Les professeurs ne sont jamais tenus responsables des résultats de leurs élèves !

Publié le 20 Janvier 2014

Les professeurs français sont parmi les moins respectés d’Europe. C’est ce que révèle l’index mondial du statut des professeurs 2013 réalisé par la fondation Varkey GEMS. L’étude, menée dans 21 pays développés, s’intéresse à la perception du métier d’enseignant dans la société. Anne Coffinier, directeur général de la Fondation pour l’école, répond aux questions de Boulevard Voltaire.

 Par Anne Coffinier

Les professeurs français sont, selon cette étude, les moins respectés d’Europe. Qu’en pensez-vous ?

Cela ne m’étonne pas. Cette étude a le mérite de mettre le doigt sur un des facteurs principaux de la crise de l’école en France : la dégradation de la condition enseignante. Ne vous y méprenez pas : je ne vais pas vous dire que les professeurs ne sont pas assez payés. Ils le sont un peu moins qu’ailleurs en Europe mais je ne crois pas que ce soit le principal problème. Ce qui est en cause, c’est l’image du professeur. Depuis mai 1968, la place du professeur dans la société n’a fait que se dégrader. L’usage du terme d’« enseignant » montre à l’envi que le professeur est descendu de son piédestal, au terme d’un processus mi-subi mi-désiré.

Les professeurs seraient-ils responsables de leur mauvaise image ?

En adhérant à une certaine pédagogie dominante qui veut faire d’eux des animateurs sur un pied d’égalité avec les élèves plutôt que des professeurs qui, du fait de leur savoir, sont clairement dans une position de supériorité face à l’élève, oui certainement. Mais il y a aussi tous ceux qui n’adhèrent pas à cette conception du métier et qui « résistent » dans le système ou en dehors, qui continuent à être passeurs de culture et de sens, sans se laisser culpabiliser de vouloir transmettre « de haut en bas » des savoirs, de manière assez directive. Je voudrais leur rendre hommage. Ces professeurs-là sont eux aussi en butte à une dépréciation de leur image, car les gens ne peuvent pas faire la différence a priori.

La société se rend bien compte de ce qu’on peut appeler la « prolétarisation du métier » : le professeur est celui qui n’est pas bien payé, mais il est surtout celui qui — dans certains établissements — se fait insulter, bousculer, voire agresser dans l’indifférence totale de sa hiérarchie administrative. Il est celui qui n’est pas suivi lorsqu’il préconise un redoublement ou une sanction disciplinaire. Il est celui qui subit, impuissant, une série d’absurdités kafkaïennes, de lourdeurs et paperasses inutiles, et qui doit ferrailler pour exercer la moindre des libertés élémentaires. Il est celui qui est contraint à remonter arbitrairement la note des copies qu’il corrige pour le brevet ou le bac s’il ne veut pas subir les foudres du rectorat. Il est encore celui qui doit garder dans sa classe ceux qui n’y ont manifestement pas leur place et qui gênent tous les autres. Il est celui qui« encaisse » et qui souffre… et les élèves sont les premiers à s’en rendre compte.

La mauvaise image des professeurs n’est-elle pas due à d’autres réalités aussi ?

Si. Les professeurs sont évalués sur les moyens qu’ils mettent en œuvre (ils doivent être conformes à la vision développée par le ministère) mais jamais tenus pour responsables des résultats de leurs élèves. C’est aberrant et infantilisant. Présumer qu’il y a un lien entre la qualité du professeur et les résultats de ses élèves est politiquement incorrect en France. Très peu nombreuses sont les études françaises faisant le lien entre les méthodes utilisées et les résultats académiques atteints, alors qu’on en compte tellement sur le rapport entre les résultats académiques et les origines sociales des enfants. Si les professeurs étaient évalués sur les résultats académiques de leurs élèves, il serait bien sûr intenable pour l’Éducation nationale de continuer à les contraindre dans les moyens pédagogiques qu’ils mettent en œuvre.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Du côté des médias

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