Les régimes autoritaires n'ont pas le monopole de la torture

Publié le 26 Décembre 2011

LE PLUS. Dans l'imaginaire collectif occidental, la torture est davantage associée à la Corée du Nord ou à la Syrie qu'à une démocratie. Et pourtant, les régimes autoritaires n'ont pas l'exclusivité de ces crimes, explique Jean-Etienne de Linares, délégué général de l'ONG ACAT-France, qui vient de publier son rapport annuel sur la torture dans le monde.

Jean-Etienne de Linares

Par Délégué de l’ACAT-France

Edité et parrainé par Hélène Decommer

Nous voudrions croire l’usage de la torture réservé aux régimes autoritaires. Mais ils n’ont pas l’exclusivité de ces crimes et les principaux pays reconnus comme démocratiques sont loin d’être irréprochables en la matière.

 

Des militaires américains amène un détenu dans le Camp VI de Guantanamo, le 30/03/10 (AFP Photo/Paul J. Richards) 

Des militaires américains amène un détenu dans le Camp VI de Guantanamo, le 30/03/10 (AFP Photo/Paul J. Richards)

 

Des démocraties ont usé de la torture à grande échelle

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, cinq démocraties ont employé la torture sur une vaste échelle.

En Espagne, la torture a survécu à la dictature franquiste et son usage demeurera fréquent dans le cadre de la lutte anti-terroriste menée contre l’ETA. Les États-Unis n’ont cessé d’y avoir recours, que ce soit l’œuvre de leurs forces armées sur leurs divers théâtres d’opération (Corée, Vietnam, Afghanistan, Irak…) ou de leurs services secrets dont les agents, quand ils ne torturaient pas eux-mêmes, ont servi d’instructeurs aux forces de sécurité des nombreux régimes autoritaires qu’ils ont soutenus ou contribué à mettre en place.

 

La France a bâti un vaste système tortionnaire lors des guerres de décolonisation des années 40 et 50 (Madagascar, Indochine, Algérie). Israël a toujours largement pratiqué la torture dans le cadre du conflit qui l’oppose aux Palestiniens et a même été l’un des rares pays à en autoriser de fait certaines méthodes. Le Royaume-Uni enfin a fait de même contre l’IRA pendant la guerre d’Irlande du nord et ses services secrets ont toujours amplement collaboré avec ceux des États-Unis.

Et aujourd'hui ?

Pour ce qui est de la période actuelle, la situation n’a pas changé concernant Israël. Les Palestiniens arrêtés et interrogés parce que suspectés de menacer la sécurité du pays témoignent d’un recours presque systématique à des traitements cruels, inhumains ou dégradants, voire à la torture.

Même si le Royaume-Uni ne recourt plus la torture sur une grande échelle, les pratiques de certains de ses militaires en Irak et en Afghanistan font l’objet de doutes importants. Quant à la coopération continue de ses services secrets avec ceux des États-Unis, notamment dans le cadre des restitutions extraordinaires, elle a pu conduire certains agents du MI6 à participer à des transferts illégaux de terroristes présumés dans des pays tiers et à des séances d’interrogatoire renforcé et de torture.

 

Un Américain lors d'une manifestation(Darryl Dyck/AP/SIPA)

Un Américain manifestant pour que G. W. Bush soit jugé pour crime de guerre et torture, le 20/10/11 (Darryl Dyck/AP/SIPA)

 

Aux États-Unis, l’administration Obama a certes officiellement renoncé à l’usage de la torture. Mais le fait qu’elle n’ait pas réussi à fermer Guantanamo, la poursuite du conflit en Afghanistan, tout comme l’amplification de sa politique d’assassinats ciblés au moyen de drones, peuvent nous rendre sceptiques sur l’abandon des pratiques usuelles de ses services secrets (waterboarding, positions de stress, privations sensorielles…) et surtout sur leur capacité à sous traiter la torture auprès de leurs collègues de pays peu regardant en matière de droits de l’homme.

Sur le territoire même des États-Unis, c’est en premier l’usage abusif des armes non létales, comme le pistolet à impulsions électriques (taser) qui reste inquiétant. Ces armes provoquent d’intenses souffrances et sont trop souvent utilisées contre des personnes qui ne présentent aucun danger parce que déjà maitrisées ou incarcérées. En second lieu, les conditions de vie imposées aux détenus des prisons de sécurité maximale, à l’image du sergent Bradley Manning ou encore des détenus dans les couloirs de la mort, sont constitutives de torture. Dans ces prisons, l’isolement extrême (23h/24) et prolongé dans des cellules minuscules où ils sont privés d’effets personnels et d’activités intellectuelles conduisent nombre de détenus aux portes de la folie.

Pour la quasi-totalité des autres pays démocratiques, dont la France, nos inquiétudes portent en particulier sur les renvois dangereux de demandeurs d’asile vers des pays où ils risquent d’être torturés, sur les nombreux cas d’usage excessif de la force par les unités en charge du maintien de l’ordre, ainsi que sur les mauvaises condition de détention dans l’essentiel des lieux privatifs de liberté (surpeuplement, recours à l’isolement, vétusté des locaux ou déshumanisation des prisons modernes). Toutes situations depuis longtemps dénoncées sans que nous puissions constater de réels progrès.

Une même exigence pour tous

Bien sûr, il ne saurait être question de mettre sur le même plan les "États tortionnaires" et les régimes démocratiques. Il n’en reste pas moins légitime d’être plus exigeants envers ceux qui revendiquent leur attachement aux droits de l’homme. Enfin, il ne faudrait pas oublier des pays comme l’Inde ou le Brésil, pour ne citer qu’eux. 

Dans nombre de ces États devenus démocratiques plus récemment que ceux que nous venons d’évoquer, les habitudes ont la vie dure et l’usage de la torture par les forces de l’ordre y demeure une pratique fréquente, que ce soit pour lutter contre la criminalité, réprimer des minorités ou maintenir l’ordre dans les prisons.

Partout dans le monde, la route est longue pour espérer parvenir un jour à un réel respect des droits de l’homme.

Plus d’informations sur www.unmondetortionnaire.com

A lire aussi sur le Plus :

Pourquoi Guantanamo est si difficile à fermer

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Coups de gueule

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Mascara83 26/12/2011 14:24


comme l'écrit si bien Carlos, ce n'est qu'en terrorisant les terroristes, et, en appliquant leurs méthodes que nous retrouverons enfin la paix, car, il ne faut pas perdre de vue que ces
barbares savent habilement préparer psychologiquement par toutes sortes d'enfumages et d'hypnoses tous les Européens...Leur propagande =  Intégrisme,  paix, tolérance etc,
etc,  pour ensuite, leur imposer la charia avec tt son lot de lapidations, égorgements, et j'en passe...  En conclusion, connaissant à merveille leur dédoublement de
personnalité, il est grand temps que les Français ouvrent grand leurs yeux et très vite  s'ils ne tiennent pas à passer par la même porte que les Coptes et Chrétiens
d'ailleurs!!!!   Cela commence a déjà dans notre pays avec tags sur les portes d'églises, qq unes de brûlées et des pierres lancées sur des chrétiens à la sortie de la messe
dans le sud de la France...Malheureusement, ni la presse, ni la télé à la botte de l'UMPS en ont fait état !!!!!!

Carlos 26/12/2011 13:05


L'auteur mélange tous les cas. Pour lui torturer est inadmisible quel que soit le cas. Je ne suis pas d'accord sur tous, je suis d'accord dans les cas d'opposants politiques, ou un
tyran s'oppose à un mouvement d'opposition, dans les cas de résistance où des resistants s'opposent à une occupation de leur territoire, légale, précise et bien définie, mais dans
le cas des terroristes qui massacrent par idéologie, en pratiquant la terreur par attentats suicides et autre massacres, alors là,  pour ceux-là, oui il faut pratiquer la
torture pour éviter d'autre massacres, il faut terroriser les terroristes en appliquant leurs mêmes méthodes. 

island girl 26/12/2011 12:10


Jean Etienne de Linares semble certes affolée par ces "barbares" qui pratiquent la torture  dans des pays aux US et en israel ,je pense que Carlos a raison ce n'est pas en tendant l'autre
joue que l'on terrasse les rats...il est URGENT d'avoir les pieds sur terre .

marco 26/12/2011 12:08


Aucune guerre ou révolution qu'elle quelle soit ne s'est faite sans tortureLa torture aussi abject soit-elle peut en temps de guerre sauver des vies ou en condamner d'autres,c'est selon le camp
dans lequel vous êtes.

marco 26/12/2011 12:08


Aucune guerre ou révolution qu'elle quelle soit ne s'est faite sans tortureLa torture aussi abject soit-elle peut en temps de guerre sauver des vies ou en condamner d'autres,c'est selon le camp
dans lequel vous êtes.

marco 26/12/2011 12:08


Aucune guerre ou révolution qu'elle quelle soit ne s'est faite sans tortureLa torture aussi abject soit-elle peut en temps de guerre sauver des vies ou en condamner d'autres,c'est selon le camp
dans lequel vous êtes.

marco 26/12/2011 12:08


Aucune guerre ou révolution qu'elle quelle soit ne s'est faite sans tortureLa torture aussi abject soit-elle peut en temps de guerre sauver des vies ou en condamner d'autres,c'est selon le camp
dans lequel vous êtes.

Epicure 26/12/2011 11:59


Il est généralement très facile,du fond d'un Fauteuil relax et avec un verre de Cognac ou Whiskey de disserter sur l'affreux ud=sage de la toruture par des salopards de hauts et bas rangs loin de
soi si possible (2000km minimum requis) et dans un contecte qui  est parfaitement étranger et totalement "équilatéral" comme disent les potaches de l'indifférence" intellectuelle et
morale...


Mais quand il s'agit de savoir dans quel traquenard, vous et les vôtres vont inexorablement tomber d'ici à quelques heures (pas même Jours!) alors là, les avis et les comportements changent du
tout au tout....


Donc, tout ce bavardage bien-pensant reste inefficace,  inutile et vain.

Vanpyperzele 26/12/2011 11:04


Je suis évidement contre le principe de la torture,mais quand il s'agit de protégés les innocents j'adhere a cette situation.En Algérie combien de civils innocent ont été sauvé ainsi.Il n'y a pas
qu'en Algérie d'ailleurs.De plus la torture a surtout été employée par vengeance envers ceux qui ont massacrés gratuitement de par leurs cultures.

carlos 26/12/2011 10:45


La torture c'est horrible, mais si c'est pour éviter des massacres, alors là, ca ne l'ai plus. La démocratie, les droits de l'homme ne sont valables que quand il y aréciprocité, autrement cela
devient la meilleure des armes de ceux qui ne lles pratique pas. Il y a 40 ans déjà, ceux qui étaient contre le Chat d'Iran, les amis de Khomenei et les islamiste d'aujourd'hui, disient que notre
démocratie c'est leurs meilleures armes pour s'imposer... et l'histoire, pour l'instant leur donne raison

karol 26/12/2011 10:42


Bien entendu il n'y a rien à dire des régimes arabes, ou palestiniens.


Je passe le fait que garder G. Shalit dans les conditions qu'il a subi doivent s'apparenter à des vacances au Club Med.


Les prisonniers palestiniens qui poursuivent des études dans les prisons isréliennes, qui mangent hallal, qui recoivent famille et avocats doivent s'écrouler de rire devant un message aussi
orienté .


Les Palestiniens qui saccagent, brulent, massacrent et tuent ( voir conflit Fatah-Hamas) eux ne sont pas concernés. Eux sont des résistants bien sûr!!!


Voilà ce que j'appelle un reportage tronqué comme on en lit tous les jours.


Cela fait partie de la désintoxication classique de la peste rouge-vert-brune.


 

Gérard Brazon 27/12/2011 00:08



Bonsoir Karol : Il n'est pas dans nos habitudes de passer des informations tendancieuses, sans les commenter, voire les critiquer dans un court préambule reflétant notre opinion. Mais Noêl
oblige, nous avons été pris par le temps et fort occupés. 


Je le fais à présent : Vous avez raison . Rien n'est dit sur le comportement des palestiniens et les tortures qu'ils infligent à leurs prisonniers. Guilad Shalit a subi ces outrages des années
durant et d'autres prisonniers palestiniens (des Gazaouis) cette fois sont soumis à rude épreuve par les leurs,  dès lors qu'ils critiquent le Hamas. ACAT se garde de bien d'en parler. Le
deux poids deux mesures n'est pas étranger à ce genre d'ONG "très politiquement correct" et surfant sur la vague anti-Israélienne si commode. Tout le monde se souvient de Durban I/II/ et III.
Cette ONG est en excellent terme avec CARITAS (secours catholique), lequel est financé par l'UE pour des tas d'opérations de bienfaisance qui ne doivent jamais porter ombrage à l'Islam ou
l'Islamisme...


Bien à vous, Nancy VERDIER