Les rappeurs contre Charlie Hebdo : match nul ! - Par Nicolas Gauthier

Publié le 27 Novembre 2013

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« Les miens se lèvent tôt, j’ai vu mes potos taffer. Je réclame un autodafé pour ces chiens de “Charlie hebdo”. »

Par Nicolas Gauthier pour Boulevard Voltaire

Où va la France ? Que fait la police ? Rome est-elle encore dans Rome ? Nous sommes légitiment en droit de nous le demander. En effet, c’est que l’on ne respecte plus rien de nos jours ; même plus Charlie Hebdo, c’est dire. Allez vous étonner ensuite de la montée du Front national…

Motif de cette nouvelle controverse de Valadolid : La Marche, chanson d’un collectif de rappeurs, surfant sur le succès du film éponyme retraçant la fameuse équipée des Beurs, en 1983, le tout produit par Luc Besson et depuis peu visible sur nos écrans.

Pour être tout à fait honnête, on a entendu pire dans le genre, que ce soit en paroles et musique. « La France, je t’aime. Mais toi, tu ne m’aimes pas. Quand je viens vers toi, parle-moi. Ne me refuse pas. Marchons main dans la main. Dis-moi ce qui ne va pas. C’est notre putain de pays ! » Et ce même collectif regroupant le gratin du rap français de s’indigner que dans les « quartiers », l’État puisse donner la priorité au football plutôt qu’aux bibliothèques.

Jusque-là, tout va bien, ou en tout cas pas trop mal, même si un tel discours aurait plus tendance à réjouir les lecteurs de Boulevard Voltaire que ceux deCharlie Hebdo. Mais c’est après que le ciel se couvre. Quand nos lointains descendants des Compagnons de la chanson évoquent ce « philosophe de merde qui nous vend ses livres »… À qui peuvent-ils bien penser ? Tout de même pas à notre BHL national, l’homme qui a ramené la paix en Libye au nom de l’amitié entre les peuples ? Ce serait trop injuste. Le gag, c’est après, quand un certain Nekfeu nous chante, pas tout à fait dans le ton et pas trop dans le tempo, en un Français vigoureux, quoique un poil approximatif :« D’t’façon y a pas plus ringard que le raciste. Ces théoristes veulent faire taire l’islam. Quel est le vrai danger : le terrorisme ou le taylorisme ? Les miens se lèvent tôt, j’ai vu mes potos taffer. Je réclame un autodafé pour ces chiens de “Charlie hebdo”. »

Et là, ça ne rigole plus du tout… Panique à bord et tout le monde dans les chaloupes. Charb, patron de l’hebdomadaire en question, se prétend « effaré »par la « violence » de cette chanson. Pauvre petit bouchon. Et oubliant sûrement de s’étonner de l’effarement d’autrui, lorsque la une un peu violente de son journal exhibait un dessin de Mahomet, nu, à quatre pattes, une étoile plantée dans le fion… Sans même évoquer d’autres unes, au Christ consacrées, et faisant preuve du même goût exquis…

Il paraît que le gugusse ne portera pas plainte. Trop aimable. Les apprentis anarchistes qui vont chialer chez les argousins ayant le don de susciter chez moi une hilarité que mille casernes de pompiers ne sauraient éteindre. En revanche, histoire que l’honneur des chaisières ne demeure pas lettre morte, Charb s’est fendu d’un ex-voto dans Le Monde, assurant que Charlie Hebdon’était pas « raciste ».

Et là, c’est du lourd, de l’énorme, (à côté, Hulk, c’est Sim) : « Créé après l’interdiction d’Hara Kiri par le ridicule pouvoir gaulliste de 1970, Charlie Hebdo est fils de mai 68, de la liberté, de l’insolence… » Quand les cendres de Charb seront transférées au Panthéon, ce qui ne saurait tarder, après celles de Garcimore et du père Dupanloup, ces phrases seront à graver dans le marbre. Déjà parce qu’en 1970, l’homme du 18 juin 1940 n’était plus aux affaires. Puis, en raison de cette « liberté », de cette « insolence » ayant poussé ce folliculaire à virer le dessinateur Siné, l’un de ses membres historiques, pour avoir raillé Jean Sarkozy, fils de qui vous savez et tête pensante que le monde entier nous enviait alors. Il est vrai qu’à l’époque, le père du petit Jean avait propulsé Philippe Val, patron de ce bulletin paroissial, à la tête de France Inter, ceci expliquant probablement cela…

Si l’on était méchant, on ajouterait encore cette une d’Hara Kiri, rappelée à nos bons souvenirs par Minute, le 20 novembre dernier, remontant à la première venue de Jean-Paul II en nos contrées à la fin des années 70, et de la sorte titrée : « Le Pape à Paris : Les Français aussi cons que les Nègres »… Époque où l’antiracisme avait ses élégances, dirons-nous.

Et à propos de cons, il est quoi, Charb ? Comme la lune, à l’évidence.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Du côté des médias

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