Les taux à deux ans allemands sont entrés vendredi en zone négative. - Par Romaric Godin

Publié le 5 Juin 2012

Par Romaric Godin de la Tribune

Les taux à deux ans allemands sont entrés vendredi en zone négative. Un signe d'une détérioration de la confiance dans la zone euro.

C'est donc devenu une réalité. Pour prêter à l'Allemagne à un horizon de deux ans, il faut payer. Le taux à deux ans allemand cotait ce vendredi matin - 0,002 %, confirmant le résultat des dernières adjudications de l'Etat fédéral allemand. On a souvent dit qu'il s'agissait là d'un effet de la crainte des investisseurs et de la « fuite vers la qualité ». C'est certes vrai lorsque l'on accepte une faible rémunération. Mais accepter de prêter son argent sans rémunération, voire en perdant une partie de son capital, fait clairement passer dans une autre dimension. Une dimension qui n'est pas encourageante pour l'avenir de la zone euro.

Pourquoi payer plutôt que de sortir la lessiveuse ?

Quelle peut être la motivation d'un investisseur qui prête à l'Allemagne a taux négatif ? Il peut certes accepter de perdre un (tout petit) peu de son capital pour « payer » la sécurité du reste. Mais n'y a-t-il pas plus simple ? Comme avoir recours à la bonne vieille lessiveuse ou conserver ses liquidités sur un compte en banque. 100 euros aujourd'hui vaudront toujours 100 euros. Et même si l'euro perd de sa valeur face aux autres monnaies, on ne se renflouera certainement pas en prêtant à taux négatifs en euros à l'Allemagne. Bref, c'est absurde. Sauf évidemment si l'on compte sur un autre événement...

Pari d'éclatement

Car le calcul des investisseurs pourrait être le suivant : la perte enregistrée sur le capital pourrait se muer en bénéfice si la zone euro éclate. En effet, en cas de réintroduction du mark ou de la création de fait d'un "euro limité aux pays du nord", cette monnaie viendrait à se réévaluer notablement. La valeur des 100 euros investis pourrait ainsi croître rapidement de 30 %, si l'on en croit certains économistes, ce qui évidemment adoucit largement la facture des taux négatifs. D'autant qu'une telle hausse de la monnaie réduirait l'inflation, améliorant encore le rendement final de l'obligation. Bref, dans ce contexte, l'achat de ces obligations à rendement négatif pourrait se révéler gagnant. C'est donc le pari de l'éclatement de la zone euro que font les investisseurs.

Signal alarmant

Et dans ce contexte, l'entrée en zone négative des bons allemands est un signe tout aussi inquiétant pour l'avenir de l'union économique et monétaire que les déclarations récentes de Mario Draghi et Olli Rehn. On peine alors à comprendre pourquoi les gouvernements continuent à se taire. Ce silence assourdissant est en réalité la preuve de l'échec de la stratégie intergouvernementale à l'œuvre depuis début 2010 sur le Vieux continent. 

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Europe liberticide

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