Les « PétroShekels », l’or noir israélien - par Jean-Patrick Grumberg

Publié le 7 Octobre 2011

Par Jean Patrick Grumberg

Lorsque j’ai publié, il y a quatre mois, deux articles sur ce que j’appelle les « PétroShekels », j’ai reçu une avalanche de demandes de précisions, d’éclaircissements, mais surtout, de très nombreux emails de lecteurs sceptiques. Leur principal doute venait du fait qu’ils s’expliquaient mal qu’une nouvelle aussi importante – Israël en passe de devenir l’un des plus important producteur de pétrole au monde, au même niveau, voire devant l’Arabie Saoudite – une nouvelle qui bouleverse totalement les rapports de force dans la région, ait reçu aussi peu de couverture médiatique, même dans les médias israéliens. Car si Israël est capable, à terme, de faire un bras d’honneur à l’OPEP, tous les printemps arabes du monde pourrons aller se faire rhabiller.

 
Screen-Shot-2011-10-05-at-19.10.43-215x5Bassin pétrolier de Shfela, en vert
 
Ce mois de septembre, voulant en savoir plus sur l’or noir israélien, je suis monté à la capitale, à Jérusalem, où j’ai rencontré le Vice Président Technologie de la société IEI qui exploite le bassin pétrolier de Shfela, situé entre Jérusalem et la mer (en plein coeur d’Israël et loin de tous territoires disputés).  
 
Pour mémoire, Dick Cheney, l’ex vice Président américain, ancien président d’Halliburton, l’une des premières sociétés mondiale d’exploitation pétrolière, ainsi que Rothschild, Steinhardt et Murdoch, sont actionnaires de Genie Energy, la société mère d’IEI.
 
Jean-Patrick Grumberg : Mr Scott Nguyen, vous êtes diplômé de l'université de Harvard aux Etats Unis, dont vous avez obtenu un P.H.D, et vous étiez "Senior Physicist" (que l'on pourrait traduire par : Physicien cadre supérieur) chez Shell. Vous avez déposé, en votre nom, plus de vingt brevets d’inventions aux Etats Unis, et vous travaillez maintenant en Israël pour « Israel Energy Initiative ».
 

Scott Nguyen :  Exact.
 

Drzz.fr: Depuis combien de temps vivez-vous en Israël ?
 

SN: Je suis venu ici, en Israël, il y a un peu plus d'un an. J'ai rejoint la société IEI en août 2010.
 

Drzz.fr: D'où veniez-vous ?
 

SN: Je vivais à Houston, au Texas. Je travaillais pour Shell. J’ai travaillé sur le développement des technologies du pétrole lourd et du pétrole de Schiste.
 
Drzz.fr: Qu'est-ce qui vous a décidé à venir dans ce petit pays et de quitter le grand Houston, Texas ?
 

SN: (Riant) C’est parce que je travaillais avec Harold Vinegar lorsqu’il était responsable scientifique à Shell. Lorsqu’il a pris sa retraite, ici en Israël, j'ai reçu un appel téléphonique de lui, et il m’a demandé de le rejoindre chez IEI. Après réflexion, et une visite avec ma femme, nous avons décidé ensemble que nous avions une bonne occasion d'essayer quelque chose de nouveau. Donc je suis entré chez IEI, qui est une entreprise privée israélienne. Nous avons des investisseurs multiples, mais le principal investisseur est une société aux États-Unis. Il s’agit de Genie Energy.
 

SN: La plupart des grandes compagnies pétrolières, en particulier celles qui ont des activités dans les pays du Golfe et du Moyen Orient, n’auront pas d’opérations en Israël.
 

Drzz.fr: C'est politique.

 
Drzz.fr: Quelle est, aujourd'hui, la quantité confirmée de pétrole israélien ?
 
Nguyen-et-Schiste-e1317846783657-398x500"Voici à quoi ressemble cette roche"
 

SN: Quand nous parlons de la ressource pétrolière d’Israël, il s'agit en fait de pétrole de schiste. Voici à quoi ressemble cette roche. Il y a une certaine quantité de pétrole dans cette roche, qui dégage d’ailleurs une odeur de pétrole, au moment de son extraction. Cette roche, si vous lui laissez quelques millions d'années, elle se transformera en pétrole et en gaz.

 
Drzz.fr: D'accord, donc nous n’avons qu’à attendre !
 

SN: Oui, attendre un million d'années ! Où alors, on peut la chauffer, et elle se transforme immédiatement en pétrole et en gaz. La chaleur permet de créer un gaz bouillant. Au total, il s'agit d’une réserve de 250 milliards de barils.

 
Drzz.fr: Confirmés ?

 
SN: Oui, et c'est un chiffre qui provient d’études géologiques validées.

 
SN: Et je pense que le nombre de 250 milliards de barils est un nombre très prudent.
 

Drzz.fr: Et cela pourrait subvenir aux besoins du pays pendant combien de temps ?

 
SN: Eh bien, si l’on fait le calcul, environ 3000 ans.
 
Drzz.fr : yeux écarquillés.
 
SN: Oui, c'est assez important ! En ce moment, l'Arabie Saoudite, qui a la plus grande réserve au monde, a environ 250 milliards de barils. Donc, Israël a l’équivalent de la  réserve de pétrole de l'Arabie Saoudite.
 
Drzz.fr: Mais eux ont les tuyaux, ils n’ont qu’à aspirer le liquide.

 
SN: Il y a une distinction. En ce qui concerne cette réserve de 250 milliards de barils, une bonne quantité est facile à produire avec la technologie conventionnelle. Le pétrole israélien est une « ressource », et il sera considéré comme une « réserve » quand nous aurons démontré que la technologie est viable. Alors toutes les « ressources pétrolières » d'Israël pourront être considérées comme des « réserves pétrolières ».
 
SN: C'est une différence technique, mais il doit être clair qu'il y a une étape à passer. Cependant, le potentiel d’Israël en pétrole est là, parce que le pétrole de schiste est là. Et il est en très, très grande quantité.
 

Drzz.fr: Et à quel point en sommes-nous de passer de … ressource à réserve ?

 
SN: Passer à la production du pétrole et du gaz, cela prend du temps. Nous sommes dans la première phase, nous l'appelons la phase d'exploration, et c'est là que nous avons cherché à savoir quelle quantité de pétrole nous avons. Nous savons maintenant exactement où les ressources sont les meilleures, et là où elles sont moins bonnes.. 
 
SN: Nous connaissons ses propriétés. Ensuite nous prévoyons de faire une phase test sur le terrain. Nous irons sur le terrain, nous irons forer, pour démontrer que la technologie fonctionne. Nous, nous savons qu’elle fonctionne, nous avons déjà fait cela au Colorado, Harold et moi, nous avons fait cela au Colorado et nous le ferons ici.
 

Drzz.fr: C'est la même chose ?
 
SN: similaire. Il existe quelques différences, qui font qu’ici c’est beaucoup moins difficile.
 

Drzz.fr : Ici ?

 
SN: Oui.
 

Drzz.fr: C’est une bonne nouvelle !

 
SN: Et la phase test est prévue en 2012, une fois que nous aurons reçu les permis et les approbations du Comité de planification de Jérusalem. Courant 2013, nous aurons notre première goutte de pétrole israélien, et la phase test se terminera en 2014. Après cela, nous commencerons la planification à l'échelle commerciale. Notre premier objectif est d’obtenir 50.000 barils par jour, c’est à dire un cinquième du marché israélien, civil et militaire.
 
SN: Ensuite, nous continuerons à plus grande envergure. Israël a assez de ressources pour être totalement indépendant. Nous pourrons fournir 250.000 barils par jour d’ici la prochaine décennie. Vers la fin de la décennie, nous serons en mesure de livrer 50.000 barils par jour, et nous monterons lentement jusqu'à 250.000 barils par jour. C'est un projet qui nécessite des investissements importants pour arriver à cette quantité.
 
Drzz.fr: Pour arriver à 250.000 barils par jour, vous pensez qu’il faut vingt ans ?
 

SN: Notre premier objectif est de 50 000 barils/jour d’ici la fin de cette décennie, et puis, en 2020, 250.000 barils. La suite dépend de l’initiative du gouvernement israélien et de ses priorités. 
 

Drzz.fr: De quelle sorte d’infrastructures avons nous besoin pour l’exploitation ?
 

SN: Eh bien, le plus important est la main d'œuvre. Ce n'est pas tellement la main-d'œuvre au sens nombre de travailleurs, mais au niveau de la création des connaissances. C’est l'aspect le plus critique. Il faut obtenir des gens, des israéliens, qu’ils apprennent l'industrie du pétrole et du gaz. Et qu’ils arrivent au bon niveau. Je pense que c’est l’aspect le plus critique. Tout le reste, les installations, ce n’est pas essentiel, parce qu’on aura besoin d’équipements standards et qu’ils existent.

 
Screen-Shot-2011-10-05-at-18.07.20.png"Nous faisons un puits à l'intérieur, puis nous mettons dedans ce que nous appelons des chauffages"
 

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Economie-Finance-Industrie

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Nancy VERDIER 07/10/2011 21:12



FANTASTIQUE...!!!