Les nouveaux enjeux de l'ouverture des magasins le dimanche

Publié le 11 Février 2013

La France et sa capitale exploiteraient bien mieux leurs attraits touristiques si leurs magasins avaient le droit d'ouvrir le dimanche.

Le diagnostic est clair : la France, première destination touristique mondiale avec 80 millions de visiteurs par an, ne se classe que troisième derrière les Etats-Unis et l'Espagne sur le plan des recettes. En 2011, selon une étude publiée en juin par le ministère de l'Economie, les touristes ont dépensé 38,7 milliards d'euros dans l'Hexagone, contre 83,5 milliards aux Etats-Unis et 43 milliards en Espagne. Et c'est, à la fois, la qualité de l'hébergement hôtelier qui déçoit une partie de la clientèle étrangère - notamment celle issue des BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) -, mais aussi… « l'offre de shopping ». C'est dans ce contexte que les dirigeants des grands magasins parisiens du boulevard Haussmann se battent pour obtenir le droit d'ouvrir le dimanche leurs temples de la mode et du luxe, au-delà des 5 ouvertures exceptionnelles auxquelles ils ont droit chaque année, dérogations qu'ils utilisent au moment des fêtes. Selon l'un d'entre eux, les portes closes du Printemps et des Galeries Lafayette en temps normal exaspéreraient tellement les Russes, les Chinois mais aussi les riches ressortissants du Moyen-Orient que certains tour-opérateurs leur organiseraient le dernier jour de la semaine des « virées shopping » à Londres ou à Madrid…

De fait, Paris, est aujourd'hui une ville-monde, reliée à d'autres villes-monde, comme Londres, par des moyens de transport ultrarapides, avion ou TGV, qui raccourcissent l'espace, comme l'explique le philosophe Michel Serres. Des villes concurrentes pour lesquelles le commerce est un enjeu, comme le prouve le fait que, à Madrid, une nouvelle réglementation laisse désormais à l'appréciation de chaque propriétaire ou gérant de magasin la possibilité d'ouvrir ou non le dimanche.

Le débat, qui porte plus globalement sur les amplitudes horaires, le soir notamment, comme l'a rappelé la récente affaire du Sephora des Champs-Elysées, n'est pas ignoré par Sylvia Pinel, la ministre, qui réunit sous son autorité à la fois le commerce et le tourisme. Peu après son entrée au gouvernement, elle déclarait devant le Conseil du commerce de France : « Je souhaite que des synergies puissent se développer entre les secteurs du commerce et du tourisme, qui ont tout à gagner à évoluer ensemble. »« De nombreuses clientèles originaires d'Asie, du Moyen-Orient, d'Amérique latine ou de Russie lient très directement tourisme et shopping », reconnaissait-elle encore en juin dernier. Depuis, rien ne s'est passé. Et aucune volonté de remettre en chantier la loi Mallié sur l'ouverture dominicale n'a été manifestée. Cette loi, voulu par Richard Mallié, député des Bouches-du-Rhône jusqu'en 2012, pour régulariser la situation du centre commercial de Plan-de-Campagne, a été une avancée. Elle a créé les périmètres d'usage de consommation exceptionnelle (puce), où, comme dans les zones classées touristiques, les magasins peuvent ouvrir le dimanche. Mais elle laisse aux maires le pouvoir de décider in fine. C'est ainsi qu'à Paris, par la volonté de Bertrand Delanoë, le boulevard Haussmann n'est pas une zone touristique.

Pourtant, l'Alliance du commerce, les Galeries et le Printemps auraient une justification économique à ouvrir 52 dimanches par an. Selon le syndicat professionnel qui regroupe les magasins de centre-ville, le manque à gagner pour les deux enseignes se situe entre 168 millions d'euros par an - soit 7 % de leur chiffre d'affaires -, dans le bas de la fourchette et 10 %, soit 240 millions d'euros, dans le haut.

Aux Galeries Lafayette du boulevard Haussmann, la clientèle étrangère représente 50 % des ventes, et les seuls Chinois, environ 20 %. Rien ne peut mieux justifier que la coupole, qui vient de fêter ses cent ans, constitue un réel lieu touristique. Aujourd'hui, néanmoins, à Paris, sur la rive droite, seuls la rue des Francs-Bourgeois et le Carrousel du Louvre sont ouverts le dimanche.

Socialement, les Galeries sont prêtes à offrir à leurs salariés un « paquet » consistant : compensation salariale pouvant aller jusqu'au doublement du salaire, volontariat, etc. Selon l'Alliance du commerce, le projet d'ouverture dominicale, sur 52 dimanches, du Printemps et des Galeries Lafayette Haussmann, sites qui emploient déjà 7.500 personnes, entraînerait la création de 1.000 emplois à temps plein et à contrat à durée indéterminée. Au niveau national, dans l'hypothèse d'une ouverture moyenne de l'ordre d'une quinzaine de dimanches par an seulement, les études les plus prudentes évaluent les créations nettes à environ 20.000 emplois à temps plein.

« Salariés bradés, dimanches sacrifiés et horaires décalés, temps partiel imposé, c'est assez ! » répondait il y a peu François Manesceau, délégué FO, lors d'une manifestation sur le même boulevard Haussmann. Dans l'ensemble, bien que plus partagés qu'il n'y paraît, les syndicats craignent que le dimanche soit la porte d'entrée à une libéralisation générale des horaires d'ouverture dans les commerces. Face à eux, selon un récent sondage Ipsos, 78 % des habitants de l'Ile-de-France, soit 4 Franciliens sur 5, se déclarent en faveur de l'ouverture dominicale. Une mesure qui n'intéresserait donc pas que les seuls touristes. Elle serait aussi, selon ses partisans, une opportunité de « reconquête » pour les commerces de centre-ville, alors que de nombreuses métropoles françaises ont accompli des efforts remarquables d'embellissement, de restauration du patrimoine et de création architecturale. Un argument sociétal qui s'ajoute aux arguments économiques.

Philippe Bertrand
Chef de service adjoint, chargé du secteur de la distribution


Les points à retenir
La problématique de l'ouverture dominicale des commerces est lourde d'enjeux pour la France, première destination touristique mondiale.
Les dirigeants des grands magasins parisiens, dont la clientèle étrangère représente 50 % des ventes, militent de longue date pour un assouplissement de la réglementation.
S'ils étaient autorisés à ouvrir 52 dimanches par an, ils estiment que cela entraînerait la création de 1.000 emplois à temps plein.
Écrit par Philippe BERTRAND 
Chef de service adjoint 
pbertrand@lesechos.fr

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Economie-Finance-Industrie

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island girl 13/02/2013 21:28


La CGT empeche les gens de travailler !

aupied 12/02/2013 02:54


Que de contradiction , il y a quelques années a Marseilles, les employés de Plan De Campagne , voulez travailler le dimanche , cela leurs a été refusé par le ministère du travail , et maintenant
c'est permis ????? ils ont besoin de sous ???? c'est vrai qu'avec ce que dépenses le gouvernement , ils leurs faut de l'argent et toujours plus d'argent , et nous de plus en plus de taxes , c'est
ça le socialisme 

Valhante 11/02/2013 22:35


Pauvres enfants de la patrie, nous leur aurons tout volé. Education, enseignement, dimanche et vacances avec leurs parents et/ou leurs cousins. Que vont-ils devenir ?


Coup de grâce à la famille. Tous égaux dans le malheur !


Volontariat ? mon oeil !


Responsabilité des parents ? Comment ? Quand ?


L'école ? Je l'avais oubliée.


Sauvés !

Epicure 11/02/2013 19:40


cette ouverture ouvrirait (!) la voie aux emplois des étudiants et personnes qui n'ont rien à faire le dimanche et qui seraient heureuses de trouver une ressource financière supplémentaire à un
moment libre maniable. Leur repos pourrait trouver d'autres moments et solutions à d'autres phase de la semaine...Mais les employés monopratiquants à vie en CDI s'en foutent...