Les retraités doivent prendre leur part de la rigueur. Par Charles Beigbeder

Publié le 22 Décembre 2011

Alors que les larmes de la ministre des Affaires sociales italienne, Elsa Fornero, annonçant les mesures d'application du plan d'austérité préparé par Mario Monti, ont ému le monde entier, il convient de regarder plus en détail ce à quoi les Italiens ont consenti ce dimanche.

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Spécialiste des questions de retraites, Mme Fornero, a proposé une réforme en trois points : l'augmentation de l'âge de départ à la retraite, le calcul du montant des pensions sur la base de l'ensemble des salaires et le gel de l'augmentation des retraites pour les deux prochaines années, sauf pour les deux tranches les plus basses, inférieures à 936 euros par mois.

Si les deux premiers points ont été à l'affiche de la réforme des retraites de 2010 en France, le gel des retraites n'a jamais été abordé. Pourtant, ce n'est que depuis 1993, et une réforme dite Balladur, que la loi dispose que le montant des retraites du régime général est indexé sur l'évolution des prix à la consommation (hors tabac). Ainsi chaque année, au 1 er avril, les pensions que perçoivent les retraités sont automatiquement revalorisées du montant de la hausse des prix évaluée par l'Insee pour l'année qui commence. La hausse a été de + 2,1 % en avril 2011, se décomposant en + 1,8 % de prévision d'inflation pour 2011 et + 0,3 % de revalorisation pour l'année 2010, où l'inflation a été de 1,5 % pour une estimation de 1,2 %.

Revenir sur cette indexation est loin d'être une proposition iconoclaste puisque certains de nos voisins avec des ratios de dette publique sur PIB moins élevés l'ont déjà appliquée. Ainsi, et bien que l'information n'a pas été très relayée, une telle mesure a été prise dès janvier 2010 en Espagne, où Zapatero, appelant à « l'effort national collectif », avait supprimé la règle de revalorisation automatique des retraites et décidé du gel des pensions de retraite pour 2011, à l'exclusion des retraites minimales ou inférieures au seuil d'imposition. Selon les syndicats, cette réforme a touché plus de 6 millions des 8,6 millions de retraités que compte le pays. C'est d'ailleurs un mécanisme similaire que le Premier ministre François Fillon a présenté le 7 novembre en décidant que, en matière de prestations sociales, la revalorisation serait de 1 % en 2012, c'est-à-dire au niveau attendu de croissance. Il a ensuite précisé que les minima sociaux et les prestations qui constituent des revenus de remplacement ne seraient pas concernés par cette mesure.

Il ne s'agit pas, je le répète, de toucher au coeur de la pension qui reste inchangée mais bien de ne pas l'augmenter automatiquement d'un coup de baguette magique chaque 1 er avril. Les économies possibles sont très importantes. Des simulations montrent que désindexer les retraites au-delà de 1.000 euros par mois rapporterait environ 68 milliards sur la période 2012-2017, soit plus de 13,5 milliards par an. Il faut dire que l'enjeu est de taille, la France ayant consacré pas moins de 279 milliards d'euros pour verser les pensions de retraite en 2010. Or les finances publiques ne peuvent pas supporter une telle dépense et nous devons donc emprunter pour financer le niveau de vie actuel des retraités en transférant l'obligation de rembourser aux générations futures.

Ne rien faire, c'est condamner à moyen terme, le système - qu'il faut préserver -à l'implosion, privant du même coup des millions de retraités de leur pension ou les réduisant drastiquement. A titre d'exemple, lors de l'élaboration de la loi de Finances 2012, le gouvernement portugais a même proposé au Parlement une réduction des retraites supérieures à 1.000 euros. D'ailleurs, un chiffre peu avantageux rassemble France et Italie, ce sont les deux pays de l'OCDE qui consacrent le plus d'argent aux retraites, respectivement 14,4 % et 14 % du PIB en 2010 contre seulement 10 % en Suède ou en Allemagne. Il y a donc des marges de manoeuvre importantes pour mieux gérer nos retraites sans pénaliser les plus démunis.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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Epicure 22/12/2011 12:51


Ce qui veutr dire qu'il n'aura servi à RIEN de travailler plus pour payer plus de corisations et avoir plus de retraite(!)......et que d'ici à dix ans, ce système restant à coup sûr, figé pour
l'étrernité...! les reteraités verront leur pouvoir d'achat simplement baisser de 40%; s'il n'y a pas de Dévaluation.....!!!!!


Bravo. Vive les pauvres. Sus aux moins pauvres!


Les vrais riches s'en foutent! ils ne dépendent pas de la Sec Soc ni même des caisses Cadres!