Les risques d'une récession durable. Par Etienne Lefèbvre

Publié le 2 Janvier 2013

Le scénario noir : le risque d'une récession modérée mais durable

Certains économistes voient le PIB reculer en 2013. Les faiblesses structurelles ne seraient pas résorbées avant des années.

« Nous devons faire preuve de patience. La crise est loin d'être terminée. » Ces voeux pour 2013 d'Angela Merkel illustrent la prudence allemande, qui contraste avec la« confiance dans notre avenir » affichée par François Hollande. D'autant que l'Allemagne, d'ores et déjà revenue à l'équilibre budgétaire, est proche du plein-emploi quand la France n'en a pas fini avec la rigueur et que le chômage est au plus haut.

Mais le risque est réel que le cercle vertueux escompté par l'Elysée ne s'enclenche pas, pointent certains économistes, et que l'économie connaisse au contraire une récession pas forcément marquée mais durable. Les conjoncturistes d'Oddo Securities et deNatixis, les plus pessimistes, tablent sur un recul du PIB de 0,4 % à 0,5 % en 2013. Un scénario noir qui s'appuie sur une baisse d'au moins 3 % de l'investissement des entreprises. L'Insee évoque d'ailleurs ce risque dans les aléas négatifs de sa dernière note de conjoncture : le taux d'investissement restant relativement élevé, le taux d'utilisation des capacités de production « est très inférieur à sa moyenne de longue période dans l'industrie manufacturière » et, dès lors, « un ajustement à la baisse de l'investissement est possible », souligne l'institut, tout en ne voyant pour l'instant aucun signe avant-coureur. La baisse des prélèvements de 20 milliards d'euros à venir via le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (Cice) réduit néanmoins l'ampleur d'un tel risque. Sans le vote du Cice, certains auraient d'ailleurs anticipé une conjoncture encore plus mauvaise.

La France « prise en sandwich »

A l'instar de Patrick Artus (Natixis), pour qui la France est « prise en sandwich » entre les pays à productions haut de gamme (Allemagne) et ceux à bas coût de production (pays émergents et maintenant Espagne) : comme il est « très difficile de baisser substantiellement les salaires ou de monter en gamme, la perspective pour la France est inquiétante », écrit l'économiste, estimant qu'il ne faut pas renoncer à monter en gamme mais que ce processus sera « complexe, incertain et très long à se voir ».

D'ici là, la consommation des ménages ne pourra pas prendre le relais (elle baisserait en 2013), car le pouvoir d'achat est affecté par les hausses d'impôts et l'inflation ne ralentit pas assez. Les destructions d'emplois vont aussi continuer : les entreprises, qui jouent peu sur les salaires, privilégient ce facteur d'adaptation. Pour le gouvernement, cela pourrait conduire à une équation insoluble. Les hausses de TVA et les économies devant financer le Cice ont été repoussées à 2014 pour ne pas entraver la reprise : si celle-ci ne se produisait pas d'ici à la fin de 2013, il faudrait tout de même appliquer ces mesures récessives. Au pire moment. Sauf à laisser les finances publiques déraper franchement…

Etienne Lefebvre, Les Echos
Écrit par Etienne LEFEBVRE 
Chef de service 
elefebvre@lesechos.fr

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Europe liberticide

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Dorothee13 02/01/2013 19:45


Loin d'être une experte en économie, il serait naif de penser une seule seconde que 2013 le chômage diminuera, que la relance se fera, etc... Les politiques de gauche ou droite ont mit plus de 20
ans pour en arriver à ce stade, et comme le dit flamby, 2013 l'objectif : le chômage. Pour moi, l'objectif, qu'il aille aux goudes se jeter !