisme, qui est syndicaliste Force ouvrière à Marseille et supporteur de l'OM... Ou une jeune femme, brillante médecin, qui vit sa carrière pour venger sa mère, scientifique interdite de carrière parce que portant le voile. Ou une banquière qui se cache pour prier dans un placard à balais. Quand une jeune femme décide d'être musulmane croyante, pratiquante, porte le foulard, puis se retrouve, bien qu'ayant fait des études, dans l'impossibilité de trouver du travail ailleurs que dans une mosquée, il y a un gâchis terrible. Nous l'avons fabriqué. 

J.B. : Issue de l'immigration algérienne, je ne peux m'empêcher de penser à la décennie noire en Algérie où 300 000 personnes ont été assassinées par les terroristes islamistes. Je pense à Lounes Matoub, chanteur kabyle, à ces journalistes, ces artistes, à tous ces anonymes tués sur l'autel de l'intégrisme religieux. Des femmes égorgées parce qu'elles refusaient le voile... En France, des filles renoncent à aller à l'école pour conserver un voile. Au Pakistan, une petite fille musulmane, Malala, a bravé la mort pour obtenir le droit d'aller à l'école. La modernité n'est pas là où l'on croit, elle peut surgir sans qu'on s'y attende d'une terre de désolation. Elle s'est présentée au Pakistan sous les traits de cette enfant. 

C.A. : Les musulmanes françaises empêchées de travailler à cause de leur voile ne refusent ni l'éducation, ni la culture, ni l'intégration, au contraire... Mais ce sont elles que l'on ne veut pas voir. Et pis : pour justifier leur mise à l'écart des libertés communes, on invoque les victimes de l'obscurantisme assassin ou du fascisme islamiste, au Pakistan ou ailleurs. 

En tant qu'ancienne présidente de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (Halde), que pensez-vous de cet argument ? 

J.B. : Il me surprend, car en France, selon la Halde, précisément, la première cause de discrimination à l'emploi, c'est le fait d'être une femme, puis vient l'âge et seulement en troisième les raisons liées à l'origine. Mais lorsque, dans un local de la CGT de PSA Aulnay, on interdit aux femmes d'entrer, cela me pose un problème ! Quand des agents de la RATP refusent de serrer la main des femmes, ce sont des situations intolérables. Avoir été les victimes de discriminations par le passé ne justifie pas qu'on puisse au nom de croyances religieuses rejeter l'autre en raison de son sexe. 

Au cœur de votre différend, il y a l'affaire de la crèche Baby Loup. Claude Askolovitch reproche au camp laïc d'avoir construit sur le sujet un récit qui lui est favorable, en décrivant la crèche comme un îlot au milieu d'un quartier islamisé... 

J.B. : Cette affaire a été la démonstration que Mme Afif [la salariée de la crèche licenciée parce qu'elle portait le voile] - qui en est la cause - a su appuyer sur le point faible de la République, pour obtenir pathétiquement une rupture conventionnelle, et donc quelques milliers d'euros à la clé. Elle a joué sur la culpabilité postcoloniale. J'ai écrit Ma République se meurt, j'aurais dû dire : elle est morte. Nous ne sommes plus que quelques-uns à défendre cet idéal. Nous avons choisi d'être les enfants d'une République émancipatrice, et nous nous battrons, comme tout citoyen, pour vivre cette liberté. Le pire des destins serait que la République s'effondre dans le communautarisme religieux. La laïcité dans cette République idéalisée n'est pas négociable dans les écoles publiques et le secteur public. La sanctuarisation est une nécessité. Je ne comprends pas les atermoiements de la République. 

Derrière le voile de ces jeunes filles se dissimule souvent autre chose que je combats. Par exemple, celles qui refusent de passer des examens parce qu'elles sont seules dans une classe avec un professeur homme. Ceux qui interrompent des examens ainsi pour des raisons cultuelles me révoltent. Ceux qui refusent le contenu de certains enseignements en raison de leurs croyances religieuses me révulsent

C.A. : Je les désapprouve également, mais des comportements à proscrire ne justifient pas que l'on mette le feu au pays. Quant à Baby Loup, c'est une histoire dans laquelle l'islam et la laïcité n'avaient rien à faire. J'ai un point commun avec Jeannette. Je pense, comme elle, que la crèche avait raison moralement, face à son employée. Mais celle-ci n'a jamais voulu « imposer ses convictions religieuses » à son employeur, ni ne prétendait travailler voilée. Elle voulait être licenciée, en prenant des indemnités transactionnelles, et, n'y parvenant pas, a fait du scandale pour y parvenir, en jouant, notamment, de sa religion. C'est mal ! 

Mais ce qui est plus dommageable, c'est ce qui a été écrit ensuite, et répété depuis trois ans: que l'employée était l'instrument des islamistes, que le quartier de la Noé était islamisé, capté par les intégristes, que cette ville avait été enlevée par l'islam à la République... Et que celle-ci, pour se défendre, devait donc interdire aux femmes voilées en général d'être des nounous, fût-ce chez elle, à domicile ! Tout était faux dans la narration, pour parvenir à la conclusion, odieuse, toujours la même : pourrir un peu plus la situation, et la vie des musulmanes. 

A vous écouter, tout vous sépare ; pourtant, vous vous référez l'un et l'autre à la République ! Que mettez-vous au juste chacun sous ce vocable ? 

C.A. : La même chose que vous ! Liberté, égalité, fraternité, l'égalité des chances, la sécurité, une vie en commun. Pour tous. Je n'y mets pas ce qu'on appelle la laïcité depuis quelques années - ce qu'on a fait de ce mot, je veux dire. A savoir, la chasse obsessionnelle à l'apparence musulmane, la montée en épingle, maniaque, du moindre incident - pourquoi faire payer à tous les musulmans, et à toute la société française, le comportement d'un intégriste à la RATP ? 

Et cette idée, permanente, qu'il n'y aurait de « bons musulmans français » que ramenés au modèle culturel dominant, donc forcés de mentir sur eux-mêmes, ou d'abjurer ! Vous m'interrogiez sur « l'identitarisme républicain »... C'est justement cette «laïcité». Dans un monde bouleversé, la France panique, s'égare, écoute des bêtises, pense pouvoir nier l'époque ou remonter le temps. C'est un vertige qui a saisi la France, un trou noir identitaire : nous ne sommes plus nous, c'est insupportable... La «question musulmane», sous toutes ses déclinaisons, est née de ce vertige et de cette peur. 

J.B. : Les portraits que vous dressez, avec une naïveté déroutante, des musulmans que vous avez rencontrés n'en sont pas moins de facture communautariste ! Les idées de République et de laïcité ne sont pas propres à la France. Voyez les manifestations contre l'islamisation galopante à Istanbul en juin dernier ; souvenez-vous du pique-nique en Kabylie au moment du ramadan, et voyez encore la lutte des opposants en Tunisie qui postent des photos sur Twitter où ils se montrent buvant de l'alcool. Il existe un décalage entre ce qui se passe en France et cette aspiration à la liberté d'une partie des peuples arabes. Je pense notamment à ce collectif de rappeurs qui s'appelle Maghreb United : ils vivent dans le fantasme ! Tout le monde sait que, de l'autre côté de la Méditerranée, Marocains et Algériens s'ignorent. Et puis, quand j'ai sorti mon livre, j'ai eu quatre mois de protection policière. Vous trouvez ça normal ? 

C.A. : Non ! Mais vous savez, moi, j'ai perdu mon boulot quand je défendais le halal contre Marine Le Pen ! C'est moins dangereux, mais assez handicapant et révélateur. J'ai beaucoup écrit contre la violence et les fascistes qui se réclament de l'islam, j'ai été le premier à contester Tariq Ramadan, et je persiste dans ce livre. Mais l'islamisme et les pervers qui vous ont menacée ne justifient pas que l'on dénature la République en la corsetant. On raconte aux Français que l'islam et les musulmans les menacent et les nient, en bloc, et cela prend. Mais on massacre l'avenir de ce pays en lui refusant sa vérité... Je suis désolé, Jeannette, mais votre combat n'a rien d'émancipateur. Vous êtes sans doute pleine de bonnes intentions, pénétrée de votre histoire personnelle, qui est très belle, et très légitime. Mais il y a d'autres Français, qui n'ont pas les mêmes options philosophiques que vous ou moi, qui sont musulmans engagés, et qui n'en sont pas moins français ; pourtant, on le leur conteste. Leur existence ne nous menace pourtant aucunement. 

Propos recueillis par Philippe Ridou 

*Nos mal-aimés. Ces musulmans dont la France ne veut pas, de Claude Askolovitch, Grasset, 208 p., 18 €. A paraître le 18 septembre. 

Ma République se meurt, de Jeannette Bougrab, Grasset, 224 p., 18 €. 


Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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L'EN SAIGNANT 02/10/2013 17:18


Il est révélateur et hautement inquiétant que "C. A." ignore là, ou le feint totalement, la vraie nature de  l'ISLAM qu'il ramène malhonnêtement à l'état d'une
"SIMPLE RELIGION". Or, il n'y a qu'un ISLAM qui lie intimement La FOI et l'ÉTAT et soumet intégralement ce dernier donc, tous ses CITOYENS, dans tous ses actes et entreprises à la RELIGION. Cette
VRAIE NATURE, seuls des FAUX CULS PROFESSIONNELS PROSÉLYTES font tout pour la CAMOUFLER POUR MIEUX POUVOIR L'IMPOSER PAR SURPRISE ... Car, DÉCOUVERTE et exposée au grand jour, elle ne peut que
GÉNÉRER la RÉPULSION la PLUS VIVE et la plus PROFONDE au coeur de tout HOMME LIBRE, RÉPUBLICAIN et DÉMOCRATE. Aussi, ne peut-on que FLÉTRIR l'ACTIVISME CAMOUFLÉ donc ÉCOEURANT, d'un tel triste et
DANGEREUX sire .! 

mika 01/10/2013 20:58


Marine Le Pen - Claude Askolovitch... Quick
Halal.



https://www.youtube.com/watch?v=hcCWiFO9NX8