Les révolutions “démocratiques” arabes n’ont rien à voir avec la Turquie, érigée en modèle par certains- par Pascal Lorot

Publié le 13 Décembre 2011


Faits révélateurs, par Pascal Lorot

Pascal LorotLa vague islamiste semble appelée à submerger peu à peu l’ensemble du monde arabo-musulman. Après la victoire d’Ennahda en Tunisie, la prise du contrôle par le Conseil national de transition (CNT) en Libye, les Frères musulmans sont en passe d’arriver au pouvoir en Egypte tandis qu’Abdelilah Benkirane, fort de la victoire du Parti de la justice et du développement, est nommé Premier ministre du roi Mohammed VI au Maroc. L’histoire n’est d’ailleurs pas près de s’arrêter en si bon chemin.

Le régime de Bachar al-Assad ne devrait pas survivre bien longtemps et on peut parier sans grand risque que les islamistes sunnites prendront le pouvoir à Damas. Ailleurs, le maintien des régimes pro-occidentaux est tout sauf évident. Le président Ali Abdallah Saleh du Yémen a annoncé son départ prochain, mais pour être remplacé par qui ? L’histoire est connue d’avance. Quant au roi Abdallah II de Jordanie, on imagine mal qu’il puisse résister longtemps pour le cas où la rue s’agiterait, ce qui est du domaine du possible, voire du probable.

Toutefois, nous dit-on, il ne faut pas s’inquiéter. Ces partis islamistes sont “modérés”. Circulez, il n’y a donc rien à voir – comprenez rien à craindre. Mais, au fait, sont-ce les vainqueurs des urnes qui se qualifient de “modérés” ? Non, leurs formations sont islamistes, ils l’assument et, de fait, ont raison de le faire. Ce sont les chancelleries occidentales relayées par des journalistes en mal de repères qui, à la manière d’un cache-sexe bien utile, soit masquent leur incompréhension de la réalité de ces mouvements politiques religieux, soit visent à endormir l’inquiétude latente qui se fait jour dans les opinions publiques occidentales face à la déferlante politico-islamiste.

Car, ne nous y trompons pas, il n’y a rien de modéré dans les évolutions politiques actuelles, nous sommes face à de vraies ruptures – ce qui ne veut pas dire a contrario que nous sommes dans une logique extrémiste. Ces partis mettent en avant le Coran et lui donnent une valeur supérieure à ce que nous, Occidentaux, considérons comme étant des valeurs universelles. La laïcité n’a pas sa place dans ces sociétés en évolution, ni même les autres religions, quant bien même préexistaient-elles à l’arrivée de l’islam.

Les droits de l’individu se diluent dans le droit collectif porté par la religion unique. Dès lors, il ne faut pas se montrer surpris lorsque le CNT libyen, arrivé au pouvoir par la grâce de l’Occident, ait décidé de donner une valeur supérieure à toute loi aux enseignements du livre saint de l’islam et, dans la foulée, d’annoncer le retour de la polygamie. Tout autant ne faut-il pas être surpris de voir des militants islamistes tenter d’imposer la légalisation du niqab, le voile intégral islamiste, dans les universités en Tunisie. Nous n’en sommes qu’au tout début et, à n’en pas douter, les sociétés civiles, mêmes occidentalisées comme au Maroc et en Tunisie, vont connaître des phases de régression.

La démocratie en tant que système politique montre ses limites lorsque, en son nom et par elle, ses adversaires prennent le pouvoir et relèguent ses défenseurs dans le silence contraint. Les révolutions “démocratiques” arabes n’ont rien à voir avec la Turquie, érigée en modèle par certains. Là-bas y existent, tant bien que mal il est vrai, de véritables contre-pouvoirs et, surtout, une longue histoire d’ouverture et de partenariat avec l’Europe. L’Occident se veut toujours optimiste, même face à une réalité tragique. Restons-le mais, si possible, sans être béat et naïf.

Le nouvel Economiste

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique étrangère

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DUCONDUPRIS 13/12/2011 20:58


Tout est dit. Sinon que nos "élictres" connaissent parfaitement les situations d'iran de turquie, du pakistan, de séoud du quatar, du soudan, de la corne de l'afrique et des sept de l'autre
côté du continent liquide. Nous sommes en pleutre diplomatie et l'Europe libre des lumières continuera de la fermer sur ces sujets graves que risquent nos Démocraties. Le bonjour aux armes sera
pour la fin du troisième millénaire.

kafirpride 13/12/2011 20:07


Ne vous bercez pas d'illusion!


la Turquie a basculé dans l'islamisme depuis déjà un certain temps.En Turquie la révolution laïque kemaliste n'est plus qu'un souvenir evanescent. Désormais la Turquie est en bonne voie de
"şériatisation" comme le disent les républicains kémalistes encore en liberté, pour combien de temps encore?  Des profs d'université sont virés pour avoir osé conservé un portrait d'Ataturk
dans leur bureau. Des dizaines de journalistes sont en prison pour délit d'opinion, des étudiants aussi pour avoir brandi des pancartes en guise de protestation contre la suppression des bourses.
des centaines de militaires sont en prison depuis des mois, des années même, pour "tentative de complot" et n'ont toujours pas été jugés, faute de preuves...Des chaines de télé ont fermé sous la
pression fiscale, quand elles n'ont pas été rachetées par des proches du pouvoir....etc, etc...


Se référer à un soit disant modèle turc est au mieux de la naïveté, conjuguée à une ignorance crasse, au pire un mensonge éhonté orienté dans un sens islamo-correct!


Contrairement aux "printemps" arabes la Turquie a réalisé en catimini sa révolution islamique depuis quelques années déjà!


mais nos médias qui se signalent depuis des lustres par leur aveuglement et leur soumission absolue aux dogmes du discours politico-islamo-correct n'ont toujours rien compris au film et croient
encore à l'islam pour les bisounours des Ramadan, Chebel et consorts. Quelle misère intellectuelle! Quelle ınculture! Quelle mauvaise foi! Quelle inconscience devant la montée du péril islamique!
Quel cynisme de la part de nos politicards qui ne méritent que notre plus profond mépris.


En attendant le jour où il leur faudra bien rendre des comptes, à la Nation, au Peuple de France!


A bon entendeur, salut!